4 mai 1897 : Incendie du Bazar de la Charité

mercredi 6 mai 2020.
 

Le 4 mai 1897 un incendie éclate au Bazar de la Charité à Paris. Ce fait divers qui fait la Une des journaux révèle les affres de la Belle Époque. Guerre des sexes, lutte des classes, débat sur la séparation de l’Église et de l’État, ou interprétation divine d’un drame qui galvanise les chrétiens hostiles à une république de plus en plus laïque, tout transparaît dans cette catastrophe.

Fondé en 1885 par des membres de la haute société catholique, le Bazar rassemblait chaque année, au printemps, un certain nombre d’oeuvres de charité, lesquelles disposaient d’un comptoir, où s’affairaient des dames patronnesses offrant à la générosité des visiteurs les objets variés que le comité avait réunis. Dans un coin du Bazar, une nouveauté dont on attend un grand succès : un appareil de cinématographe. Dans la petite pièce en bois où sont concentrées des dizaines de spectatrices les vapeurs de l’éther utilisé pour alimenter la lampe du projecteur prennent feu et transforment le lieu en brasier.

Le bilan macabre expose la disproportion et encourage les diatribes sexistes : sur les 121 victimes, on a pu identifier 110 femmes et seulement 6 hommes. La rumeur selon laquelle les présents « se sont conduits comme des brutes, n’hésitant pas à bousculer, à piétiner, à jouer de la canne et du poing pour se frayer le passage » (M. Winock), au détriment des femmes livrées au feu se répand comme une traînée de poudre. Les quotidiens s’empressent de défendre les aristocrates, et ceux qui crient au scandale prônent la galanterie comme seul idéal bafoué. Le statut des femmes reste celui d’une victime qui aurait dû être secourue par des gentlemen, au détriment d’un être humain qui méritait de vivre. Pire, les métaphores associant cet Enfer à la femme, renvoyée à sa beauté et à son corps mis à nu sans aucune pudeur (sous couvert d’aide à l’identification des cadavres) dans les colonnes de magazines affriolants de détails achèvent les espoirs de trouver une morale féministe à cet épisode.

Le XIXème siècle s’achève dans un climat d’incertitude confinant aux pires fantasmes pour la bourgeoisie et la droite anti-républicaine. Avant que les vociférations antisémites ne se déchaînent sur le capitaine Dreyfus, La Libre parole raciste et réactionnaire de Drumont réussit évidemment à utiliser cet évènement pour dénoncer la richesse des Juifs et exalter la charité chrétienne. À l’opposé, les défenseurs du peuple sauront dénoncer ce « Deuil de riches ! ». Le sang des mineurs morts lors d’accidents aussi tragiques ne fait pas couler autant d’encre.

Bérénice Hemmer


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