Vous connaissez la différence entre un mannequin de mode et un robot journaliste répondeur automatique ? Le mannequin ne mange pas pour garder la ligne et le robot garde la ligne pour manger

lundi 25 novembre 2019.
 

Commentaire de Jean-Luc Mélenchon sur son interview par Public Sénat en février 2008.

Cet après midi « Public Sénat » m’a interviewé à propos de la nuit de débat. En général ça se passe bien. Confort du temps, ton tranquille. Mais comme la chaine commence à faire de l’audience, les zombies commencent à envahir les effectifs.

Justement c’est un robot lyophilisé qui tient le micro : « êtes-vous d’accord avec le PS sur le traité de Lisbonne ? » On croit rêver. J’étais encore aimable : « ce n’est pas le sujet, je crois que c’est le référendum : en faut-il un ou pas ? Je pense que oui et je vais vous dire pourquoi » Le robot laqué et souriant : « oui, mais justement, la division du PS sur ce point est affichée. Ne pensez vous pas qu’il n’y a plus de ligne commune sur l’Europe au PS ? » Moi : « Le référendum est une façon de commencer à soigner l’union européenne de sa maladie de manque d’implication des citoyens et je vais vous dire pourquoi »

Le robot journaliste répondeur automatique : « mais ne pensez vous pas que le PS est divisé et qu’il aura du mal à trouver une issue à ses déchirements » Et ainsi de suite. Cinq fois avec le même sourire béat « t’as-vu-maman-c’est-moi-qui-pose-des-question-à-la-télé-à-cette-cloche-de-socialiste-divisé ».

Dès la deuxième question j’agrémentais ma réponse de commentaires acides contre les journalistes sans conscience civique qui ne s’intéressent pas au fond etc. Mais les robots questionneurs automatiques sont formés dans les écoles de police.

Quand la lumière de la caméra est allumée dans les yeux du socialiste divisé, ils savent qu’en reprenant la question dix fois sous un angle différent le suspect finira par craquer et dire ce qu’on a décidé de lui faire dire pour « illustrer le sujet ». Dans l’intervalle vous pouvez leur pisser sur la tête : ils ne sortent pas de la question apprise par cœur.

Quand j’ai commencé à me fâcher, le robot a aussitôt avancé le micro plus près de mes lèvres. Une image formidable s’annonçait : un socialiste divisé en train de s’énerver. « Le chef sera super content. Mon CDD sera sans doute renouvelé », pense le robot qui n’est jamais qu’un(e) pauvre bougre(sse) précarisé.

Vous connaissez la différence entre un mannequin de mode et un robot de presse ? Le mannequin ne mange pas pour garder la ligne et le robot garde la ligne pour manger. Telle est la société de l’information spectacle de notre temps.

Après ça une publicité pour des journalistes, des vrais, qui enquêtent et nous apprennent des choses qui ne sont pas destinées à les faire bien voir du grand quartier général. Regardez la télévision, mais oui c’est moi qui écrit ça, jeudi 31 janvier à 23 heures, sur France 2. C’est la série "Dans le secret de...". Ca s’appelle : « Les riches, l’impôt et la fortune ». Un documentaire de Jacques Cotta et Pascal Martin. Ces deux là décapent. Surement qu’ils vont finir par être virés. Ils n’ont pas assez faim. Ca leur laisse trop de temps pour penser.


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