Kadhafi à Paris : Une visite qui vire au cauchemar (article de La Libre Belgique)

vendredi 11 décembre 2020.
 

10 décembre 2007 : Nicolas Sarkozy s’empêtre avec le sulfureux Kadhafi. Qui, sur les droits de l’homme, s’est même permis de lui faire la leçon et de le traiter de menteur.

Les autorités françaises ne le disent pas, et elles ne l’avoueront sans doute jamais. Il y a fort à parier, cependant, qu’elles pousseront un énorme soupir de soulagement lorsque Mouammar Kadhafi - arrivé lundi à Paris pour une visite officielle de cinq jours - aura regagné son pays. De jour en jour, en effet, cette visite tourne au cauchemar pour Nicolas Sarkozy, au point que l’on frise désormais en permanence l’incident diplomatique. Il y avait déjà les innombrables critiques de l’opposition et des associations sur le "cynisme" de l’hôte de l’Elysée, qui commerce avec des dictateurs et félicite des autocrates alors que, pendant sa campagne, il avait juré que le respect des droits de l’homme constituerait la clé de voûte de sa diplomatie.

Il y avait aussi l’hostilité de l’opinion à cette visite, selon les sondages. Il y avait encore le trouble créé par la justification par le Libyen, peu avant son arrivée à Paris, du recours au terrorisme par les Etats faibles.

Il y avait en outre l’effet désastreux de toutes ces images de télé montrant les opposants libyens en exil en France interdits manu militari de manifester. Il y avait encore les états d’âme exprimés au sein même du gouvernement. Il y avait, enfin, la gêne des parlementaires UMP : une moitié de ceux invités mardi à la réception donnée à l’Assemblée en l’honneur du colonel l’ont boycottée.

Ce n’était déjà pas mal mais, depuis mardi, on a franchi un pas de plus. Le Libyen, en effet, a publiquement contredit le locataire de l’Elysée, en assurant à la télé qu’il n’avait "pas évoqué" les droits de l’homme avec son hôte, contrairement à ce qu’avait assuré Nicolas Sarkozy. Ce qui a placé les autorités françaises dans une position très inconfortable, puisqu’elles devaient confirmer les dires du Président, mais sans évidemment traiter leur invité de menteur. Mouammar Kadhafi a ensuite sermonné la France sur ces mêmes droits de l’homme. Il a fustigé le traitement réservé par Paris aux migrants. Et, quinze jours à peine après les émeutes en région parisienne, a demandé qu’on "réfléchisse" aux raisons pour lesquelles "les immigrés, considérés comme des marginaux, des nécessiteux, expriment leur colère parfois par la violence, allument des incendies" dans les banlieues où ils ont été "envoyés" et où leurs "droits sont violés par les forces de police". Des propos que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a qualifiés de"pitoyables". Et qui ont "profondément choqué" le patron des députés UMP, Jean-François Copé.

Sarkozy "dans un piège"

Troisième salve : pour le colonel, "la question des droits humains ne se pose pas" en Libye, pays régi par "la démocratie populaire directe" et où "il n’y a pas un seul prisonnier politique". Sa tirade a fait pâlir d’embarras tous ceux qui à Paris, depuis lundi, justifient la venue du Libyen par la démocratisation qui serait en voie dans son pays.

Du coup, la pluie de critiques autour de cette visite n’a évidemment que redoublé. Les stars de l’opposition comme Ségolène Royal et François Bayrou ont défié les interdictions de manifester et se sont affichées avec des opposants. Puis ont raillé un Président "tombé dans le piège d’un dirigeant dictateur sans scrupule", qui lui "donne la leçon" et qui, par ses caprices et son caractère imprévisible, donne à cette visite officielle des airs de "mascarade".

BERNARD DELATTRE CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS (Libre Belgique)

Pourquoi la République française a-t-elle accueilli fastueusement Kadhafi ?

La réponse à cette question reste embryonnaire. Signalons donc seulement quelques liens :

Financement libyen de la campagne de 2007 : Nicolas Sarkozy mis en examen (6 documents)

Une note confirmerait le financement de la campagne de Sarkozy en 2007 par Kadhafi 


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