11 avril 1968 : Tentative d’assassinat contre Rudi Dutschke

vendredi 13 avril 2018.
 

Rudi Dutschke était sur son vélo jeudi 11 avril lorsqu’un déséquilibré a tiré délibérément trois coups de feu dans sa direction. Le leader de la Ligue des étudiants socialistes allemands (SDS) a immédiatement été transféré à l’hôpital de Berlin. Le cerveau a été touché et les médecins restent réservés sur le sort de l’activiste.

La nouvelle de l’attentat contre Rudi Dutschke s’est rapidement répandue en Allemagne. L’extrême gauche estime que la responsabilité de l’attentat revient à Axel Springer, grand magnat de la presse allemande. Il menait effet une campagne très dure contre "Rudi le Rouge". Son quotidien à grand tirage, Bild Zeitung, avait même titré : "Qu’attend-on pour mettre à la raison un dangereux individu qui déshonore notre ville ?" Plusieurs milliers de militants d’extrême gauche ont manifesté violemment devant les locaux du groupe Springer et ont incendié une quinzaine de voitures dans la soirée.

A Essen, Francfort, Hambourg, Stuttgart, Cologne, Hanovre et Munich, des étudiants socialistes allemands s’en sont pris aux intérêts d’Axel Springer.

De Berkeley à Paris, de Tokyo à Prague, de Mexico à Berlin, la jeunesse du monde entier se soulève en ce printemps 1968 pour protester contre la guerre du Vietnam, contre les impérialismes américain et soviétique, et contre l’ordre établi. En Allemagne, il n’y a pas vraiment de « Mai 68 », mais plutôt une rébellion générale qui a commencé deux ans plus tôt autour de l’APO, l’opposition extraparlementaire. Rudi Dutschke est la figure de proue de l’APO :

« Notre époque n’est pas celle d’une simple et froide réflexion éloignée des réalités de la vie quotidienne, mais bien plus celle de la mobilisation générale. »

Depuis 1966, les étudiants réunis autour du SDS, la Fédération des étudiants socialistes, manifestent à Berlin et à Francfort contre la législation d’urgence en vigueur à l’ouest de l’Allemagne - alors coupée en deux par le Mur de Berlin. Les étudiants en colère manifestent contre la guerre du Vietnam, et contre tout régime autoritaire, comme celui du Shah d’Iran en visite à Berlin, le 2 juin 1967. C’est lors de cette visite qu’un policier tuera par balles un étudiant, Benno Ohnesorg. Le 2 juin 1967, c’est un peu le mai 68 allemand : le signal d’une révolte qui parcourt la République fédérale. Le philosophe Herbert Marcuse, maître à penser de la contestation, en résume le fondement :

« Notre opposition dans les villes doit atteindre plusieurs objectifs. Donner le courage de surmonter le sentiment d’impuissance dont souffre la population et oser affronter les régimes impérialistes à l’origine de ce sentiment d’impuissance ».

Mais la répression est massive. Et la presse du groupe Springer, l’éditeur notamment du quotidien populaire Bild se réjouit de la brutalité policière. Elle désigne Rudi Dutschke, principal porte-parole du SDS, comme l’ennemi public numéro un. L’un des lecteurs de cette presse à scandales tente d’assassiner le leader estudiantin le 11 avril 1968. Les blessures à la tête dues à trois coups de feu sont très graves. Rudi Dutschke survivra à l’attentat, continuera à organiser forces manifestations, mais succombera à ses blessures onze ans plus tard.

La mort de Benno Ohnesorg, le 2 juin 1967, catalyseur de la contestation

L’attentat contre Rudi Dutschke, l’autre grande date de la révolte estudiantine de 1966-1969 en Allemagne. Une révolte qui redouble d’intensité après les coups de feu tirés contre son leader – selon Jürgen Reiche, commissaire d’une exposition sur 68 présentée actuellement à l’Amerika Haus de Berlin. Ce qui caractérise 68 en Allemagne, précise-t-il, c’est également un lourd questionnement de toute une génération sur les fautes commises par les parents et les grands-parents sous le national-socialisme. Sujet tabou dans les années 50, le travail de deuil sur le passé nazi commence à la fin des années 60.

« Il s’agit véritablement d’un conflit de génération. Il n’a pas seulement explosé dans les rues, mais au sein du cercle familial. D’un seul coup on n’acceptait plus les phrases du genre : tant que tu habites sous mon toit, c’est moi qui décide. D’un seul coup, on n’acceptait plus non plus d’être frappé par ses parents. »


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