27 mai 1926 : Abdelkrim se rend. C’est la fin de la Guerre du Rif

vendredi 15 septembre 2017.
 

Aucun humaniste, aucun socialiste, aucun internationaliste ne doit oublier cette guerre dans la bande côtière du Rif au Nord du Maroc et ce, pour au moins quatre raisons :

* le Maroc a été une des premières régions du monde livrée aux appétits du capitalisme mondial : à partir de la conférence d’Algésiras en 1906, la majorité du pays passe sous occupation française, le Rif sous occupation espagnole. Ces deux Etats ont à charge de maintenir l’ordre impérialiste mais c’est au marché mondial que le Maroc est essentiellement livré avec des droits de douanes très bas selon le régime dit de la Porte Ouverte. La ville de Tanger reste zone franche internationale.

* Pays de montagne, le Rif a résisté héroïquement face aux invasions coloniales. Il a subi ensuite un exode très important de population vers les pays européens. Ces travailleurs découvrent dans le monde ouvrier européen, l’aspiration à l’égalité, la liberté, la fraternité, l’émancipation des peuples et des individus. Lorsque Abdelkrim proclame la République du Rif en février 1922, le monde entier a les yeux tournés vers ce premier mouvement de masse anti-colonial de libération nationale.

* La guerre de 1914 a fait des États-Unis le banquier du monde, la puissance qui tire profit de sa dette. La France est saignée, mais dispose d’une immense armée faisant appel aux troupes coloniales. Lyautey destitué, c’est Pétain qui sera envoyé pour combattre Abd el-Krim ; il disposera de 32 divisions, plus de 350 000 hommes. L’Espagne qui est en mal d’empire perdu, est poussée par le parti africaniste à reprendre pied outre-mer ; or son armée a déjà été battue dans ses tentatives de conquérir le Rif, avant 1914 à partir de Ceuta et Melilla.

* Cette Guerre du Rif a été finalement gagnée par les armées française et espagnoles au prix de crimes contre l’humanité indiscutables. Crime contre l’humanité l’utilisation de 407 tonnes de gaz (hypérite, chloropicrine, phosgène) largués par l’aviation. Crime contre l’humanité l’extermination de villages entiers, sans aucun survivant lors de la reconquête.

30 août 1925 : la France et l’Espagne s’entendent pour écraser dans le sang la république du Rif

* Dernière raison de ne pas oublier cette guerre : de jeunes français (en particulier syndicalistes CGTU et membres des Jeunesses Communistes) ont mené un combat remarquable contre cette guerre en particulier lors de la grève politique avec manifestations du 12 octobre 1925 (900000 grévistes).

Jacques Serieys

Ci dessous, cinq articles complémentaires pour ceux qui souhaitent mieux connaître cette guerre :

- le premier extrait du journal L’Humanité (interview de René Galissot, universitaire et spécialiste du Maghreb),

- le second du site www.bibliomonde.com

- le troisième du site http://www.bladi.net

- le quatrième émanant du Dr. Mimoun CHARQI pour le Groupe de Recherche sur la Guerre Chimique contre le Rif

1) Le Rif rebelle, une longue tradition de lutte pour la liberté

Théâtre de la première guerre de décolonisation du XXe siècle, le Rif a levé seul, dès 1921, sans le sultan, l’étendard de l’indépendance contre la domination coloniale franco-espagnole. Une histoire dont se réclament aujourd’hui les militants du Hirak.

Si la guerre du Rif est aujourd’hui un peu oubliée, elle a été, pour deux générations de Français, un moment marquant, au point d’avoir été qualifiée par le grand historien Charles-André Julien de «  plus difficile guerre coloniale qu’ait faite la France  » avant la décolonisation. Le Maroc est alors sous la double domination de l’Espagne et de la France. Au nord, dans la région du Rif, un patriote marocain issu d’une grande famille, Abd El Krim El Khattabi, entame dès 1921 la lutte contre la présence espagnole, étendue en avril 1925 à la partie française du pays. On sait aujourd’hui que ce grand combattant fit au sultan Mohammed Ben Youssef des offres de coopération contre les étrangers. Devant la passivité – ou l’impuissance – du sultan, il releva seul l’étendard de l’indépendance. Le maréchal Lyautey, résident général à Rabat, réplique. Mais, considéré comme trop «  mou  » face à la révolte, il est vite remplacé par Pétain, partisan de la seule manière forte. Au plus fort de la guerre, Abd El Krim disposera de 75 000 hommes face au corps expéditionnaire franco-espagnol de 250 000 hommes, disposant d’une supériorité matérielle écrasante. Il faut savoir que c’est au cours de cette guerre que furent pour la première fois utilisées les techniques proprement terroristes de bombardements aériens, avec épandages de gaz chimiques sur des populations civiles.

En France, une campagne d’une violence inouïe se met en place. Plus que les intérêts français, c’est la «  civilisation occidentale  » qui est menacée. Krim, soutenu par ses coreligionnaires musulmans et par l’Internationale communiste, est présenté comme l’enfant monstrueux de deux fanatismes. Les hommes politiques de tous bords font des effets de manches. Les journaux rivalisent dans les descriptions des atrocités de ces «  indigènes  » retournés à l’état sauvage.

Finalement, devant la disproportion des forces, Abd El Krim dut capituler. Afin d’épargner à ses partisans et aux populations du Rif un massacre, il rendit les armes. Le 14 juillet suivant, sous l’Arc de triomphe, le général fasciste Primo de Rivera, entouré du président Doumergue, d’Aristide Briand et, pour faire bonne mesure, du sultan Moulay Youssef, célèbrent ensemble cette «  victoire de la civilisation sur la barbarie  ». Mais que faire d’Abd El Krim, un prisonnier bien encombrant, trop célèbre pour être éliminé, danger potentiel par son charisme auprès des populations colonisées  ? Les autorités choisirent de l’exiler sur l’île de La Réunion. Il y restera vingt années. En 1947, le gouvernement accepta son transfert vers la métropole pour raisons médicales, mais il profita d’une escale à Port-Saïd pour s’évader. Même pour le Maroc cependant, Abd El Krim était devenu encombrant. Les nationalistes ne pouvaient guère évoquer la guerre du Rif sans égratigner le Palais, dont ils avaient par ailleurs besoin. Qu’importe, Abd El Krim reprit alors son combat – cette fois par le verbe –, multiplia les déclarations accusatrices contre le colonialisme, certaines prémonitoires  : «  Des milliers de personnes mourront si la France n’accorde pas l’indépendance à l’Afrique du Nord  » (le Monde, 20 septembre 1949). Cette indépendance acquise, en tout cas pour le Maroc (mars 1956), il fut de nouveau contacté par les autorités. Mohammed Ben Youssef, devenu Mohammed V, en visite officielle en Égypte, le rencontra pour tenter de l’amadouer (janvier 1960). C’était mal le connaître. La situation, à ses yeux, manquait de clarté. «  Je ne mettrai pas les pieds au Maroc, déclara-t-il, tant qu’il y restera un soldat français.  » Il finira ses jours en exil, au Caire, en 1963.

Inès Pierre

2) Abdelkrim, une épopée d’or et de sang

Résumé d’un beau livre de Zakya Daoud paru dans la Collection Les Colonnes d’Hercule en février 1999

Ce juriste nommé Abdelkrim, fils de notable, fut d’abord le premier journaliste marocain, avant de prendre les armes contre l’occupant espagnol. L’Espagne lui doit sa défaite militaire la plus cuisante : la bataille d’Anoual (juillet 1921) qui fit 15 à 20 000 victimes dans les rangs de l’armée espagnole. Pendant deux ans, il a tenu les montagnes du Rif et mis en place une véritable « république du Rif » (1921-1926) vécu comme un prélude à la libération de tout le Maroc. Un peu partout dans le monde des « révolutionnaires » ont eu les yeux tournés vers l’émir Adelkrim. Madrid est tenté d’abandonner la région aux rebelles, mais maréchal Lyautey demande son élimination. Paris craint la contagion anti-coloniale. La victoire de l’émir aurait changé le cours de l’histoire d’un pays colonisé depuis peu. La France et l’Espagne, ont dû se coaliser et aligner près de 500 000 hommes et 42 généraux (dont le général Pétain) et dix escadrilles aérienne pour en venir à bout. La France envoie l’émir vaincu à la Réunion pour un exil qui dure 21 ans. En 1946, il parvient à s’évader.

« En 1947, il rejoint Le Caire pour y diriger pendant quelques années le Bureau du Maghreb arabe, recevant dans sa résidence de Koubbeh Garden toutes sortes de personnalités avides de rencontrer cette légende vivante. Choyé par Abdel Nasser et par le Roi d’Arabie, il refuse obstinément de rentrer au Maroc tant que le dernier soldat étranger n’en est pas sorti et que l’Algérie voisine n’est pas libre. C’est en irréductible qu’il meurt en 1962 à l’âge de 80 ans et c’est de l’irréductible que l’histoire se souvient et a fait un mythe, voire un tabou encore vivace dans son pays d’origine, le Maroc. » (extrait d’un article de la Revue Quantara).

Nasser lui accorda des funérailles nationales. Au Maroc on préféra oublier celui qui incarner l’idée d’un Maroc républicain... En octobre 1999, le jeune roi Mohammed VI, lors de sa visite au nord du Maroc, a rencontré Saïd el Khattabi, le fils de l’émir Abdelkrim. Ce geste fut très symbolique quand on sait qu’Abdelkrim aurait, par sa légende, put être un rival sérieux du Sultan du Maroc... si la France lui avait permis de retrouver le pays dont il fut chassé à jamais en 1926.

Source : http://www.bibliomonde.com

1) Abdelkrim et la guerre du Rif

Nous sommes en 1920. Bien avant la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie, celle du Rif est bien la première guerre anticoloniale du XXe siècle.

En France, elle donne lieu aux premières manifestations de solidarité avec les peuples sous domination coloniale, organisées par le Parti communiste, et dont l’Humanité en ces années 1925-1926, se fait l’écho.

Le Rif, étroite bande côtière située du nord du Maroc méditerranéen, est, depuis 1912, sous domination espagnole, le reste du pays sous protectorat français.

Abdelkrim El Khattabi, né en 1882, à Ajdir dans la tribu berbère des Beni-Ouariaghi, après des études à l’université d’El Karaouine à Fès, s’installe à Melila où il est successivement cadi (juge musulman), instituteur, interprète (arabe, français et espagnol) et correspondant du Télégraphe du Rif, quand il se lance en politique. Il dénonce l’oppression coloniale et se met à rêver à l’indépendance du Maroc. Abdelkrim parcourt le Rif et sensibilise les populations : " Nous devons, disait-il, sauver notre prestige et éviter l’esclavage à notre pays. " Homme de culture et d’ouverture, celui qui qualifie l’Occident de " civilisation du fer " par opposition au Maroc rural et sous-développé, est tout sauf un fanatique. Il a un projet politique : faire du Rif une république moderne, développer l’économie et l’éducation, et la faire reconnaître par la Société des nations (SDN). Il pense faire accéder le Rif à l’indépendance en bonne entente avec les Espagnols. Mais ces derniers refusent.

La guerre devient inévitable quand les tribus berbères du Rif refusent l’autorité espagnole et demande à l’Espagne de quitter le Maroc. En 1920, les Espagnols envoient une armée de 100 000 hommes commandée par le général Sylvestre. Le 20 juillet 1921, l’armée espagnole subit un véritable désastre : 3 500 soldats tués, plus de 5 000 sont faits prisonniers, toute l’artillerie lourde espagnole et un véritable arsenal (fusils et munitions) tombent entre les mains des Rifains. Sylvestre se suicide. De victoire en victoire, Abdelkrim repousse les Espagnols sur les côtes. En 1922, il proclame la République du Rif. " Le Parti communiste français unanime félicite Abdelkrim pour ses succès ", titre l’Humanité du 11 septembre 1924.

La France, inquiète, prend des mesures, vole au secours de l’Espagne, dépêche une troupe de 400 000 hommes commandée par le maréchal Pétain. Abdelkrim, qui a lancé son armée de 75 000 hommes contre le Maroc français, est stoppé. Le rapport des forces est inégal. Abdelkrim fait face à 32 divisions franco-espagnoles. Pétain mène une guerre totale : les villages rifains sont rasés par l’aviation et l’artillerie, l’armée française ne fait pas de prisonniers. C’est le début de la fin.

En France, malgré la campagne, à contre-courant, menée par le PCF pour arrêter " immédiatement l’effusion de sang au Maroc ", relayée quotidiennement par l’Humanité qui, en outre, publie des lettres de soldats, puis l’appel - le premier du genre à l’époque - lancé par Henri Barbusse et signé par une centaine d’intellectuels dont André Breton, dans son édition du 2 juillet 1925, la guerre se poursuit. Abdelkrim est vaincu en 1926. La République du Rif aura vécu.

Celui dont les méthodes de guérilla ont inspiré Mao Tsé-Toung et Hô Chi Minh, est fait prisonnier et sera déporté à l’île de la Réunion. Mais la guerre du Rif a un tel retentissement que le nom d’Abdelkrim est devenu le symbole de la décolonisation. Quand il s’évade en 1947, il s’installe au Caire où il est l’un des fondateurs du Comité de libération du Maghreb. Abdelkrim exilé - il ne retournera plus au Maroc -, le Rif est secoué par des révoltes en 1958-1959 qui seront écrasées par les toutes nouvelles Forces armées royales (FAR) commandées par le général Oufkir. La répression sera sanglante : 8 000 morts. Sur le tard, avant son décès en 1963, il dira de cette période (1920-1925), avec quelque amertume : " Je suis venu trop tôt. "

Hassane Zerrouky

1) L’utilisation d’armes chimiques de destruction chimique contre la République chérifaine

Un colloque international s’est ainsi tenu à Nador en février 2004 autour du thème de la guerre chimique contre le Rif, avec la présence et le soutien de plusieurs experts étrangers et marocains. Les actes de ce colloque sont aujourd’hui publiés en langues arabe et française, et en cette occasion nous vous présentons ce travail. Comme vous le savez, le monde ne découvre pas aujourd’hui pour la première fois le problèmes des armes chimiques de destruction massive. Déjà lors de la première guerre mondiale il en a été fait usage. Ce qui a conduit les Etats européens concernés à signer des Traités interdisant tant la production, le stockage, la commercialisation que l’utilisation des armes chimiques. Plusieurs Traités internationaux sont depuis venus prohiber les armes chimiques et biologiques de destruction massive. En dépit de l’illégalité, il a été fait usage d’armes chimiques de destruction massive, de type ypérite (gaz moutarde), phosgène et chloropicrine contre le peuple rifain entre 1924 et 1927, principalement par l’Espagne et accessoirement par la France. L’Espagne s’était retrouvée, au début du siècle dernier, embarquée dans une affaire qui n’était pas la sienne, à savoir l’agression militaire et l’occupation d’une partie du Maroc, en l’occurrence le Rif. Le peuple rifain était un peuple de paysans libres, fort attaché à son ndépendance et à sa terre. Les agressions de l’armée espagnole contre le Rif ont donné lieu à des contre offensives et offensives des rifains, notamment, avec le Président Mohamed Abdelkrim El Khattabi. Contrairement, à ce que certains peuvent penser, Abdelkrim n’a jamais été l’ennemi du peuple espagnol. Au contraire, il avait parmi les espagnols des amitiés fortes et sincères. Il croyait fermement en la nécessaire amitié et coopération entre les peuples espagnol et rifain, en un véritable partenariat entre les deux parties, dans l’intérêt bien compris des deux peuples. Malheureusement, il n’aura pas été compris. Abdelkrim est un homme de paix qui a été poussé à la guerre. Devant les désastres subis par l’armée espagnole dans le Rif, de nombreuses voix se sont élevées en Espagne, y compris parmi des députés, au sein même de ce Congrès, pour que des armes chimiques soient employées contre les rifains. Tout comme de nombreuses voix se sont élevées en Espagne, et tout particulièrement en Catalogne, pour mettre fin à la guerre et se retirer du Rif. L’Espagne ne disposait pas de ce type d’armes. Comment dès lors se les procurer ? C’est là que la complicité de la France apparaît avec la société Schneïder. Tout en condamnant les armes chimiques, la France ne s’est pas privée de les vendre à l’Espagne et même de former des techniciens. Par la suite intervient le Dr. Allemand Stolzenberg et la société du même nom. Mais l’achat de ce type d’armes n’est pas suffisant, et c’est pourquoi il est décidé de les produire sur place. Cela s’est fait à Madrid même dans la fabrique de la Maranosa, puis dans le Rif, entre Melilla et Nador. Le secret est tel que les concernés ne parlent pas d’armes chimiques, on parle plutôt de « gaz », de bombes x... Et ce n’est que récemment que les recherches ont remis l’histoire à l’ordre du jour. Les victimes ont été nombreuses. Il y en a eu aussi du côté des techniciens et militaires espagnols suite à des accidents de manipulation. Les victimes de ces armes chimiques de destruction massive ne sont pas seulement les guérilleros rifains, engagés dans le combat. Ce sont aussi et en grand nombre, surtout, des populations civiles, les animaux, la végétation, l’environnement, l’eau... D’ailleurs les cibles étaient e s s e n t i e l l e m e n t des cibles civiles, le lieu et le jour, celui du marché où les populations allaient pour acheter et vendre et se retrouvaient ainsi réunies. Les victimes ne sont pas seulement celles qui moururent dans l’immédiat. Les victimes des armes chimiques de destruction massive on les retrouve encore aujourd’hui parmi les descendants des victimes d’hier. Des rapports sérieux, officiels, faits pour le compte de l’Organisation des Nations Unies, par des experts de renommée internationale, tel que le Pr. Christine Margaret Gosden, titulaire de la chaire de médecine génétique de la « Royal university of liverpool », confirment les effets mutagènes et cancérigènes des armes chimiques employées. Les statistiques officielles des hôpitaux marocains attestent que 80% des patients atteints de cancers du larynx sont originaires du Rif. Le rapport de cause à effet entre ce type d’armes et les cancers n’est plus à prouver et a été démontré scientifiquement, de même que les effets mutagènes, sans parler des conséquences psychologiques. Et d’un point de vue strictement juridique, il y a dans cette affaire, primo, une faute en raison de la violation de la légalité, secundo, un préjudice énorme qui se poursuit dans le temps et, tertio, un rapport de cause à effet entre la faute commise et le préjudice subit. Force est de préciser que faute d’hôpitaux dans le Rif même, les concernés doivent se rendre jusqu’à Rabat et que tout le monde ne peut pas se le permettre. Les rifains et le Rif demeurent pauvres, marginalisés, nclavés, par leur propre pays, faute d’infrastructures, d’hôpitaux, d’Universités, d’industrie... Aujourd’hui, le but n’est pas de pleurer un passé récent ou actuel. Les hommes font des erreurs, commettent des fautes, d’autres hommes de bonne volonté les réparent. Que peuvent demander, vouloir et attendre les rifains des espagnols ? L’Espagne d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’hier, elle est devenue une grande démocratie. Les moyens juridique offerts tant par le droit interne espagnol que le cas échéant le droit européen sont là, à la portée. Néanmoins, nous pensons qu’il vaut mieux rechercher un règlement amiable de cette affaire. Et notre présence ici, et votre accueil dans cette honorable institution est le début, le premier pas dans la recherche d’une issue amiable et honorable.

- Reconnaître officiellement que des fautes ont été commises, en violation du droit international, en utilisant des armes chimiques contre les populations rifaines et le Rif ;

- Condamner l’utilisation de la guerre chimique contre le Rif et demander pardon ;

- Faciliter et faire la lumière sur tout ce qui s’est passé ;

- Mettre en place des plans de réparations compensatrices pour le Rif et les rifains ;

- Adopter des plans de véritables partenariats entre espagnols et rifains dans l’intérêt bien compris des deux parties.

Le fait que des députés espagnols, expriment un intérêt et répondent à notre demande en soumettant au congrès des députés une proposition non de loi au sujet de la guerre chimique contre le Rif est un honneur pour ceux qui appuient cette initiative, et pour le peuple espagnol en entier.

(Dr. Mimoun CHARQI, Groupe de Recherche sur la Guerre Chimique contre le Rif - Comité Scientifique)

5) Abdelkrim, le vaincu victorieux symbole de la lutte anticoloniale

Le 27 mai 1926, le chef berbère Abdelkrim (ou Abd el-Krim) se rend aux troupes françaises. Sa reddition met un terme à cinq ans de lutte anticoloniale dans le Rif. Il est alors exilé à La Réunion d’où il parviendra à s’échapper.

Abdelkrim, héros de la guerre du Rif

Le Rif est une chaîne montagneuse qui borde le littoral méditerranéen du Maroc. Les tribus berbères qui l’habitent ont régulièrement résisté aux tentatives d’invasion des royaumes chrétiens du nord, l’Espagne et le Portugal.

Après l’établissement d’un protectorat conjoint de la France et de l’Espagne sur le royaume marocain, en 1912, le Rif persiste dans sa résistance à l’occupation étrangère. Les Espagnols, auxquels revient l’administration de la région, ont le plus grand mal à soumettre ses populations. En 1921, la tribu des Beni Ouriaghel, installée dans la région d’Alhoceima, entre en rébellion ouverte sous la conduite d’un ancien fonctionnaire de l’administration espagnole, Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi (30 ans). Ce jeune chef intelligent et charismatique lève une petite armée et inflige quelques échecs aux Espagnols.

Le général Manuel Fernadez Silvestre lève alors une puissante armée pour en finir avec les Beni Ouriaghel. Mais Abdelkrim lui inflige une terrible défaite à Anoual en juillet 1921. 14.000 soldats espagnols sont tués, blessés ou portés disparus dans la bataille, soit la presque totalité de ses troupes. Le général Silvestre se suicide.

La victoire d’Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d’immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu’elle prouvait qu’avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques. Fort de la renommée que lui vaut sa victoire, et richement équipé désormais grâce à la grande quantité d’armes légères et lourdes saisies sur le champ de bataille, Abdelkrim étend son autorité à l’ensemble du Rif. En février 1922, il proclame la République rifaine dont il devient le président.

À Madrid, les échecs du gouvernement espagnol face à Abdelkrim sont à l’origine d’un coup d’État le 13 septembre 1923 par le général Miguel Primo de Rivera (53 ans). Celui-ci suspend la Constitution et instaure la dictature, comme Mussolini en Italie un an plus tôt.

Mettant à profit ses victoires face aux Espagnols, Abdelkrim envoie des émissaires aux tribus de la zone sous protectorat français pour les inviter à le rejoindre dans la rébellion.

Éphémère triomphe

Hubert Lyautey, résident général de la France auprès du souverain alaouite, renforce les postes d’avant-garde pour protéger les villes de Meknès, Taza et Fès. Mais le "maréchal monarchiste", mal vu du gouvernement républicain, n’obtient pas les renforts réclamés. Quand en avril 1925, Abdelkrim lance son offensive vers le sud, il repousse sans trop de mal les troupes françaises vers Fès et Taza. Lyautey démissionne et le gouvernement français confie alors les opérations au maréchal Philippe Pétain, auréolé de sa victoire à Verdun et bien en cour dans les milieux républicains.

Pétain obtient de Paris les moyens refusés à Lyautey. Il organise une contre-offensive massive précédée de bombardements massifs effectués par l’aviation. Il bénéficie également du concours des Espagnols qui, le 8 septembre 1925, dirigés par le général Primo de Rivera lui-même, débarquent à Alhucemas .

Leurs villages ruinés par les bombes, les populations menacées d’extermination par les troupes de Pétain, Abdelkrim demande à négocier. L’intransigeance des envoyés de la France est telle que les pourparlers engagés à Oujda échouent. Devant le massacre qui se prépare, Abdelkrim offre alors de se constituer prisonnier pour protéger les siens. CEPENDANT, les puissances coloniales ne peuvent tolérer qu’un tel soulèvement reste impuni. Ainsi dès 1926 des avions munis de gaz moutarde bombarderons des villages entiers faisant des marocains du Rifs les premiers civils gazés massivement dans l’Histoire.

Exil et fin de vie

En 1926, Abdelkrim est exilé à La Réunion, où on l’installe d’abord jusqu’en 1929 au Château Morange, dans les hauteurs de Saint-Denis. Il devient ensuite habitant de la commune rurale de Trois-Bassins, dans l’ouest de l’île, où il achète des terres et construit une belle propriété. Il y restera une quinzaine d’annèes jusqu’en 1927. Il obtiendra ensuite l’autorisation de s’installer dans le sud de la France.

Il y sera conduit en bateau où il profitera d’une escale à Suez pour s’échapper. Il passera ainsi le reste de sa vie en Egypte où il présidera le "Comité de libération pour le Maghreb arabe". Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi meurt en 1963 au Caire où sa dépouille repose encore.

La guerre du Rif demeure comme l’une des plus grandes épopées nationales du Maroc où le nom d’Abdelkrim est vénéré. Aux yeux des nationalistes arabes, elle reste un grand symbole de la lutte anticoloniale.

Abdelkrim le vaincu victorieux symbole de la lutte anticoloniale

Témoignages du mardi 27 mai 2008 (page 8)

http://www.temoignages.re/article.p...

6) L’épopée de l’Emir Abdelkrim

www.lexpressiondz.com/articl...

« Si notre appel est entendu, on peut vous croire quand vous parlez "d’humanité", de "civilisation". Autrement, on saura que l’Europe n’aura qu’un but, c’est de combattre les Musulmans avec tous les moyens et toutes les armes en son pouvoir. » (Appel pathétique de l’Emir Abdelkrim à la Société des Nations, Genève en 1922).

A toutes les inquiétudes générées par un capitalisme sauvage qui ne fait pas de place à l’homme, on constate, çà et là, un retour à des référents qu’on avait tendance à croire qu’ils étaient passés de mode ; on pensait à tort que la mondialisation façonnant l’homme nouveau, le consommateur sans état d’âme, conditionné pour répondre à des stimulis qui créent en lui l’insatisfaction et le désir de changer. Erreur, l’identité et le religieux font un retour brutal non plus d’une façon soft mais sur le mode de revendications à des degrés divers, intolérantes vis-à-vis de l’ "Autre" au sens de Lacan. On dit que "l’identité s’affiche quand elle a besoin de parler". Il vient que, nous en sommes tous là à errer et à tenter de chercher des repères fixes quand tout s’effiloche autour de nous. Peut-être que les intellectuels, qu’on accuse, à tort ou à raison, de ne pas s’impliquer dans les grands débats de société, devraient, en l’occurrence, apporter, d’une façon plus marquée, leur perception de la réalité et du futur..

S’agissant justement de cette identité maghrébine commune qui devrait être inscrite dans le marbre et être le bréviaire de tous les écoliers du Maghreb. Dans une précédente contribution, j’avais présenté l’Emir Abdelkader, un des héros de l’histoire trois fois millénaire de l’Algérie et, partant, du Maghreb. Je veux contribuer justement à cette histoire maghrébine première s’il en est de cette Union Maghrébine que nous continuons de fantasmer. Les héros du Maghreb ne manquent pas, trois d’entre eux eurent à se battre contre des armées numériquement supérieures. Ce fut le cas de l’Emir Abdelkader qui eut en face de lui les colonnes infernales de Bugeaud, l’Emir Abdelkrim El Khattabi qui eut en face deux armées coalisées avec les généraux Primo de Rivera et Lyautey puis Pétain, ce fut encore ’Omar el Mokhtar qui n’eut de cesse de combattre en vain, le maréchal italien Graziani qui eut raison de sa bravoure. Un film fut réalisé et Antony Quinn interpréta magistralement le rôle du Héros libyen.

Qui est en fait Abdelkrim ? Le nom de Mohammed ben Abd el-Krim el-Khattabi manifeste les deux faces du personnage social et politique : le leader moderne et le lettré de famille de fonction. De la tribu berbérophone des Beni Ouriaghel, fils de cadi, le chef de l’insurrection du Rif qui naquit vers 1882 au sein du clan des Aït Khattab, l’une des fractions de la tribu des Beni Ouriaghel dans le Rif central, fut largement influencé par les idées des penseurs de la Nahdah. Une fois ses études terminées, Abd el-Krim s’installa à Melilla et devint rédacteur du journal de langue espagnole Telegrama del Rif en 1906...

Le précurseur

Bref flash-back sur la situation qui prévalait au Maroc. En 1904, la France et la Grande-Bretagne adoptèrent un accord secret sur le Maroc. L’accord marquait en fait le début du processus de colonisation du Maroc par la France. A la conférence européenne d’Algésiras sur le Maroc, le 7 janvier 1906, la France et l’Espagne reçurent des droits particuliers sur le plan économique ; notamment des droits spéciaux pour la police des ports marocains. En août 1907, les troupes françaises débarquèrent à Casablanca. En mars 1911, un soulèvement berbère menaça le sultan qui fut délivré grâce à l’intervention des Français. Cette intervention fut le prétexte utilisé par les Français pour conquérir le Maroc. L’Allemagne, pour s’opposer à l’intervention française, envoya devant Agadir le pavillon de guerre Panther. L’Allemagne et la France qui se partageaient l’Afrique comme un gâteau, échangèrent 275.000km carrés de territoire en Afrique équatoriale française contre la reconnaissance par le Reich de la liberté d’action de la République au Maroc.

Cela permit l’instauration du Protectorat français sur le Maroc le 30 mars 1912. Parachevant la mise sous tutelle occidentale du Maroc, le 27 novembre 1912, l’Espagne se voyait confier deux zones d’influence : l’une au nord, la région du Rif, et l’autre au sud, la région de Tarfaya et Ifni.

Celui qu’on appelle l’Emir et plus tard "Da Mohand", fut emprisonné en 1917 pour avoir défendu l’idée que l’Espagne ne devait pas s’étendre au-delà des territoires déjà occupés. Cinq ans après avoir été nommé cadi, en 1919, il quittait l’administration et retournait dans sa ville natale d’Adjir. La violente répression menée par le général Manuel Fernandez Sylvestre, voulue par les autorités espagnoles, favorisa les ralliements des Rifains à la cause du jeune chef. L’Emir Abdelkrim engage alors, une bataille épique contre d’abord l’Espagne. Il arrive à lui infliger une sévère défaite. La bataille se déroule pendant la 27e nuit du Ramadhan, le 23 juillet 1921. En 1921, la tribu des Beni Ouriaghel, installée dans la région d’Alhoceima, entre en rébellion ouverte sous la conduite de Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi (30 ans). Ce jeune chef intelligent et charismatique lève une petite armée et inflige quelques échecs aux Espagnols.

Le général Manuel Fernadez Silvestre lève alors une puissante armée pour en finir avec les Beni Ouriaghel. Mais Abdelkrim et ses 3 000 Rifains lui infligent une terrible défaite à Anoual le juillet 1921. La lutte dure trois semaines et se solde par 16.000 morts espagnols et des milliers de blessés ; 20.000 fusils, 400 mitrailleuses, 200 canons sont pris par les "rebelles". Le général Silvestre se suicide. "En avril 1921, écrit Youcef Girard, la réunion du Jbel El Qama scella l’accord d’union des différentes tribus rifaines dans leur lutte contre les conquérants ibériques. " Par " le serment d’El Qama ", l’Emir Abdelkrim parvint à s’imposer aux délégués des tribus et à les engager à respecter les décisions prises en commun. L’Emir Abdelkrim, avec ses petits groupes de combattants mobiles qui étaient dans la montagne rifaine comme " des poisons dans l’eau ", inaugurait une technique de guerre qui allait faire le succès de toutes les armés de libération du vingtième siècle : la guerre de guérilla. Reconnaissant la dette qu’ils lui devaient, Ho Chi Min et Mao Tsé-toung le nommèrent "notre précurseur".(1)

L’investiture d’Abd el-Krim rappelle celle de la "moubaya’a" de l’Emir Abdelkader près d’un siècle plus tôt. "En France, écrit Zakya Daoud, les socialistes se rallient à l’irréversibilité de la conquête, de l’inéluctabilité de la colonisation, de l’industrie, de la croissance, on commence à prêcher un bon colonialisme. Il ne s’agit plus de le critiquer, mais de l’humaniser, mais d’en dénoncer les abus et même de défendre le principe du "devoir de civilisation", des races supérieures qui doivent faire profiter les races inférieures de la civilisation, du progrès de la culture, du savoir-faire..."(2)

La victoire d’Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d’immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu’elle prouvait qu’avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques. Fort de la renommée que lui vaut sa victoire, et richement équipé désormais grâce à la grande quantité d’armes légères et lourdes saisies sur le champ de bataille, Abdelkrim étend son autorité à l’ensemble du Rif. En février 1922, il proclame la République rifaine dont il devient le président. À Madrid, les échecs du gouvernement espagnol face à Abdelkrim sont à l’origine d’un coup d’État le 13 septembre 1923 par le général Miguel Primo de Rivera.

Selon Charles-André Julien, "la défaite des Espagnols par les Rifains parut aux Marocains l’annonce du triomphe prochain de l’Islam. Pour le peuple, le nouveau sultan " Sidi Mohand " fut le chef de la guerre sainte qui évincerait le sultan de Rabat, prisonnier des chrétiens". De fait, pour l’Espagne, Anoual était plus qu’une défaite. C’était une humiliation civilisationnelle....Les victoires des troupes d’Abdelkrim sur les forces impérialistes espagnoles créèrent un enthousiasme et un espoir dans l’ensemble du monde arabo-islamique qui était dans sa presque totalité sous le joug occidental. L’Empire ottoman venait d’être défait durant la Première Guerre mondiale et aucun pays musulman n’était en mesure de tenir tête à un Occident conquérant. Pour Benyoucef Ben Khedda, "les espoirs de libération des musulmans s’étaient portés sur le héros rifain avec d’autant plus d’empressement que son prestige était rehaussé à leurs yeux par le fait qu’il se réclamait de l’ascendance de l’illustre Omar Ibn-el-Khattab, le second calife de l’Islam. Chacune de ses victoires était accueillie par les Algériens comme étant la leur, et chacune de ses défaites aussi. La guerre du Rif...joua un rôle appréciable dans la stimulation de sa conscience militante, au moment de la création de l’Etoile Nord-Africaine"(3).

Quand en avril 1925, Abdelkrim lance son offensive vers le Sud, il repousse sans trop de mal les troupes françaises vers Fès et Taza. Paris envoie sur place Pétain. La coalition entre l’Espagne et la France, qui tenaient à cette guerre, mobilisera 500.000 hommes, 60 généraux, dans laquelle va s’illustrer un officier du nom de Franco. Pour vaincre, les Européens, qui disposent d’un appui aérien américain, vont recourir à des moyens inhabituels, notamment à un programme secret pour fabriquer des armes chimiques. "Une usine est installée dans les environs de Madrid, la Maranosa,. En juin 1922, à Melilla, un atelier de fabrication d’obus toxiques - phosgène, chloropicine - est également créé avec une assistance française."Des avions munis de gaz moutarde bombarderont des villages entiers, faisant des Marocains les premiers civils gazés de l’histoire contemporaine. Pétain organise ainsi, une contre-offensive massive. Le 8 septembre 1925, le général Primo de Rivera lui-même, débarque avec ses troupes à Alhucemas.

Leurs villages ruinés par les bombes, les populations menacées d’extermination par les troupes de Pétain, Abdelkrim demande à négocier. L’arrogance des envoyés de la France est telle que les pourparlers engagés à Oujda échouent. Abdelkrim offre alors de se constituer prisonnier pour protéger les siens. Dès 1926, des avions munis de gaz moutarde bombarderont des villages entiers faisant des Marocains du Rif, les premiers civils gazés massivement dans l’Histoire. Le nombre de victimes fut estimé à cent cinquante mille durant les années 1925-1926. Le 27 mai 1926, le chef berbère Abdelkrim, le vaincu victorieux se rend aux troupes françaises. Après cinq ans de lutte, il est exilé à La Réunion avant de "s’évader" lors de son retour à l’escale du Caire.

Dans son combat, l’Emir rifain affirmait la distinction qu’il faisait entre les troupes coloniales espagnoles qu’il combattait sans relâche, et le peuple espagnol avec qui il espérait établir des relations amicales : "Le Rif ne combat pas les Espagnols et ne ressent pas de haine envers le peuple espagnol. Le Rif combat cet impérialisme envahisseur qui veut lui ôter sa liberté à force de sacrifices moraux et matériels du noble peuple espagnol. (...) les Rifains luttent contre l’Espagnol armé qui prétend lui enlever ses droits, et cependant garde ses portes ouvertes pour recevoir l’Espagnol sans armes en tant que technicien, commerçant, industriel, agriculteur, et ouvrier."(4).

Bien plus tard, au Caire, l’Emir Abd el-Krim reprit son activité politique et se posa en chef de la résistance maghrébine face aux puissances coloniales. C’est dans ces conditions qu’il fonda, le 9 décembre 1947, le "Comité de libération du Maghreb arabe" au Caire. Le CLMA, malgré la personnalité de l’Emir Abd el-Krim, succomba rapidement à des dissensions internes. A sa mort le 6 février 1963, le président Gamal Abd en-Nasser lui organisa des funérailles nationales. Le combat de l’Emir Abdelkrim marqua la génération des années trente. Mostafa Lacheraf écrit :"...Le colonialisme aggravait par tous les moyens en son pouvoir cette tendance conservatrice. Il avait démantelé depuis la fin du siècle dernier la puissance multiforme des zaouias et dévoyé celles d’entre elles qui, ne l’ayant pas combattu pendant la guerre de conquête, lui paraissaient plus dociles... Je me rappelle qu’un chérif marocain "réquisitionné" officiellement était venu de son pays à Sidi Aïssa.. Le marabout marocain en question avait sous son matelas, à portée de main, des sommes fabuleuses qu’il recevait de ses visiteurs et qu’il leur distribuait pour les suborner, les obtenant soit du gouvernement général de l’Algérie,soit du sultan du Maroc de l’époque, ennemi déclaré du " rogui " ou " rebelle " rifain Abdelkrim..".(5)

Un réformateur

Qui se souvient en définitive d’Abdelkrim ? " Un homme, écrit Claude Liauzu, victime à la fois de la légende noire que le colonialisme français lui a opposée et de l’idéologie dominante au Maroc, celle du Palais et des nationalistes bourgeois. Au mieux, on en fait un "vieux de la montagne", un chef tribal défendant son particularisme berbère. Pourtant, âme de la résistance à la conquête du Rif, Abdelkrim a été aussi un réformateur s’attaquant aux notables d’un Islam conservateur...Zakya Daoud souligne la modernité de cette résistance à ce que l’on n’appelait pas encore la mondialisation, montrant un Abdelkrim assez proche d’un "sous-commandant Marcos", si l’on ose la comparaison".(6)

L’appel pour le droit de vivre du Rif, de l’Emir Abdelkrim, fut pathétique., Il resta, on s’en doute, sans écho, par contre, les préparatifs pour une croisade punitive organisée par l’Espagne et la France se mettent en branle. Ainsi, le roi d’Espagne, Alphonse XIII, qui vint l’année suivante à Rome, le 15 novembre 1923, propose ni plus, ni moins son épée, au pape pour une croisade contre les infidèles. De même, la France annonce par la bouche du président Paul Painlevé des propos virulents, d’un racisme qui a fait, nous dit Germain Ayache, frémir les sénateurs à la session du 2 juillet 1925. Ecoutons, le parler des Rifains : "..Ces barbares ! Ces populations obscures...qui diffèrent de nous, par la couleur de la peau et qui, ayant "tout à apprendre de l’Europe" n’en menacent pas moins la civilisation européenne". C’est dire si tous les Hitler, Mussolini, n’ont rien inventé, ne suivant en fait que les idées qui étaient dans l’air. Il est à espérer que les écoliers du Maghreb puissent connaître leur histoire, toute leur histoire et rien que leur histoire, sans ajout ni amnésie. Amen !

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Y.Girard : L’Emir Abdelkrim : figure musulmane de la résistance Oumma.com 29.03.2007

2.Z.Daoud.Abdelkrim : une épopée d’or et de sang. p.211. Editions Séguier. Paris. 1999.

3.B.Ben Khedda : Les origines du premier Novembre 1954, Ed. CNER, Alger, page 34, 2004.

4.Lettre d’Abdelkrim à Luis de Oteyza, Directeur de La libertad, en 1922

5.M.Lacheraf. Des noms et des lieux.p. 39-40. Editions Casbah.Alger. 1999.

6.C.Liauzu : Abdelkrim. Une épopée d’or et de sang. Zakya Daoud Le Monde Diplo. 12. 1999

Pr Chems Eddine CHITOUR http://www.lexpressiondz.com/articl...


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