Pour un salaire minimum unique européen

lundi 27 août 2012.
 

20 pays de l’Union européenne sur 27 possèdent un salaire minimum légal. Parmi eux, la valeur mensuelle brute varie de 92 à 1 570 euros bruts (avant cotisations sociales du salarié), soit une échelle de 1 à 17 fois. Une fois corrigé des différences de coût de la vie, l’écart se réduit à un rapport de 1 à 7 en passant de 204 à 1 503 euros. Les écarts demeurent considérables : dans 10 pays, le minimum est inférieur à 300 euros mensuels. Notons que les pays qui ne figurent pas dans ce tableau ne disposent pas de salaire minimum de niveau national, mais peuvent avoir des minima variables suivant les secteurs d’activité. Les salariés français figurent dans le haut du tableau, d’autant que leur durée du travail est de 35 heures contre 39, par exemple, au Royaume-Uni. Mais tous les salariés au Smic en France ne touchent pas 1 200 euros brut. Comme dans les autres pays, les personnes employées en temps partiel ou par intermittence dans l’année n’en perçoivent qu’une partie. C’est l’un des principaux facteurs de l’existence des "travailleurs pauvres", dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (un Smic à mi-temps par exemple).

Les salariés français figurent dans le haut du tableau, d’autant que leur durée du travail est de 35 heures contre 39, par exemple, au Royaume-Uni. Mais tous les salariés au Smic en France ne touchent pas 1 200 euros brut. Comme dans les autres pays, les personnes employées en temps partiel ou par intermittence dans l’année n’en perçoivent qu’une partie. C’est l’un des principaux facteurs de l’existence des "travailleurs pauvres", dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (un Smic à mi-temps par exemple).

Salaire mensuel brut en vigueur au 1er janvier 2007 (sauf Grèce juillet 2006). Le premier nombre donné correspond au salaire minimum officiel, le second entre parenthèses donne le salaire en parité de pouvoir d’achat).

Luxembourg : 1570 ( 1503)

Irlande : 1403 ( 1141)

Royaume-Uni : 1361 ( 1292)

Pays-Bas : 1301 ( 1244)

Belgique : 1259 ( 1203)

France : 1254 ( 1150)

Grèce : 668 (768)

Espagne : 666 ( 724)

Malte : 585 ( 805)

Slovénie : 522 ( 701)

Portugal : 470 ( 546)

Rép. Tchèque : 288 ( 465)

Hongrie : 258 (423)

Pologne : 246 (389)

Estonie : 230 (362)

Slovaquie : 217 (351)

Lituanie : 174 (324)

Lettonie : 172 (310)

Roumanie : 114 (204)

Bulgarie : 92 (216)

Pour comparaison

Etats-Unis : 676 (779)

Turquie : 298 ( 498)

Pour un salaire minimum unique européen (commentaire de gérard filoche extrait du livre à paraître sur le salariat )

En Europe, encore, où l’essentiel de notre sort économique se joue, non seulement notre salaire brut annuel moyen est proche de celui de l’Europe des 25 et inférieur à celui de l’Europe des 15, mais les écarts avec les plus « compétitifs » diminuent de moitié si l’on tient compte du pouvoir d’achat respectif des salaires, et sont encore plus réduits si l’on rapporte les coûts salariaux à la valeur ajoutée produite pour obtenir une mesure de la productivité de travail ! (Etude de l’INSEE). « Si l’on introduit une dimension temporelle, on constate qu’une dynamique de rattrapage est à l’oeuvre » soulignent Olivier Filiatrau et Vincent Marcus.

Dans ces comparaisons de salaires bruts annuels moyens, la France est en 9ème position après le Danemark, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, la Finlande (tableau 1, p. 44, INSEE, « les salaires en France » 2006).

Mais on peut et l’on doit « aimer » le plombier polonais, le maçon portugais, l’ouvrier du bâtiment letton, le sidérurgiste tchèque, le chauffeur bulgare, le docker maltais, les aimer au point de vouloir qu’ils gagnent autant qu’un salarié français sans que celui-ci perde son niveau de salaire. Cela revient à lutter pour un « Smic européen » aligné progressivement et de façon dynamique par le haut.

Car si les écarts sont grands (de 1 à 5) entre les salaires moyens de l’UE des 15 et ceux des 10 nouveaux entrants (à l’exception de Malte, Chypre et de la Slovénie), ils s’atténuent si l’on compare en « parité de pouvoir d’achat », sont divisés de moitié lorsque les salaires sont exprimés en « unités de standard de pouvoir d’achat ». « Ainsi le salaire moyen polonais qui était de 6,6 fois inférieur au salaire moyen britannique exprimé en euros n’est plus « que » 3,3 fois inférieur à ce même salaire exprimé en « unités de standard de pouvoir d’achat ». (p. 45) Si ces écarts salariaux sont appréciés par rapport à la valeur ajoutée produite pour obtenir une mesure de la productivité du travail, ils sont encore « considérablement réduits ».

Neuf Etats en Europe des 15 imposaient déjà aux employeurs un salaire minimum : Grande-Bretagne, France, Espagne, Luxembourg, Hollande, Belgique, Portugal, Grèce, Irlande). Dans les 6 autres cela concernait les partenaires sociaux (Allemagne, Danemark, Italie, Suède, Autriche, Finlande). L’Allemagne ne cesse de s’interroger sur un Smic légal quand Nicolas Sarkozy et le MEDEF voudraient le remettre en cause en France. Mais neuf pays sur les 10 nouveaux « entrants » de l’Europe des 25, ont également un Smic.

Il existe un salaire minimum mondial... pour les marins. Étonnant, non ? Et avant-gardiste. Reconnu par 48 pays, il a été négocié entre la Fédération patronale des armateurs et la Fédération internationale des transports, et installé en 1994. Il est réajusté tous les deux ans en « parité de pouvoir d’achat » et il atteint 600 dollars environ.

Sur les 48 pays, 18 pays sont européens : il y a donc un salaire minimum européen, au moins dans une branche. Ce n’est qu’un exemple de ce qui pourrait être (mieux) fait dans bien des secteurs : par exemple les routiers. Si la perspective en était politiquement tracée, un calendrier de négociations et de lois pourrait être planifié et mis en œuvre par branches puis par régions, puis par pays, dans l’Europe des 27 pour aligner les différents salaires minima progressivement au niveau le plus élevé, d’abord en parité de pouvoir d’achat puis en euros. Dès qu’une telle perspective existe, délocalisations et « principe du pays d’origine » (ex-directive Bolkestein devenue à 80 % la directive MacCreevy) perdraient de leur intérêt : pourquoi emmener les machines là-bas s’il est prévu que le salaire de là-bas rattrape celui d’ici ? Pourquoi s’exiler pour venir travailler de Pologne en France, si le salaire polonais est programmé pour un même salaire minimum européen ?

Si le seul horizon d’un salaire minimum européen est fixé, par exemple pour 2012, tout change en Europe : le dumping social perd de son intérêt, délocalisations et trafic de main d’œuvre sont condamnés à reculer à terme... Ensuite, il faut négocier par branche, par paliers, par zone géographique, par groupes de pays, dans la perspective d’un salaire minimum unifié, cela s’est toujours fait ainsi : le Smig en France a pris du temps avant de devenir le Smic, les abattements de zones ont été supprimés et nationalement le Smic a été aligné, mensualisé, hier sur 173,33 h, puis sur 169 h, aujourd’hui sur 151,66 h.

En 2004, le programme du Parti socialiste défendait encore « l’harmonisation progressive des droits sociaux au niveau le plus haut et l’instauration d’un salaire minimum européen et l’Europe des 35 h ». Il appelait aussi à une « nouvelle hiérarchie des règles internationales, des droits environnementaux, sociaux et humains devant être prioritaires sur le droit des affaires et de la concurrence ». Il obtint alors 30 % des voix aux élections européennes du 13 juin. Hélas, il renonça à cette juste et populaire position lors du débat, en 2005, sur le « TCE » (traité constitutionnel européen) ce qui lui valut d’en payer le prix électoral jusqu’en 2007.

Il faut tirer l’humanité vers le haut, et non pas l’abaisser au nom de la prétendue « concurrence » et du pseudo « libre-échange ». « L’OIT et l’OMC doivent devenir deux organismes agissant à parité de façon à introduire le droit du travail comme élément constitutif du droit de la concurrence ». (in « Avis » du Conseil économique et social, pour Seattle, nov. 1999). L’OMS (organisation mondiale de la santé) et une OME (organisation mondiale de l’environnement) devraient voir, au même titre que l’OMC, leurs recommandations s’imposer, et être susceptibles de sanctions.

Qui ne voit pas la dynamique salariale possible dans l’Europe des 15 puis des 25 et 27 ? Qui croit que l’impressionnante envolée de la croissance en Chine, Inde et Russie (prévue par le FMI lui-même, le 25 juillet 2005, respectivement à hauteur de 11,2 %, de 9 % et de 6,4 %) ne va pas déboucher sur des revendications des salariats de ces pays ? Le choix est partout entre une politique qui fait régresser et épouse les pires déréglementations de la mondialisation financière libérale et une politique qui contrecarre les ravages antisociaux, les pillages des richesses produites par les salariés, qui défende protection sociale et environnement.

Gérard Filoche


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