24 mai 1749 : L’affaire de l’Hôpital Général

jeudi 31 mai 2018.
 

Samedi 24 mai 1749, à six heures du matin, Mademoiselle Julie, supérieure de la Salpêtrière à Paris, quitte précipitamment l’établissement avec vingt de ses officières. Son départ précipité alimente les rumeurs qui courent déjà sur l’Hôpital Général.

Fondé en 1656 par Louis XIV, cet établissement est destiné à résoudre le problème de la mendicité par le « renfermement » des mendiants. Sous la houlette d’administrateurs cooptés dans le milieu parlementaire, l’hôpital , a droit de vie et de mort sur des milliers de miséreux qu’une législation impitoyable oblige à se laisser enfermer là. En effet depuis l’édit de fondation, plus aucun secours public ou privé ne peut atteindre un miséreux autrement qu’en tombant dans l’escarcelle de l’institution.

Très vite l’établissement est également utilisé pour enfermer d’autres catégories de population : les prostituées, les ivrognes et bientôt les enfants abandonnés ou confiés à l’institution par des parents sans ressources, puis ceux qui traînent dans les rues où s’y trouvent trop tard le soir.

Composé de la Salpêtrière (pour les femmes et les jeunes filles), Bicêtre (pour les hommes) et la Pitié (pour les jeunes garçons), et l’œuvre des Enfants-trouvés pour les enfants, l’Hôpital général, que le roi a doté de quantité de revenus et exempté de charges, est le lieu de toutes les exactions, violences et pillages au détriment des pauvres qu’il est censé secourir. Des rumeurs apparaissent quant à des disparitions d’enfants et des violences sexuelles. C’est cette affaire de l’Hôpital général, qui, tissée d’émeutes et de rumeurs, sur fond de pédophilie, ébranlera le trône de Louis XV durant huit ans.

Le samedi 23 mai 1750, la foule prend d’assaut le commissariat de la rue Saint-Honoré où s’est réfugié un indicateur de la police soupçonné d’être un voleur d’enfants. C’est la Marche rouge, une série d’émeutes qui agitent Paris et ne prennent fin qu’après la condamnation de trois émeutiers à être pendus, tandis que les supposés enleveurs d’enfants s’en tirent avec trois livres d’amende.

L’étude des registres d’entrées et sorties des enfants, à la Salpêtrière, à la Pitié et à la Couche (les Enfants-trouvés), montre que des milliers d’entre eux ont réellement disparu. Et jamais la lumière n’a été faite sur cette affaire du fait du blocage de la magistrature d’ancien régime.

Aigline de Causans


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