Jack London, « météore superbe » à l’œuvre immortelle

samedi 8 décembre 2018.
 

- A) 22 novembre 1916 : mort de Jack London (Brigitte Blang)

- B) Jack London, l’aventurier à l’œuvre immortelle

- C) Jack London, vagabond des étoiles

A) 22 novembre 1916 : mort de Jack London

Le 22 novembre 1916 disparaît un monument de la littérature mondiale, Jack London. Rien qu’un nom et voilà éveillées en vous des lectures adolescentes, des images de Grand Nord, de chiens vaillants, d’hommes robustes, de blizzard glacial, de ruées vers l’or. Et London, c’est bien tout cela. Mais c’est aussi un engagement politique pas très en cour, au début de ce siècle de tous les bouleversements.

Il a adhéré à 20 ans au Socialist Labor Party. Il en sortira 20 ans plus tard, en rage, pour cause de tiédeur réformiste !

C’est cet écrivain-là que nous célébrons. Celui qui crie, qui dénonce avec fureur toutes les injustices, les inhumanités d’une société qu’il refuse. Plongez au cœur des révoltes du Talon de fer, ouvrage d’anticipation étrange, qui dès 1908 décrit une Révolution écrasée par une répression méthodique et fonctionnelle, née de l’alliance contre nature du capitalisme et des chefs syndicalistes, une répression qu’il fait durer 300 ans ! Une Révolution racontée par une femme, suprême audace pour un roman clairement revendiqué antilibéral ! Une fille de la bourgeoisie, qui « trahit sa classe » pour suivre un prolétaire lumineux, un texte ardent, vivant. Et si actuel. Car hélas, rien n’a changé. Les pauvres sont toujours anéantis sous le talon de fer du capitalisme triomphant.

Visitez avec lui son Peuple de l’abîme qui préfigure avant l’heure ce que seront le Quai de Wigan et celui d’Ouistreham, ceux d’Orwell et de Florence Aubenas. Une immersion dans les bas-fonds de Londres. Une plongée dans son passé de gosse des docks, de crieur de journaux, de voleur d’huîtres, de trimard, de marin au long cours, de pêcheur de rêves. Prenez les trains des « hobo » et La Route, celle qui en annonce une autre, celle de Kerouac, 40 années plus tard. Pas de doute, London est bien un écrivain politique. Il voyage, rencontre Debs, soutient la révolution mexicaine, il veut « aller voir », et lutter, sa colère intacte, contre toutes les indignités, les droits bafoués des travailleurs.

Il meurt à 40 ans, à peine, admiré de Lénine et de Trotski, ivre de vie, de mots, d’écriture, de passion. Il meurt comme son héros, son double, Martin Eden. Il meurt, puisque pour de bon, il a choisi d’être « un météore superbe plutôt qu’une planète endormie ».

Brigitte Blang

B) Jack London, l’aventurier à l’œuvre immortelle

Source : Site Argothème

Si une œuvre littéraire mérite d’être relue si souvent sans jamais se faire détrôner par d’autres plus récentes, inusables ou fortes, incontestablement celle de Jack London est l’une parmi les rares élues pour l’éternité.

D’abord elle est faite d’un panache qui ne dément pas le grand talent de celui qui la signe, subjuguant aussi bien le lecteur occasionnel que le critique qui se risque à cerner sa portée. Ensuite, parce qu’elle se compose d’écritures variées - journalistique, poésie, théâtre, essai, nouvelle et roman - toutes singulières les unes que les autres. De coloration captivante propre au roman d’aventure où il excelle, justement le bouquet romanesque recèle toute l’exigence fictionnelle du genre prisé de tous lecteurs et jalousement convoitée par les plumes. L’imagination de Jack London s’est bien accaparée la verve littéraire où le chaos et l’intrépidité des intrigues tiennent en haleine. Ce qui pérennise l’œuvre, bien idoine à être découverte en tous les temps.

L’homme extraordinaire, l’équivalent d’une centaine de livres attachants accouchés en moins de 25 ans, appose avec brio son empreinte dans chaque ouvrage. Ce qui donne un sens mirifique, harmonieux et incomparable à toute l’œuvre. Un timbre d’une fierté généreuse, distillé sans concession de sa philosophie à la fertilité inouïe parcourt les textes griffés dès la première ligne. On se demande à la visite de la multitude de titres, quelle vie a-t-elle bien pu accoucher des monumentales qualités ?

La droiture exemplaire conjuguée aux capacités prolifiques rares font de l’auteur l’idole de plusieurs générations de lecteurs et érudits en belles lettres. Les déboires difficiles de son parcours devaient donner un écrivain maudit, celui qui vit les misères. Au contraire, ils lui forgent une personnalité avide de gratitude et l’obtient avec la littérature. S’approfondir dans la connaissance de ses romans, mène à la quête des biographies qui lui sont consacrées pour saisir le mystère de son génie. Dans chacune de celles lui sont faites, il est dit que l’œuvre est puisée du vécu et s’articule avec le fantasme créatif et le style rédactionnel approprié au genre.

Né le 12 janvier 1876 à San Francisco, année où sort L’Aventure de Tom Sawyer le roman Mark Twain dont toute l’œuvre est de la même essence. Sa tendre enfance s’est baignée dans l’atmosphère de spiritisme entretenu par sa mère, ce qui activa l’étalement de sa rêverie fantasmagorique inspirant l’émérite œuvre. Fils illégitime de Flora Wellman, une mère issue d’une famille aisée de l’Ohio qui s’est enfuie de chez ses parents dès 16 ans. Cet âge ne l’a pas empêchée de détenir déjà une culture qui lui a permis de survivre en donnant des cours de piano et de diction avant de se consacrer au spiritisme. Et d’un père, William Chaney lui-même autodidacte et auteur (roman et poésie) qui ne l’a jamais reconnu. Parce que ce dernier se considérait stérile mais pas impuissant, il prit sa quatrième épouse sur six, Flora qu’il abandonna dès qu’elle lui annonça qu’elle était enceinte croyant qu’elle le trompait. Quand ils formèrent leur couple en 1874, elle avait 30 ans et lui 53. Le 16 septembre 1876, elle épouse John London, un veuf poursuivi par sept enfants auxquels se rajouta le futur Jack qui a été considéré par ce maçon et fermier comme son propre fils. C’est sa demi-sœur Eliza qui s’occupa beaucoup de lui.

Il savait lire et écrire dès l’âge de 5 ans selon l’unanimité des biographes qui insistent sur sa jeunesse accablée de moult précarités. Autodidacte de haut vol, Griffith London Chaney dit Jack se considère « un raconteur d’histoires » comme se définissent par modestie élémentaire tous les écrivains. Le brin hors-normes, qui le fait dépasser d’une tête les autres, réside dans ses opinions de rebelle et sa disponibilité à graver avec forte considération la part de son environnement et celle de son vécu dans sa littérature bien plus que fascinante.

Jack a commencé à travailler dès 13 ans dans une conserverie qui conditionnait les produits agricoles, en tentant de publier des articles de presse. Puis économisant et contractant un prêt chez une femme noire, il s’est acheté une barque et s’est mis à écumer les huîtres de la baie de San-Francisco. Le 17 avril 1894, à 18 ans, il était parmi les 100 000 chômeurs qui ont marché depuis sa ville, San Francisco, sur le capitole à Washington. Des centaines de milliers d’autres ouvriers ont pris départ de leurs villes respectives afin de réclamer du travail, ceci pour sa présence dans l’histoire des Etats-Unis et les luttes qui lui a été d’une inspiration pour écrire principalement trois essais sur le socialisme. Il déserta le 24 mai « l’armée industrielle », telle qu’elle a été baptisée. Car il était très difficile de nourrir les marcheurs dans les villes traversées où l’accueil des autres travailleurs était solidaire, contrairement à celui du peuple de droite qui était hostile. Ses premiers papiers de presse commencèrent à paraître après cette escapade avec les hordes de gueux.

Aventure qui l’a marqué pour la vie et déclencha sa conscience politique qui fait de lui un communiste que très peu de biographes et de critiques rapportent fidèlement. Pourtant il s’était fait d’abord une réputation de politicien en se portant candidat dans des élections locales et par une fougueuse participation dans des salons de discussions socialistes que tenaient les mouvements de gauche au début du XXe siècle aux Etats-Unis. Lénine mourant se faisait lire « Talon de fer », Trotski le cite dans ses écrits et Che Guevara prenait référence de ses travaux.

Cependant sa vocation d’écrivain est parvenue au raffinement de son expérience d’impénitent aventurier dans, la ruée vers l’or, les équipées au Klondike. Il le reconnaît lui-même en écrivant en 1915, un an avant sa mort : « C’est au Klondike que je me suis découvert moi-même. Là, personne ne parle. Tout le monde pense. Chacun prend sa véritable perspective. J’ai trouvé la mienne ». Dès son retour du froid canadien et de sa fièvre de l’or, comme des milliers de chercheurs, ses premières nouvelles ont vu le jour. Le succès par la richesse matérielle s’en est suivi par la magie d’une écriture considérée, à ce jour, moderne où chaque mot galvanise sa démarche d’auteur.

Si pour Ernest Hemingway qui a est de la même trempe, en écrivant pendant des années depuis le bureau de Fidel Castro, la phrase courte et salvatrice se composait de : sujet, verbe et complément. Chez Jack London, le livre d’environ cent pages sous le format dit poche, le récit est condensé pour contenir et libérer à la fois toute la matière et les thèmes qui le composent. Certain de ses écrits sont à cheval entre la nouvelle et le roman.

The Redge Pleague (La Peste écarlate), publié en 1912, est l’une des merveilles que nous a léguée Jack London. De quelque 70 pages, ce court roman est celui où l’anticipation concerne notre époque, au regard des grandes maladies - sida et grippe aviaire - qui angoissent scientifiques et gouvernements. Il raconte l’extermination de l’humanité par une maladie hautement contagieuse par l’air, précédant les concepteurs de vaccins et semant une panique généralisée au niveau terrestre.

C) Jack London, vagabond des étoiles

Cent ans après sa disparition, le romancier américain entre à la «  Bibliothèque de la Pléiade  ». Une consécration pour l’écrivain prolétaire, le journaliste et l’aventurier devenu l’un des auteurs les plus populaires de l’histoire de la littérature.

L’enfance de Jack London se déroule autour de la baie de San Francisco, sous le soleil d’une Californie, qui, dans ces parages, est tempérée par les avalanches et les vagues de brume de l’océan Pacifique. Sa mère, Flora Wellman, abandonnée par le géniteur du futur écrivain, se marie après sa naissance avec John London, un vétéran de la guerre de Sécession. Jack prendra son nom et son surnom, mais ne connaîtra la vérité sur son ascendance véritable qu’à l’âge de vingt ans. Fermier, ouvrier, petit commerçant ou employé, John London entraîne sa famille de part et d’autre de la baie dans ses pérégrination à la recherche d’un travail souvent précaire, avant de s’installer à Oakland, où Jack découvre la bibliothèque publique de la ville et fait la connaissance d’Ina Coolbrith, bibliothécaire et poétesse, qui le guidera dans sa frénésie de lecture et dans sa vocation naissante. Des bas-fonds au sommet de la fortune

« J’ai vécu partout  ! » s’exclame Arthur Rimbaud dans sa Saison en enfer. L’année 1889 est celle d’un tournant pour Jack, qui connaîtra bientôt « mille vies » – son père, marqué par un accident, ne pouvant plus subvenir aux besoins de sa famille. Jack cumule donc les petits boulots. Les événements de son existence s’enchaînent alors avec un rythme frénétique et le conduiront des bas-fonds au sommet de la fortune.

« Bête de somme en usine à quatorze ans, pilleurs d’huîtres dans la baie de San Francisco à quinze, trimardeur et taulard à dix-huit, jeune socialiste à Oakland à dix-neuf, chercheur d’or dans le Klondike à vingt et un, Kipling américain à vingt-quatre, connu comme auteur dans le monde entier, champion des causes sociales, journaliste et correspondant de guerre à vingt-huit, voyageur et aventurier sans frontières à trente et un, éleveur de bétail primé et propriétaire d’une ferme expérimentale à trente-cinq, légende du self-made-man millionnaire à sa mort, à quarante ans », résume Earle Labor, le grand spécialiste américain de Jack London (1).

Une faim insatiable de lectures scientifiques, sociales...

Cette vie est également vouée à l’écriture, au rythme de mille mots par jour jetés sur le papier sans repentir et quelles que soient ses autres activités. À l’écriture, s’associent chez lui une soif et une faim insatiables de lectures scientifiques, sociales, historiques et théoriques pour cet autodidacte qui reprend ses études à dix-neuf ans et intègre l’université de Berkeley pour six mois après avoir absorbé, en quatre, les deux années de programme de l’académie d’Alameda préparant à l’examen d’entrée de la prestigieuse institution. Faute d’argent pour pousser plus avant ses études, il part pour le Klondike avec, dans ses bagages, au propre ou au figuré, le Capital de Marx, l’Origine des espèces de Charles Darwin et la Philosophie du style, d’Herbert Spencer.

Une vie de légende, donc, un mythe américain. Mais, cette vie, sous la légende, peut masquer quelquefois l’œuvre ou, au moins, jeter le trouble quant à son appréhension. Elle a longtemps oblitéré, pour la critique, malgré son succès populaire, la profondeur d’une écriture qui est aujourd’hui définitivement reconnue en France comme aux États-Unis.

« Quand on dit qu’il a vécu et ensuite a raconté ce qu’il avait vécu dans ses livres, on oublie que sa vie, pour une grande part, Jack London l’a menée à l’imitation de ses toutes premières lectures d’enfance, romans d’aventures et récits de voyages », explique Philippe Jaworski, directeur de l’édition de Jack London. romans, récits et nouvelles, publiée chez Gallimard à la «  bibliothèque de la Pléiade  » aujourd’hui (2).

L’œuvre romanesque de London occupe de fait quatre points cardinaux, marqués à chaque fois par des couleurs dominantes particulières, témoignant d’un pan de son existence. Le blanc des aventures du Grand Nord et de la ruée vers l’or du Klondike. Le bleu et le vert des aventures sur l’océan Pacifique, à l’ouest. L’or diapré des lointains des mers du sud. Le rouge et noir des fictions d’anticipation et des récits politiques. Au-delà de leur variété et de leur vitalité, liée à l’expérience concrète et intense qu’elle restitue, un « schème structurant » la parcourt.

« L’un des grands thèmes de Jack London, l’un de ceux où il donne le meilleur de lui-même, ce sont les situations d’affrontement », souligne Philippe Jaworski. « Jack London est le romancier du combat entre deux forces, précise-t-il, l’homme et la nature, l’homme et l’homme, l’homme et l’animal, l’animal et l’animal, l’homme se battant contre lui-même. À chaque fois, il installe dans ses récits une situation de confrontation qui monte vers un point de paroxysme. »

Pas un seul vagabond ne passe sans obtenir le gîte

Ce sens de la dialectique au sens hégélien du terme, comme lutte dans le mouvement ascendant de l’affirmation de soi en rapport à autrui et au monde, n’empêche pas London, quelquefois, dans le domaine politique, de rester prisonnier de certaines apories. La plus troublante est celle qui le place sous l’égide du « darwinisme social » de Spencer, qui le fera, cruel contresens, tenir à une vision de l’humanité faisant valoir la supériorité de l’« Anglo-Saxon ». À considérer son œuvre, cependant, c’est toujours le point de vue des vaincus et des opprimés qu’il éclaire de l’intérieur  ; le « Blanc », dominateur, exploiteur brutal, religieux fanatique, assoiffé d’or, pourvoyeur d’alcool et de poudre, a rarement le beau rôle. À considérer ses actes, il sera constamment opposé au « système capitaliste libéral », « credo des économistes de son époque », souligne Noël Mauberret, vice-président de l’Association des amis de Jack London. Devenu riche propriétaire, précise-t-il, « sur (son) ranch, au grand dam de ses voisins, la durée du travail est strictement limitée et pas un seul vagabond ne passe sans obtenir le gîte, un repas et quelques pièces contre quelques heures de travail » (3).

Effet de son éducation et de sa formation d’autodidacte également, peut-être, effet aussi de son amour immodéré pour la compagnie de John Barleycorn – Jean Grain d’Orge (le whisky et ses compagnons de gigue et de ragtime) –, qu’il rencontre pour la première fois pendant son enfance, il se verra surpris plus d’une fois, dans des œuvres comme le Loup des mers ou Martin Eden, par certaines fascinations qui le feront se trouver à distance de certaines de ses intentions didactiques.

Sa sensibilité à la violence des rapports de forces s’exprimera par ailleurs dans son engagement journalistique, avec, en particulier, un reportage en immersion dans les bas-fonds de Londres, qu’il réalise en 1902 au risque de sa vie, qu’il décrit et photographie – une première dans l’histoire du journalisme d’investigation – dans le Peuple de l’abîme. Il est au Japon et en Corée pour couvrir la guerre russo-japonaise, deux ans plus tard  ; sur les collines de San Francisco à la suite du tremblement de terre qui emporte la ville en 1906  ; à Veracruz pendant la guerre qui oppose les États-Unis au Mexique, en 1914.

Son engagement révolutionnaire, depuis son adolescence, au contact de la violence de l’oppression et de l’exploitation capitaliste, jusqu’à sa mort, comme propagandiste ardent du socialisme et malgré certaines emprises idéologiques qu’il ne sut pas surmonter, fut toujours sincère. Il rejoint le Parti ouvrier socialiste d’Amérique en 1896. Dans les Vies de Jack London, l’écrivain et documentariste Michel Viotte rapporte un témoignage du San Francisco Chronicle qui présente le « jeune socialiste d’Oakland » juché sur sa caisse, haranguant les foules et les retenant tard dans la soirée dans les assemblées militantes de la ville (4). Deux ans plus tôt, il participe à la grande marche des chômeurs, qui traverse d’ouest en est les États-Unis pour réclamer du gouvernement l’engagement d’une politique de grands travaux, un an après le déclenchement de la grande crise de 1893, qui a jeté un ouvrier américain sur quatre hors des usines. En 1901, il adhère au Parti socialiste d’Amérique et se présente en 1905 comme candidat de l’organisation, dirigée par Eugene Debs, aux élections municipales d’Oakland. Proche d’Upton Sinclair, l’auteur de la Jungle, il soutiendra l’organisation socialiste révolutionnaire par ses dons et ses interventions. S’il rompt avec elle, quelque temps avant de disparaître, c’est qu’il jugeait qu’elle avait abandonné le tranchant de la lutte des classes.

Jack London prit fait et cause pour la révolution russe de 1905

Tel fut Jack London. L’Amour de la vie est le dernier texte que Lénine se soit fait lire, quelques jours avant sa mort. Dans le Talon de fer, que Jack London écrivit en 1907, la Commune de Chicago de sa fiction d’anticipation est proclamée le 27 octobre 1917, date de la naissance, hasard objectif, selon le calendrier julien et dans le monde réel, du premier gouvernement soviétique de l’histoire. Jack London ne vit pas la révolution d’Octobre, lui qui prit fait et cause pour les ouvriers révoltés de la révolution russe de 1905. De dix ans ses cadets, Louise Bryant écrira Six Mois rouges en Russie et John Reed, Les dix jours qui ébranlèrent le monde, en prenant une des routes taillées dans l’écume et la brume du Golden Gate par l’écrivain reporter. Sous la plume de Jack, rouge étoile scintillant désormais à sa place, haut dans le ciel bleu nuit de la littérature, il tremble encore.

Jérôme Skalski L’Humanité

(1) Earle Labor, Robert C. Leitz et Milo Shepard, The Letters of Jack London, Stanford University Press, 1988.

(2) Jack London, Romans, récits et nouvelles I, II, collection « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 2016.

(3) Noël Mauberret, « Jack London et la misère. ». Revue Quart Monde, n° 198.

(4) Michel Viotte et Noël Mauberret, les Vies de Jack London, Arte éditions/Éditions de La Martinière, 2016. Michel Viotte, Jack London, une aventure américaine, documentaire, Arte/La Compagnie des Indes, 2016. Jérôme Skalski


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