Invisibilisation de l’activité productive des travailleurs dans les entreprises par les médias

dimanche 24 novembre 2019.
 

Qui permet en France et ailleurs de pouvoir se nourrir se loger, communiquer, se déplacer, s’éduquer se soigner, se protéger, sedistraire ? Les banquiers ? Les patrons du CAC 40 ? Le premier ministre ? Non !

Ce sont les travailleurs salariés ou non des différents secteurs de l’économie qui par la diversité de leur métier et par la mobilisation de leur force de travail sur leur lieu d’exercice qui le permet. Ce sont tout simplement les créateurs de richesses d’un pays

Or cette activité qui matérielles et idéeslle dans les usines, les ateliers, les bureaux, les magasins, etc. est très largement invisibilisée par les grands médias.

Cette occultation médiatique du travail réel s’exprime aussi dans son expression monétaire : les prix dont la composition reste opaque . Nous vous proposons ici une paire de lunettes 3 (H) D permettant de découvrir ce monde invisible pour le moins couvert d’une très épaisse brume. Oui : les travailleurs sont parmi nous !

Alors que les moyens de communication et d’information n’ont jamais été aussi abondants et perfectionnés, la vie des salariés dans les entreprises, comme les processus de production, sont peu connus des citoyens.

Chaque producteur et consommateur est enfermé dans sa ruche ou sa bulle en ignorant la vie concrète de ses semblables durant leur vie professionnelle.

I –Les objets de consommation : un monde mystérieux et magique.

Peu de gens ont une idée précise sur la manière dont sont fabriqués et acheminés les produits de consommation présents dans leur cuisine lors de la préparation d’un repas par exemple.

Comment a été cultivée la salade ? Comment ont été fabriqués le sel et le poivre , l’huile et le vinaigre ? Comment ont été produits cette boîte de cassoulet, ce paquet de pâtes, cette boîte de gâteaux secs ? Le sucre en morceaux ? De l’élevage à l’abattoir jusqu’à la boucherie comment obtient-on ce bifteck ?

On pourrait évidemment poser ce même genre de questions pour des produits plus complexes comme une machine à laver, un sèche cheveu, une automobile, une bicyclette, un Smartphone…mais là évidemment la description deviendrait complexe mais tout à fait possible si l’on ne rentre pas trop dans les détails.

Il ne s’agit pas ici de connaître le détail technique de fabrication mais tout simplement de savoir quels types d’interventions humaines sont nécessaires au sein d’un processus de production ou de distribution qui fait souvent intervenir un collectif de travail.

Ces activités productives ont deux aspects : les processus techniques de production et de gestion commerciale et les conditions de travail des salariés du personnel d’encadrement jusqu’aux exécutants.

Un aspect important est la direction financière et commerciale de l’entreprise dont font partie notamment les actionnaires.

Une question semblable se pose par exemple pour la direction et le budget de chaque ministère.

II– l’invisibilisation des activités productives par les médias.

On constate que rares sont les émissions–reportages de radio ou de télévision qui expliquent ces processus. La vie des entreprises reste opaque et il est peu fréquent que des médias se préoccupent de la vie concrète des gens dans les entreprises petites ou grandes. Pourtant un tiers de la vie des actifs se déroule sur leur lieu de travail. Mais cela est aussi vrai pour les administrations territoriales comme nationales.

Difficile de se faire une idée précise de l’activité d’un fonctionnaire dans un bureau du ministère des armées, de l’éducation nationale, de l’agriculture et de se faire une idée de l’organisation de l’ensemble des services dans chacun de ces ministères… Difficile de se rendre compte du travail d’un employé ou d’un responsable de la Caisse Nationale de l’Assurance Vieillesse des travailleurs salariés ou des employés d’un service de Pôle emploi.

Ainsi, lorsque nous parlons ici « d’activités productives » cela est à prendre dans le sens d’activité utile à la société produite par un travail humain pouvant évidemment intégrer différents types de machines. Pour certaines activités de services et professions libérales et parfois artisanales, le citoyen peut avoir un aperçu du travail fourni.

C’est le cas du médecin du coiffeur, du vendeur dans un bar, un petit magasin où une grande surface, du plombier réparateur, etc. Néanmoins même dans ces cas-là les choses restent relativement superficielles puisque l’on n’a pas une vision d’ensemble sur une semaine de travail par exemple de l’activité de ses prestataires de services.

Là encore, les médias sont muets.

On peut ainsi parler d’une société-mosaïque où chacun reste enfermé dans une aire restreinte de production et de consommation. Mais avant de continuer notre description de l’occultation du travail réalisé par les actifs, abordons la question de ce que certains appellent la transparence de l’activité des entreprises.

III–Une transparence relative de la réalité comptable des entreprises.

Certes quelques sociologues de l’entreprise peuvent affirmer qu’une certaine transparence s’est développée au sein des entreprises et entre elles avec le développement des techniques modernes de communication.

Voir par exemple :

« L’entreprise entre transparence et secret »

Denis Kessler

Source : revue Pouvoirs 2001/2 (n° 97), pages 33 à 46

https://www.cairn.info/revue-pouvoi... Dans la même veine, on peut se référer un article plus récent :

« Les grandes entreprises françaises face aux exigences de transparence » Source : constructif.fr http://www.constructif.fr/bibliothe...

Là encore, on invoque des nouvelles technologies, l’évolution organisationnelle des entreprises de la structure pyramidale à la structure en réseaux et matricielle.

Mais il est clair que cette transparence concerne également les investisseurs qui sont évidemment en droit d’exiger d’avoir des informations précises sur l’entreprise.

Mais, comme dit plus haut, cette relative transparence concerne plutôt l’information destinée au commerciaux et aux financiers et traite peu de la nature du travail concret des gens.

Cette « transparence » concerne surtout les directions des entreprises, les actionnaires et les représentants des personnels lorsqu’ils existent.

Le relatif optimisme des deux articles précédents est assombri par la nouvelle réglementation issue de la loi Pacte :

Dans un article de mars 2019, le magazine Les Échos : loi Pacte : vers moins de transparence.

https://www.lesechos.fr/idees-debat...

La loi Pacte sur la croissance et la transformation des entreprises du 22/05/2019 est consultable à l’adresse suivante : https://www.legifrance.gouv.fr/affi...

Un autre obstacle à cette transparence tient à la nature dorénavant complexe de la propriété juridique des entreprises. Une entreprise peut être la propriété d’un groupe d’actionnaires d’un fonds d’investissement et est dirigée non pas par un propriétaire mais par un simple gérant à salaire plus ou moins élevé.

En outre, les gros actionnaires sont présents dans plusieurs conseils d’administration du fait de participations croisées.

Le terme de « société anonyme » reste toujours de pleine actualité. Dans le cas de sociétés multinationales, les actionnaires appartiennent souvent à plusieurs pays dont les législations sont différentes.

Voir sur France Culture, « entendez-vous l’éco ? » Du 23/10/2019 « Les métamorphoses du patronat » https://www.franceculture.fr/emissi...

Rappelons aussi la directive européenne sur la protection du secret des affaires de juin 2016 qui limitent considérablement cette transparence et rend difficile l’action des lanceurs d’alerte.

On pourrait aussi parler des sociétés offshore dans les paradis fiscaux qui permettent de faire échapper au fisc près de 1000 milliards d’euros au niveau européen.

Remarquons ici que la notion de transparence se réfère essentiellement non pas à la réalité physique des entreprises, de leur activité matérielle active mais se réfère à une réalité abstraite : « la réalité » comptable.

Et ce qui nous importe ici, c’est la réalité vivante des entreprises qui échappe au regard de l’ensemble de nos concitoyens. Une entreprise ne se réduit pas à des colonnes de chiffres.

IV– Une information sur les conditions de travail abstraite.

D’autre part, l’information sur les conditions de travail existe : elle peut être consultée sur Internet mais elle est traitée d’une manière relativement abstraite par référence au droit du travail.

On peut, par exemple, sur Internet avoir des informations juridiques sur les conditions de travail sur le site de la CFDT :

https://www.cfdt.fr/portail/vos-dro...

les grands médias en parlent assez rarement et les syndicats abordent ces questions dans le cadre encapsulé d’une entreprise déterminée, soit pour informations syndicales soit pour le traitement d’un problème particulier lié à une entreprise déterminée.

Très rares sont les reportages sur les travailleurs à l’œuvre dans l’entreprise et les interrogeant, en situation réelle, sur leurs conditions de travail.

Le plus souvent, l’entreprise reste une forteresse à l’abri des caméras. Cette opacité existe aussi dans la fonction publique.

Par exemple, existe-t-il des reportages filmant des enseignants en situation réelle dans des classes surchargées, aux prises à des difficultés matérielles considérables ? Non, mais pas plus lorsque les conditions de travail sont satisfaisantes.

Revenons sur les conditions de travail dans les entreprises. Il est certes possible d’avoir des informations sur des processus de fabrication dans une usine en utilisant Internet.

On peut, par exemple, connaître le processus de fabrication du sucre en morceaux en 10 étapes. Voir : https://www.lesucre.com/sucre-a-a-z...

Mais on ne verra jamais un grand média faire un reportage à l’intérieur d’une sucrerie où dans une exploitation de culture de betteraves en montrant les conditions de travail réelles tout en permettant aux employés de s’exprimer sur leur activité professionnelle

Quelles sont les conditions de travail réelles d’un conducteur de train ? D’un chauffeur de camion ? D’un aiguilleur du ciel ? D’une unité de gendarmerie ? D’un magistrat ?…

Quelles sont les conditions de travail d’un chef d’exploitation en centrale nucléaire ? Il est, encore une fois possible, sur Internet avoir une description relativement précise de ce métier voir la fiche–métier à l’adresse :

https://cadres.apec.fr/Emploi/March...

Mais c’est autre chose de voir opérer ce cadre en situation réelle dans la centrale et de pouvoir discuter avec lui de son métier.

Personne ne le sait sinon les intéressés eux-mêmes et leurs proches collègues.

Dans une approche plus individuelle, il est rarement question de l’exercice concret des métiers des personnes qui constituent la population active productrice de richesses en France.

Pourtant, en utilisant les dernières nomenclatures professionnelles (Rome en V–Fap), il existe 22 domaines professionnels ; ils se décomposent en 87 familles professionnelles regroupées et 225 familles professionnelles détaillées. (Source : https://dares.travail-emploi.gouv.f... )

Il existe donc un réservoir considérable de reportages possibles pour faire connaître au grand public la manière dont s’exercent les métiers dans des situations concrètes et vivantes.

On pourrait aussi, en s’aidant des données du CEREQ, faire des reportages sur l’évolution de certains métiers et de leur avenir à partir de cas concrets.

Cette invisibilité de la vie concrète des travailleurs dans les médias est à replacer dans un contexte plus large : celui de l’invisibilité de la vie sociale dans les médias.

Voir études universitaires : Médias et invisibilité sociale : Le rôle des médias dans le processus de visibilité ou d’invisibilité sociale de certains publics l’Exclusion Sociale 1 Université de Toulouse ; Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/Me...

Mais cette étude reste largement insuffisante car elle ne traite pas essentiellement des conditions de travail réelles et n’aborde que la vie des travailleurs pauvres et des habitants de banlieue,… mais elle a le mérite de mettre en rapport les schèmes de représentations politiques, de représentations médiatiques et de représentations sociales.

Dans cette étude, l’invisibilité du travailleur, qui est considéré comme un chômeur potentiel, résulte de la focalisation médiatique sur le chômeur dont la réalité n’est que traitée statistiquement.

Ce rapport sur l’invisibilité sociale ne répond pas à la question de l’opacité médiatique à l’égard du travail réel réalisé par des travailleurs constitués de chair et d’esprit évoluant dans en environnement humain et technique déterminé pendant une durée donnée.

L’invisibilité décrite par les médias, ce qui est relativement rare, reste en général relativement abstraite ou circonscrite à une catégorie particulière de populations.

Par exemple, dans l’émission « le journal des idées » de France Culture, du 21/01/2019 est abordé la thématique : « Classes populaires, classes invisibles ? »

On peut écouter cette courte émission avec le lien suivant : https://www.franceculture.fr/emissi...

L’invisibilité serait due à une hétérogénéité croissante des situations professionnelles des classes populaires devenues incapables d’avoir une représentation unifiée d’elles-mêmes et de ses intérêts. Cela constituerait un obstacle majeur pour accéder à une parole publique.

Le seul cas concret abordé est la situation des ouvriers des plates-formes logistiques.

Mais en réalité, la diversité des métiers n’est pas nouvelle même si autrefois le monde ouvrier était plus homogène.

Le travail des salariés dans leurs entreprises n’est pas abordé. Il faut avoir recours à des études ethnographiques de sociologues pour que cette réalité salariale et sa représentation sociale soit abordée.

Voir par exemple : La classe ouvrière comme réalité et représentation. (Cairn info. L’homme et la société. 2004) https://www.cairn.info/revue-l-homm...

Lorsqu’un média se pose la question : « qu’est-ce qu’un ouvrier aujourd’hui ? », On dresse un tableau statistique sur l’évolution de la place des ouvriers dans la population active, la disparition est l’apparition de certains emplois (disparition des mineurs et apparitions de nouveaux ouvriers dans les entrepôts de stockage par exemple), la tertiarisation de certains emplois ouvriers, etc.

Mais on ne reste au stade d’une description générale et abstraite. La condition ouvrière dans sa réalité active n’est pas abordée.

Voir par exemple, un article du Monde du 23/05/2016 : « Qui sont les ouvriers aujourd’hui ? » https://www.lemonde.fr/emploi/artic...

V–À quelles occasions les médias traitent-ils de l’activité productive et de service des travailleurs ?

Quand parle-t-on de la vie interne d’une usine ? Lorsqu’elle est en train de mourir, lorsqu’elle est sur le point de fermer ses portes et qu’un conflit social bruyant se faire entendre.

Quand parle-t-on d’un métier ? Lorsqu’il va être supplanté par une machine, un robot.

La très bonne émission de France 2 « Cash investigations » de Élise Lucet permet, dans certains reportages, d’avoir une vision des conditions de travail réelles en entreprise.

Mais c’est souvent pour dénoncer des conditions de travail plus ou ou moins scandaleuses dans la situation étudiée

On accède au replay en utilisant le lien suivant : https://www.francetvinfo.fr/replay-...

Une autre émission pouvant décrire des conditions de travail concrètes est « Les pieds sur terre » sur France Culture, une émission de Sonia Kronlund.

Par exemple : « mon boss est un algorithme »

https://www.franceculture.fr/emissi...

On peut retrouver tous les podcasts avec le lien : https://www.franceculture.fr/emissi...

VI– L’opacité au sein des entreprises.

a) En relation avec une financiarisation croissante de l’économie où la valeur actionnariale devient primordiale, les équipes de direction deviennent de plus en plus coupées de la réalité de l’activité de production elle-même tant dans sa dimension humaine que dans sa dimension technique.

Pour pallier cette coupure fonctionnelle, les cadres de direction utilisent le reporting Et c’est ainsi que les agents de production de biens matériels comme immatériels deviennent de plus en plus invisibles. Pour décrire d’une manière plus détaillée ce contexte de travail dans les moyennes et grandes entreprises, on peut se reporter à l’article suivant :

« Comment nous devenons tous des travailleurs invisibles » https://wdww.capital.fr/votre-carri... (Source : capital.fr ; 30/07/2013)

La formation des cadres par des écoles comme l’ENA, HEC, Polytechnique, contribue à cette coupure entre l’encadrement et la base productive de l’entreprise

b) une autre cause de l’opacité peut être le cloisonnement des différents secteurs d’activité au sein de la même entreprise. c) Il peut aussi exister au sein de l’entreprise ou à sa périphérie un processus d’invisibilisation.

Il se dégage trois grandes formes d’occultation : celle des travailleurs/euses situé.e.s à la lisière du monde du travail, pour qui l’accès à l’emploi constitue une fin en soi et relaie au second plan la reconnaissance salariale et symbolique de leurs compétences et de leur charge de travail ; celle des tâches périphériques (réunions, courriels, reporting, etc.) auxquelles les salarié.e.s consacrent de plus en plus de temps au détriment des autres missions qui leur sont confiées ; et enfin, celle des rapports de production, pacifiés par le recours à un tiers, le client, qui participe, sans le savoir, à la fonction managériale en s’arrogeant le pouvoir de décider ce qui doit être fait, avec quels moyens, pour qui et pour quand.

Pour plus de détails, se reporter au livre suivant : « Invisibilisations au travail - Des salariés en mal de reconnaissance » Par Olivier Cléach et Guillaume Tiffon

Résumé du livre à l’adresse suivante : https://www.octares.com/serie-collo...

VII– L’occultation des syndicats des victimes du système par les médias.

Parle-t-on de l’activité quotidienne des syndicats au sein des entreprises, de leur congrès, de leur activité de formation ? Non, on parle d’eux seulement lorsqu’ils apparaissent dans les rues avec une banderole, un porte-voix en main et par la gêne provoquée par leurs grèves, pour les usagers décrits alors souvent comme « pris en otage ».

Les syndicats sont toujours présentés comme des opposants. Pourtant ils sont porteurs d’une réflexion collective qui s’exprime dans leurs motions de congrès. Cela permet aux syndicats de faire des propositions alternatives favorables aux salariés. Mais ses propositions ne sont jamais relayées par les médias.

Ainsi, au-delà même des entreprises, le travail de réflexion collective des syndicats est occulté par les médias. Cela ne favorise évidemment pas l’attractivité des syndicats auprès de la population.

Il arrive qu’une chaîne de télévision réalise une interview d’un salarié sur ses conditions de travail mais le reportage intervient le plus souvent dans un contexte de mouvement syndical pour décrire des conditions de travail difficile.

On évite alors autant que possible d’interviewer un représentant syndical.

Voir par exemple un petit reportage de la chaîne parlementaire LCP sur les conditions de travail dans les maisons de retraite : http://www.lcp.fr/la-politique-en-v...

Mais existe-t-il des reportages, hors situation exceptionnelle, pour décrire le quotidien du travail des salariés dans une maison de retraite ? Non, pas plus qu’ailleurs.

Parle–t–on des conditions de vie concrète des chômeurs en tenant compte des conséquences matérielles et psychologiques désastreuses du chômage ? Non ! Seulement en termes de statistiques ou d’indemnités parfois même jugées excessives !

Pire encore, on rend responsable le travailleur de son chômage En revanche, on multipliera les émissions sur les fraudeurs, les assistés, qui grèvent le budget de la protection sociale jugée trop généreuse par des élus et journalistes à hauts revenus.

Les blessés graves et morts par accident de travail ne font pas l’objet d’émissions particulières et de rubriques dans les journaux à l’exception de quelques cas particulièrement spectaculaires. (Assassinat ou suicide).

C’est plutôt dans la presse locale, dans la rubrique faits divers, qu’un certain nombre d’accidents de travail mortel sont relatés ponctuellement sans analyse des causes organisationnelles ou autres ayant engendré l’accident mortel.

C’est plutôt la presse alternative qui aborde ce genre de sujet. Voir par exemple : articles de Basta mag : « Le travail tu 1200 personnes chaque année https://www.bastamag.net/En-France-... » https://www.bastamag.net/En-France-...

Voir aussi article de « L’heure du peuple » : Accidents du travail : silence ! Des ouvriers meurent !

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

De même, il est rarement question des suicides causés par des conditions de travail stressante et épuisante. Là encore, c’est l’exception qui confirme la règle par des suicides spectaculaires.

Cette politique d’opacité des médias nationaux reflète en réalité une politique d’opacité des pouvoirs publics sur les relations santé–travail. L’invisibilité du travail réel permet du même coup de masquer les relations santé publique–travail.

Voir, pour plus de détails, l’étude suivante : « Invisibilité du travail réel et opacité des liens santé–travail » Source : revue des sciences sociales et santé. Cairn info https://www.cairn.info/revue-scienc...

On a parlé abondamment de la population invisible des Gilets jaunes comme pour se donner bonne conscience.

De même pour les travailleurs pauvres. Pouvait ainsi lire dans Le Monde 19/10/2019 : « les travailleurs pauvres, ces invisibles. » https://www.lemonde.fr/economie/art...

Mais cette invisibilité touche en réalité la quasi-totalité du monde du travail.

Ce n’est pas le journal Le Monde du milliardaire Xavier Niel qui rendra visible la « classe laborieuse » des salariés.

Dans un article du journal Le Monde on peut aussi lire un article intitulé : « Qui sont les ouvriers aujourd’hui ? » Du 06/07/2016 Mais là encore, la description reste essentiellement statistique voir article :

https://www.lemonde.fr/emploi/artic...

VIII–Quand les médias parlent—ils de l’activité réelle des métiers ?

1) On est appelé à parler de quelque métiers lorsqu’ils sont sujets à controverse. Par exemple chauffeur de taxi contre les chauffeurs Uber : on pourra ensuite élargir la controverse entre les représentants politiques, entre les économistes.

Les médias font souvent la promotion de l’auto entrepreneur, de la micro-entreprise en donnant souvent l’exemple d’un chômeur d’un salarié insuffisamment payé qui a su créer sa propre entreprise individuelle.

Pourtant, seulement 30 % de celle-ci survivent après trois ans d’existence.

Les ¾ ont un chiffre d’affaires ne dépassant pas 15 000 € par an et le revenu moyen est de 10 000 € par an. Rappelons que 90 % de la population active est salariée pour souligner le caractère marginal de ce type de travailleurs.

2) Les seules professions rendues visibles par les médias concernent les « métiers du rêve, de l’imaginaire ».

On interviewe abondamment des artistes : chanteurs, comédiens, metteurs en scène, musicien,… De même pour certaines catégories d’écrivains : romancier notamment. Il est aussi courant d’interviewer un sportif de haut niveau sur sa carrière.

Il est amusant de constater que la chaîne de télévision Arte a réalisé quelques émissions d’information sur les métiers de… la télévision. Par exemple,

réalisateur : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Quelques émissions aussi sur les métiers d’art.

On interviewe aussi quelques chercheurs lorsque leur activité fait découvrir des mondes naturels et humains inconnus : ethnologue, anthropologue, archéologue, des explorateurs de mondes étranges en quelque sorte.

Autre cas : il est courant d’entendre des interviews de grands chefs dans le domaine de la gastronomie. Mais là encore, il s’agit d’un art, l’art culinaire.

En revanche, des reportages sur le travail collectif des chercheurs dans un laboratoire de recherche sont très rares que ce soit dans le domaine des sciences dites exactes ou dans le domaine des sciences dites humaines.

On peut remarquer aussi que le travail de personnes dont le métier est relativement exposé au public comme des journalistes animateurs et producteurs d’émissions de radio par exemple est inconnu du même public. Comment concrètement se construit une émission de radio avec tous les intervenants pour la créer et la diffuser ? Mystère.

3) Le « réel » : c’est la société du spectacle. Les seules occasions où il est possible de voir des travailleurs en action collective sont les travailleurs du spectacle.

Il s’agit des films, pièces de théâtre, ballets, orchestres, chanteurs accompagnés d’un orchestre, spectacles de cirque, match de football, de rugby, ou autres, courses cyclistes, de chevaux, d’automobiles,…

Ce sont donc les travailleurs de l’art et du sport qui permettent aux autres travailleurs de se distraire, s’évader, de nourrir leur imaginaire et leurs émotions qui tiennent le… devant de la scène.

Certes, le public et plus rarement invité à connaître ce qu’il en est des répétitions des comédiens et des musiciens, de la manière dont s’entraîne des gens du cirque et les sportifs, Quelles sont les modalités de leur rémunération, comment s’effectuent leurs échanges en dehors de la scène ? Mais il est néanmoins possible de voir le résultat de leur travail en aval. Cependant la connaissance de ce travail final ne rend pas compte de tout le travail d’équipe en amont pour réaliser un film ou une pièce de théâtre, un opéra par exemple. Le nombre de métiers mis en action pour réaliser un film peut être considérable.

Donc, là encore,, le travail artistique et tout de même occulté. Quel est donc le travail artistique ? Quelles sont les conditions de travail des artistes ? Qu’est-ce que l’individualisme artistique ? Quelles sont les caractéristiques du marché du travail des artistes ?

Pour répondre à ces questions, on peut se référer à un très bon document : « L’Art analysé comme un travail ». https://www.cairn.info/revue-idees-... (Source : Cairn info. Revue Idées économiques et sociales. Avril 2009

Suite au mouvement des Gilets jaunes et mouvements sociaux de longue durée un certain nombre de journalistes ou de chaînes ont compris qu’il fallait faire un effort pour traiter de la vie professionnelle des gens.

Ainsi, au JT de 20 heures de France 2, le 28/10/2019, pas moins de trois mini reportages sont diffusés sur la vie professionnelle des gens : une employée d’aide à la personne ; la conversion d’une entreprise en coopérative ouvrière après un dépôt de bilan et des licenciements ; la conversion d’agriculteurs ayant arrêté complété leur exploitation en transporteurs de colis acheminés d’un point relais gérés par une start-up.

Ces reportages ne sont pas sans intérêt mais restent brefs, superficiels et anecdotiques ou ayant un caractère exceptionnel.

Voir le JT à l’adresse : https://www.francetvinfo.fr/replay-...

IX–L’opacité sur la composition des prix.

L’opacité s’étend aussi sur l’expression monétaire de la valeur des biens et services résultant du travail dans les différents types d’entreprise.

On peut distinguer sur le plan économique deux grand types d’entreprises : les entreprises de production dont les usines (d’où le terme « coût de production ») et les entreprises commerciales (on parle alors plutôt de « coût d’achat ») qui s’occupe de la distribution de la vente des produits à grande échelle. (Commerçants, grandes surfaces, négociants)

At-on une idée exacte de la manière dont se décompose le prix de telle ou telle marchandise ?

A– Situation générale : prix de production et prix commercial Considérons par exemple le prix d’un vêtement.

1–Entreprise de production de biens ou de services.

1.1 Composition du prix de vente de production.

I Globalement, le prix de production se forme de la manière suivante : le prix d’achat de de a matière première (textile), auxquels il faut ajouter le coût de la main-d’œuvre puis le bénéfice réalisé par l’entreprise.

Mais au prix de la matière première, il faut aussi ajouter le coût des machines, des véhicules professionnels de l’énergie, des locaux par amortissement annuel.

On peut aussi ajouter les frais de gestion et les frais de vente éventuels.

(Pour simplifier, nous ne parlerons pas de remboursement d’emprunt éventuel, de l’attaque sur la production, de la rotation des stocks d’éventuelles subventions. Il ne s’agit pas ici de faire un exposé de la comptabilité analytique d’une entreprise mais de faire comprendre comment se constitue un prix.)

Remarquons que le coût de gestion peut se diviser aussi en deux parties : le compte matériel informatique et de communication et les frais de personnel.

Dans le coût de la main-d’œuvre qui inclut les cotisations sociales, on peut distinguer le coût global de l’encadrement et le coût global ouvriers employé.

Ce genre de distinction n’est jamais faite : au mieux, on arrive à déterminer le coût horaire moyen ouvriers mais pas celui de l’encadrement !

Que signifie donc l’expression : « le coût de la main-d’œuvre est moins cher à l’étranger » ? Ce qui est important, c’est de connaître ce que représente en pourcentages le coût salarial par rapport au prix de vente finale.

Le prix de revient PR est égal à la somme des coûts précédents. Pour obtenir le prix de vente PV, on ajoute au prix de revient la marge bénéficiaire de l’entreprise productrice de biens ou de services. S’il existe des frais de vente Fv à déduire de la marge pour obtenir le bénéfice B, la marge est appelée marge brute Mb. Le bénéfice appelle aussi marge nette.

On a donc :Mb =B +Fv

Au final, le prix de vente (hors taxes) s’écrit donc : PV =PR +Mb

Dans le cas particulier où il n’y a pas de frais de vente : PV = PR +B le chiffre d’affaires de l’entreprise est la somme des prix de vente de toutes les marchandises vendues.

Si l’on appelle Q la quantité totale de marchandises produites ou vendues , il est possible de déterminer le prix de revient unitaire et le prix de vente unitaire. PRu =PR/Q ; PVu =PV/Q

Plus la quantité de marchandises fabriquées ou venduesQ est grande, plus le prix de revient unitaire et le prix de vente unitaire sont petits. Le chef d’entreprise doit donc agir sur la productivité du travail pour accroître la quantité de marchandises produites dans un temps donné et agir sur la demande en faisant par exemple des opérations de publicité ou en élargissant son marché notamment par l’exportation. Pour minimiser le prix de revient unitaire, il peut aussi restreindre les coûts salariaux et les coûts de la matière première.

Il existe deux définitions du taux de marge : c’est le quotient de la marge par le coût de production ou encore le quotient entre l’excédent brut d’exploitation par la valeur ajoutée.

1.2 Le point mort ou le seuil de rentabilité d’une entreprise.

Une entreprise, même lorsqu’elle ne produit rien a des frais à payer : ce sont les frais fixes appelés aussi en comptabilité les charges indirectes (locaux, frais de gestion, assurance,…)

À cela s’ajoute un coût variable : ce qui est nécessaire à la production des marchandises comme on a vu ci-dessus (pour l’essentielle matière première et main-d’œuvre).

Ainsi, le prix de revient se décompose en une partie fixe F et une partie variable qui est le coûte de production CP. Le coût de production unitaire est CP/Q noté CPu.

Dans un repère orthonormé, on porte sur l’axe des abscisses les quantités q de marchandises venduesQ et on porte sur l’axe des ordonnées le montant des coûts et le montant des ventes.

Dans le cas d’une variation linéaire, l’équation de la droite des coûts est : Y =CPu.q +F

Dans la situation standard le chiffre d’affaires est proportionnel à la quantité q vendue, l’équation de la droite des ventes s’écrit : Y =PVu.q

Remarque sur les notations utilisées ici : Q désigne la quantité totale de marchandises vendues sur une période donnée, généralement une année : c’est une constante ; q désigne la quantité de marchandises vendues au fil de la demande : c’est une variable que l’on aurait pu aussi noter x.

Les deux droites se coupent en un point appelé point mort.

En ce point, l’entreprise ne fait pas de bénéficeb : prix de vente est égal au prix de revient Cela a lieu pour une quantité critique Qc de marchandises vendues.

Cette quantité détermine en ordonnées le chiffre d’affaires minimum à réaliser pour que l’entreprise devienne rentable.

À gauche de ce point, la droite des ventes est en dessous de la droite des coûts : l’entreprise est en situation de pertes donc de déficit. À droite de ce point mort, la droite des ventes est au-dessus de la droite des coûts : l’entreprise est en situation bénéficiaire

La quantité Qc est donnée par l’équation : PVu.q =CPu.q +F PVu.q - CPu.q = F

La quantité q vaut alors : Qc = F/ (Vu - CPu)

Cette valeur détermine le seuil de rentabilité de l’entreprise.

Appelons SR ce seuil. Il est donné par la formule : SR =PVu.Qc = PVu. (F/(PVu -CPu))

Si, pour une période prolongée, on a q inférieur à Qc, l’entreprise fait faillite et le personnel est licencié. Le lecteur comprendra alors à cette étape ce petit intermède mathématique compte-tenu de l’importance vitale de cette équation : c’est l’équation du chômage.

Elle peut l’être aussi pour une autre raison . Des licenciements partiels pour « abaisser le point mort », c’est-à-dire rendre la valeur de Qc la plus petite possible

A cet effet, dans la fraction : F/(PVu -cPu) lon rend le dénominateur le plus grand possible ; pour cela on rend le coût de production unitaire CPu le plus petit possible.

L’une des méthodes consiste à comprimer la masse salariale, c’est-à-dire à licencier une partie du personnel. Une autre méthode consiste à utiliser une main-d’œuvre aux salaires le plus bas possible.

(Le niveau nécessaire ici en mathématiques est celui d’une classe de troisième de collège).

Si l’on veut une étude plus exhaustive de la nature des charges fixes et charges variables, mais nous en avons énuméré ici l’essentiel, il faut alors se reporter au compte de résultat de l’entreprise en utilisant la comptabilité analytique.

Mais une foule de détails risque alors de masquer l’essentiel qui est beaucoup plus apparent avec une formalisation mathématique comme ci-dessus.

Dans le cas de variations des coûts et des ventes qui ne seraient pas linéaires, les deux courbes ne seraient pas des droites mais le raisonnement précédent reste inchangé.

À un niveau supérieur, on pourrait ainsi à partir de relevés statistiques des coûts et des ventes à partir des quantités vendues, représenter des nuages de points et construire des courbes par lissage en utilisant par exemple la méthode dite des moindres carrés.

On constate ainsi que la connaissance des prix dépasse largement la simple question du pouvoir d’achat du consommateurs

La stratégie d’une direction d’entreprise avertie est de jouer sur différents paramètres pour que le point mort soit le plus proche de l’axe vertical des ordonnées, c’est-à-dire que la quantité critique Qc soit la plus petite possible et soit toujours dépassé largement au fil du temps des ventes.

Dans une économie capitaliste financiarisée, où une entreprise appartient à un groupe d’actionnaires, la rentabilité d’une entreprise ne suffit pas pour assurer sa survie si le retour sur investissement est jugé insuffisant.

1.3 Savoir analyser les véritables causes d’une délocalisation d’entreprise.

On peut prendre un exemple concret : celui d’une délocalisation d’une entreprise textile à Valenciennes en Pologne relatée par Le Monde diplomatique d’août 2008.

Un costume Kenzo vendu environ 1000 € intègre le coût de main-d’œuvre en France qui est de 110 €. Ce qui correspond donc à environ 10 % du prix de vente.

En Pologne, le coût de la main-d’œuvre est de 35 à 40 €, soit environ 4 %.

Quelles sont les marges ? Le coût salarial de l’encadrement ?

Pour plus de détails voir cet intéressant article : « Insolite face-à-face entre ouvriers et actionnaires » de François Ruffin https://www.monde-diplomatique.fr/2...

2–les entreprises commerciales.

2.1 Cas simple

Analysons la composition du prix de vente commerciale.

Puis le produit ainsi fabriqué doit être distribué par exemple par une grande surface, un petit magasin indirectement par un grossiste, en fait tous des distributeurs.

Le prix d’achat du produit pour le distributeur correspond au prix de vente de production par le fabricant–fournisseur.

À ce prix d’achat, il faut éventuellement ajouter des frais d’achat (transport par exemple). On obtient ainsi le coût d’achat.

À ce coût d’achat il faut ajouter le coût de distribution.

Le coût de distribution Se décompose en

1) De frais matériels : de stockage (locaux énergies pour l’éclairage et le chauffage), frais d’entretien et de nettoyage, coût d’amortissement des machines (caisses, système de surveillance, ordinateurs)

2) Des frais de personnel : personnel de manutention, de nettoyage, de caisse, desurveillance,d’administration

À ce coût de distribution on peut ajouter des frais de vente : publicité, frais de transports de livraison,…

On obtient ainsi le prix de distribution D : D = coût de distribution + frais de vente

On obtient ainsi le prix de revient R :

R= coût d’achat + prix de distribution

Le distributeur réalise en vendant les produits une marge bénéficiaire B.

On obtient finalement le prix de vente hors taxe PVHT : PVHT = R +B

Remarque : mail si l’on intègre pas les frais de vente dans les frais de distribution, mais dans la marge, on se ramène au cœur du paragraphe précédent : on distingue marge nette et marge brute.

À ce prix de vente hors taxe on ajouté la TVA, et on obtient ainsi le prix de vente figurant en rayon pour le consommateur PVT : PVT = PVHT + TVA

Le taux de marge est le quotient de la marge par le coût d’achat.

Le taux de marque est le quotient de la marge par le prix de vente hors taxe.

Nous ne parlons pas ici de la « marge arrière » qui est une ristourne concédée, souvent en fin d’année, par le fournisseur à son distributeur. Cela complète la marge réalisée par le distributeur. Dans certains cas, cette sommes peut être relativement importante.

Pour plus de détails voir l’article du Nouvel Ob’s qui a le mérite d’être simple. https://www.nouvelobs.com/economie/...

2. 2–Cas de plusieurs intermédiaires

Nous avons ici considéré le cas d’un circuit assez simple ne faisant intervenir qu’un producteur et un distributeur.

Mais il peut exister des distributeurs intermédiaires comme des grossistes que l’on trouve par exemple à Rungis. Ce peut être aussi une coopérative laitière ou viticole par exemple, un mareyeur pour la vente de poissons. Remarquons sur ces exemples qu’un intermédiaire comme une coopérative peut apporter une valeur ajoutée au produit (traitement du lait par pasteurisation et stérilisation puis mise en en bouteilles ou en briques ; embouteillage et étiquetage du vin) qui intervient dans le prix final.

B–Cas particulier : les sociétés hybrides.

Il peut exister encore une situation un peu plus complexe à l’ère de la segmentation et de la mondialisation de la production.

Par exemple une société spécialisée dans l’habillement conçoit et développe un certain vêtement en utilisant le travail d’ingénieurs, de stylistes et se charge aussi du marketing réalisé par le travail de commerciaux formés dans des écoles de commerce. Ces deux catégories de salariés travaillent en coopération car la conception du vêtement doit tenir compte des contraintes de prix

La société passe alors cette commande à une usine de confection qui peut être située en France, en Amérique du Sud, en Europe, en Asie qui fabrique le vêtement en respectant le cahier des charges.

L’usine de confection détermine son prix de vente comme expliqué ci-dessus. Pour la société donneuse d’ordre, ce prix de vente constitue son coût d’achat du vêtement.

On constate ainsi que la production du vêtement a été réalisée dans deux entreprises : chez le fournisseur pour sa réalisation matérielle et dans la société pour sa réalisation de conception.

Outre le coût d’achat du vêtement, la société a ses propres frais de fonctionnement : frais de locaux + frais de matériel de bureau et d’informatique + salaires des concepteurs et des commerciaux et des gestionnaires de l’entreprise. (Comptabilité, DRH, personnel de direction,…). A cela s’ajoute la marge de la société réalisée lors de la vente du vêtement.

D’un certain point de vue, le coût d’achat du vêtement constitue le coût de la matière première pour la société.

Le vêtement est vendu dans un magasin portant la même enseigne ou dans d’autres magasins, mais c’est la société qui définit le prix de vente final.

a) Premier cas : la société vend le vêtement à un distributeur indépendant belle.

Pour fixer les idées, supposons que la société achète le vêtement un confectionneur coût d’achat de 10 € ; que le coût de fonctionnement de la société revienne à 50 € et que la société vende le vêtement au distributeur au prix de 100 € réalisant ainsi une marge de 40 €.

En bref, le prix de revient du vêtement et de 60 € et la marge de 40 €.

Le prix de vente de la société de 100 € constitue en quelque sorte une vente au prix de gros (wholsale price).

Le distributeur indépendant revend ce vêtement de 100 € qu’il a achetés 100 € à la société.

Le distributeur est contraint par la société de vendre ce vêtement au prix de 200 € mais il est relativement libre de fixer sa marge. Supposons qu’elle soit de 55 €. Ses frais de distribution s’élèvent alors à 45 € par exemple.

b) Deuxième cas : la société vend son vêtement en utilisant un magasin de son enseigne.

Ce magasin n’achète pas le vêtement à la société puisqu’il lui est fourni par elle.

Il vend le vêtement au prix de 200 €, qui lui constituent un prix au détail. (retai lprice). Puisque le prix de revient du vêtement pour la société est de 60 €, d’après ce qui précède, la marge réalisée n’est plus de 40 € mais de 140 €. (200 - 60)

Mais cette somme de 140 € constitue une marge brute et non une marge nette.

En effet, la société doit intégrer dans le prix de vente final les frais de fonctionnement du magasin (notamment les frais de personnel. Vendeurs,…). Ces frais de distribution du magasin peuvent être considérés comme des frais de vente à déduire de la marge brute comme pouvant être intégré au prix de revient global du vêtement pour la société.

Supposons que ces frais soient les mêmes que dans le cas d’un magasin indépendant comme ci-dessus, 45 € dans notre exemple, la marge nette réalisée par la société s’élève alors à : 140 € -45 € = 95 €, soit plus du double de la marge précédant de la vente à un magasin indépendant.

Mais il ne s’agit ici que d’un exemple est il est possible pour le magasin que les frais de distribution soient plus élevés : 60 € par exemple. Dans ce cas la marge s’élèverait à 80 € (140 - 60).

On constate ainsi qu’il peut être avantageux pour une société d’avoir ses propres magasins de distribution. Mais cela suppose 1) une puissance financière de la société suffisamment importante ; 2) Des calculs comptables relativement complexes car le coût de distribution pour un magasin satellites peut être relativement élevé. En outre lorsqu’il existe plusieurs dizaines voire centaines de magasins, cela suppose aussi le calcul d’un coûte de distribution globale.

Établissons le prix de vente dans chaque cas.

1) Vente par des magasins de la même enseigne

En appelant CA le coût d’achat du vêtement au confectionneur ;S le coût de fonctionnement de la société ;D le coût de distribution par utilisation de magasins satellites ;Mr la marge nette par vente au détail ;PVHT le prix de vente hors taxe ; on a :

Le prix de revient global est : R= CA +S + D

Le prix devant hors-taxes PVHT =CA +S +D +Mr.

Ou encore :PVHT =R +Mr

2) Cas de la vente dans des magasins indépendants de la société. Dans le cas de la vente en magasin indépendant, on a en moins les frais de distributionD ; on appelleMw la marge réalisée dans ce cas.

Le prix de revient est alors : R’ = CA +S

On a alors : PVHT =CA +S +Mw ou encore :PVHT =R’+Mw

Le taux de marge en pourcentages est donné par T = 100. (Mr/CA) dans le premier cas et par 100. (Mw/CA) dans le second cas. Techniquement pour ce genre de société hybride, le travail de marketing des commerciaux comporte deux volets : les relations avec les entreprises de production (ici les confectionneurs) : c’est le marketing B to B inter entreprises (Business to business) et les relations avec les consommateurs c’est le marketing B to C. (Business to consumer). Ce travail ne se réduit évidemment pas à un simple travail de publicité mais d’étude de coûte, d’étude de marché.

Des logiciels spécialisés sont utilisés à cet effet.

Remarquons que ce genre de société a une influence considérable puisque c’est le nœud de deux réseaux : un réseau de fournisseurs et un réseau de distributeurs.

Il lui est possible de faire jouer la concurrence entre les fournisseurs et de solliciter la dynamique de vente des distributeurs.

Remarquons qu’une telle société peut dépendre elle-même d’un groupe plus vaste situé en France ou à l’étranger commercialisant au travers de plusieurs sociétés des produits de nature très différente ; l’exemple emblématique est celui de LVMH.

C–sociétés multinationales : filiales et sous-traitants.

C’est plutôt dans le domaine de l’automobile, de l’aviation, de la construction navale ou de centrales nucléaires qu’il faudrait prendre des exemples concrets.

La société mère (appelée aussi holding) possède une unité de production qui segmente une partie de sa production dans une ou plusieurs filiales (qui appartiennent partiellement ou totalement au à la société mère) situées en France et (ou) à l’étranger. Une autre partie de la production soit directement de la part de la société mère soit par l’intermédiaire d’une de filiales peut externaliser une partie de la production vers une entreprise sous-traitante (dont n’appartenant pas au groupe) pour compléter sa productionm et sa maintenance.

L’ensemble du holding et des filiales s’appellent groupe de sociétés.

La société mère définit les grands objectifs et orientations administratifs du groupe mais chaque filiale dispose d’une autonomie d’action et d’une comptabilité propre.

Des comptes de liaison définissent les transactions et les relations comptables entre les filiales et la société mère. Celle-ci établit un tableau de ses filiales décrivant pour chacune ses capitaux propres, les dividendes versés, etc.

(Dans le cas d’un groupe commercial de distribution ou bancaire on parle plutôt de succursales qui disposent aussi d’une relative autonomie comptable.)

La création de filiales notamment à l’étranger permet l’optimisation fiscale.

Le coût de production du produit fabriqué est égal à la somme des coûts de fabrication dans chaque filiale et entreprise sous-traitante. Le produit fini peut être commercialisé directement par la société-mère par l’une de ses filiales chargées de la distribution. Voire même par une société extérieure spécialisée dans le marketing.

Certaines filiales situées à l’étranger vendent leur production à la société-mère en utilisant la fiscalité du pays où séjourne cette filiale. Ici constitue l’une des principales sources de l’optimisation fiscale.

Lorsque la société-mère rachète en quelque sorte à elle-même par le biais de ses filiales une partie de sa production au prix local défini par la filiale, ce prix constitue ce qu’on appelle le prix de transfert. Pour plus de détails voir l’article : prix de transfert : comment les multinationales excellent dans l’évasion fiscale.

https://www.icrict.com/icrict-in-th...

Alors que le prix de la main-d’œuvre moins élevée pour certaines filiales situées à l’étranger permet d’améliorer largement la marge si se trouvent maximiser par cette optimisation fiscale.

La somme des marges réalisées pour l’ensemble des sociétés du groupe constitue le profit de ce groupe distribué pour une large part aux actionnaires ayant des participations dans les filiales.

Le prix de vente d’un produit fabriqué dans plusieurs filiales et éventuellement dans des entreprises sous-traitantes est égale à la somme des prix d’achat des composants du produit final augmentait coût de fonctionnement de la société-mère.

Indiquons ici que le coût des prestations juridiques soit en interne soit en externe représente un coût qui peut être non négligeabl dans le coût général de fonctionnement.

Le groupe peut tantôt externaliser, tantôt internaliser certaines activités administratives ou productives au gré des seuils de rentabilité calculée pour chaque filiale et au niveau global.

Sachant que certains actionnaires ont des participations dans des filiales différentes, on imagine la complexité et donc l’opacité des calculs financiers sans même parler de l’utilisation des paradis fiscaux

D–Cas de l’entreprise artisanale ou de services.

Revenons à une situation beaucoup plus simple Considérons le cas d’une entreprise artisanale du bâtiment par exemple qui facture l’une de ses interventions.

On se retrouve dans le cas simple de la production, ici d’un service qui consiste par exemple à recouvrir une surface de carrelage ou de peinture.

C–Les entreprises artisanales et de services.

Pour déterminer le prix de vente de son service, elle intègre les agrégats suivants : le coût de la matière première (carrelage, peinture), le coût de la main-d’œuvre et évidemment la marge.

Mais il faut ajouter à cela l’amortissement du coût du matériel utilisé (prix du moyen de transport inclus qui peut être par exemple un camion), les coûts de gestion divers.

L’artisan peut s’inspirer de guides des prix pratiqués dans les différents corps de métiers du bâtiment. Par exemple le prix moyen au m² de la pose de carrelage).

À cela s’ajoute la TVA pour obtenir le prix final.

Compte tenu de tous ces éléments, on comprend pourquoi la prestation d’un artisan est souvent considérée par le client comme étant d’un montant trop élevé, mais celui-ci ne perçoit souvent qu’une partie de la formation de ce prix.

L’artisan justifie souvent le coût élevé de sa prestation par des « charges sociales excessives ». Mais combien celles-ci représentent-elle en pourcentage dans le prix final ? Même question pour la marge réalisée par l’artisan

La diversité des prix pour la même prestation s’ s’explique par la valeur plus ou moins élevée des agrégats précédents composant le prix.

F–Un cas particulier en expansion : la vente par Internet

Reprenons pour assurer la cohérence de notre exposé, le cas de la vente de vêtements.

L’entrepreneur décide de créer un site Internet de vente de certains types de vêtements.

Pour cela, il se fournit auprès de confectionneurs français ou autres. Il doit disposer d’un petit, moyens ou grands entrepôts selon l’importance de ses ventes.

La distribution comme l’approvisionnement se réalise par la poste ou des sociétés de livraison.

Par ce procédé, l’entrepreneur s’épargne les frais d’acquisition ou de location d’un magasin avec tous les frais que cela implique par ailleurs. L’entrepreneur peut éventuellement avoir son bureau avec son matériel informatique à son domicile.

Comment va être déterminé le prix de vente ? On se retrouve dans la situation d’une entreprise commerciale ordinaire vu précédemment mais avec ces différences de taille : les frais de distribution sont réduits au minimum. PV =CA +R +M

CA est le coût d’achat qui est égal au prix d’achat du vêtementPA augmentédes frais d’achatFA constitué essentiellement des frais d’acheminement, de livraison. : CA=PA +FA

R est le prix de revient qui se décompose en frais de main-d’œuvre et amortissement du coût des locaux, (bureaux, entrepôts) ; coût du matériel informatique en ordinateurs et logiciels ; coût de création et de maintenance du site Internet ; à cela s’ajoute les frais de distribution par poste société de transport. À une certaine échelle, ce sont des plates-formes logistiques qui se chargent de la réception et de l’envoi des colis.

Si l’on ajoute, en outre, des frais de marketing, la rentabilité de–site de–commerce devient plus difficile.

Néanmoins 68 % des sites de vente en ligne sont considérés comme rentables. M est la marge nette

On compte actuellement 182 000 sites de vente en ligne mais seulement 5 % concentrent 87 % des ventes. En gros, 90 % des ventes sont réalisés par 9000 sites.

Le nombre de Français achetant sur Internet est de 37,5 millions pour une dépense moyenne de 2200 € et en moyenne 33 commandes annuelle. Ce sont 105 millions de colis qui ont été envoyés en 2018.

Les ventes augmentent en moyenne de 13 à 14 % par an et le Smartphone remplace de plus en plus l’ordinateur pour les commandes. Ces commandes par mobile permettent de parler maintenant de « M–commerce ».

Pour avoir plus d’informations sur le e–commerce voir le lien suivant : https://www.journaldunet.com/ebusin... (Source : Journal Du Net ;e–commerce : les chiffres à connaître)

L’économie considérable réalisée sur les frais de distribution par l’absence de magasins distributeurs permet de construire des prix de vente souvent moins élevée a produit identique, que ceux pratiqués par les magasins de villes et de périphéries.

En outre, la livraison à domicile dans des délais ne dépassant pas parfois 48 heures est aussi un atout concurrentiel.

Les petits magasins de villes coincées entre les grandes surfaces et la distribution par Internet sont en voie de disparition. Après la désertification des villages, on assiste maintenant à la désertification des villes. Même les banques et les sociétés d’assurances ont commencé à se convertir à la commercialisation par Internet. La désertification risque donc de devenir quasi totale.

Un commerce particulièrement vulnérable est la librairie.

Elle est concurrencée par des plates-formes logistiques permettant un acheminement plus rapide pratiquant même des ristournes. En outre, atteinte à une concurrence loyale, certaines de ces plates-formes paient leurs impôts au Luxembourg et sont donc beaucoup moins taxés qu’une librairie ordinaire.

Cela m’est du même coup en danger le métier de libraire nécessite au moins une formation de niveau bac +2 ou 3. Un libraire n’est pas un simple marchand de livres, il est capable de conseiller ses clients. On constate ainsi, une fois de plus, que le niveau des prix a non seulement des conséquences sur l’emploi mais aussi sur l’animation des villes et l’aménagement du territoire.

Il est donc temps que les citoyens s’emparent de la question des prix autrement que par de simples comparaisons consuméristes des niveaux de prix entre produits.

G–quelques éléments sur la fiscalité des entreprises.

Les entreprises (dont le statut juridique peut être variable ; on n’en compte environ 6) réalisant un bénéfice sont assujettis à l’impôt sur les sociétés.

Elles bénéficient d’un taux réduit de 15 % si le bénéfice n’excède pas 38 120 €.

Ensuite, entre ce chiffre et 500 000 €, le taux d’imposition sur les bénéfices et de 28 %.

Avant 2022, le taux sera ramené à la moyenne européenne de 25 % Au-delà de 500 000 € de bénéfices, le taux est de 33,33 % est ramenée à 31 % en 2019.

Pour plus de détails voir le lien suivant : https://www.l-expert-comptable.com/...

et aussi : https://www.lecoindesentrepreneurs....

On peut avoir un état des lieux sur la fiscalité des entreprises avec le document suivant :

Quelle est la nature des impôts des entreprises en France ?. Source : Cairn info

https://www.cairn.info/revue-de-l-o...

Ces taux d’imposition doivent être corrigés selon les différentes procédures d’allégement fiscaux possibles.

CIC E, Crédit d’impôt recherche, crédit d’impôt innovation, exonération d’impôt pour la création de nouvelles entreprises, aides publiques diverses nationales et territoriales.

Voir par exemple sur le site de Bercy : https://www.economie.gouv.fr/entrep...

Le montant total des allégements fiscaux et aides aux entreprises s’élèvent à environ 200 milliards d’euros, sachant qu’il existe près de 6000 dispositifs divers d’allégement et d’exonération.

Rappelons que le budget de l’État s’élève à 241 milliards d’euros. Source : Les aides publiques aux entreprises privées, c’est 200 milliards d’euros.L’Lit https://www.humanite.fr/les-aides-p...

On constate donc encore, en raison de tous les dispositifs d’allégement des exonérations, que l’opacité règne sur la fiscalité réelle et non théorique des entreprises.

H–L’opacité frappe tous les agrégats composant le prix (excepté la TVA)

Revenons maintenant au cas général. Sans entrer dans tous les détails de la décomposition du prix, il serait intéressant de connaître à chaque étape de prix de vente quel est la part des coûts salariaux et des marges réalisées. Et c’est là que réside la pierre angulaire de l’opacité. Remarquons que selon la grosseur du producteur ou du distributeur, la marge réalisée globalement dépend de la quantité de marchandises vendues.

Remarquons que la sacro-sainte concurrence (souvent sacrément malsaine) s’effectue sur trois axes : entre les producteurs, entre distributeurs et entre producteurs et distributeurs sous l’égide d’âpres négociations, la loi du plus fort étant souvent la meilleure…

Remarquons que la marge réalisée constitue le revenu du petit commerçant, du gérant de grande surface, du négociant, des actionnaires d’un groupes dont le revenu tiré de la marge s’exprime alors en dividendes.

Or on constate qu’il est quasi impossible de pouvoir déterminer ainsi ce qui entre dans la composition du prix d’un bien ou d’un service. Même les revues de consommateurs ne se préoccupent pas de cette question sauf cas exceptionnels.

Ainsi, le consommateur n’a-t-il aucune idée concrète de la marge réalisée tant par les producteurs que par les intermédiaires de la distribution.

Les seules informations fragmentaires portent sur les taxes, et les fameuses « charges sociales ».

On voit que ce ne sont que des arbustes qui cachent la forêt. Derrière cette opacité se cache le partage des richesses c’est-à-dire de la valeur ajoutée au niveau micro-économique.

La valeur ajoutée, exprimée monétairement, est le chiffre d’affaires (résultant de toutes les ventes sur une année) diminuée du prix des consommations intermédiaires (grosso modo matière première énergie,…)

Il reste donc la masse salariale (totalité de tous les salaires) et la marge globale.

Connaître la décomposition du prix revient à connaître le partage de la valeur ajoutée entre salariés et le profit réalisé par le chef d’entreprise (qui peut d’ailleurs être un gérant de groupe d’actionnaires). Pour avoir une idée plus précise, il faut éplucher les comptes de l’entreprise et notamment déterminer quel est l’excédent brut puis net d’exploitation

Mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Tout ce qui vient d’être dit s’enseigne au niveau élémentaire d’un CAP de comptabilité ou de secrétariat et est parfaitement accessible à tout élève de collège qui sait effectuer les quatre opérations et un calcul de pourcentage.

Pourtant en écoutant parler des hommes politiques et des journalistes politiques sortis de l’ENA et de Sciences-po, on a l’impression que ce genre de considération est hors de leur portée. Ces gens savent parler mais savent-ils réfléchir ?

Indiquons que les déclarations des entreprises faites auprès de différents services : impôts, sécurité sociale, URSSAF, etc. permettraient d’avoir connaissance de ces données.

Mais il faudrait pour cela, un service de statistiques adéquat avec un personnel suffisant : ce qui n’est pas le cas.

Il faudrait alors traiter d’une autre question connexe : l’opacité sur un certain nombre de statistiques résultant d’un manque de moyens humains mais surtout d’un manque de volonté politique pour pouvoir mesurer l’efficacité économique et sociale de chaque législature.. Mais cela mériterait un autre article.

Il est clair qu’une analyse concrète de la formation des prix selon les produits revient à s’interroger sur la nature du travail qui les a créés et par conséquent sur le rôle central des travailleurs pour la création des richesses d’un pays.

Le niveau de salaire le plus souvent insuffisant pour permettre une vie satisfaisante reflète la non reconnaissance, pour ne pas dire le mépris de cette « classe laborieuse » potentiellement toujours « dangereuse ».

X–les causes et les conséquences de cette opacité médiatique.

A–Les causes.

1) Le mépris de classe

Il n’est pas nouveau dans l’histoire que la classe économiquement dominante a toujours méprisé ceux qui la nourrissent et sont à l’origine de sa puissance. Esclave des sociétés antiques et postérieures,serfs paysans des sociétés féodales, salariés des sociétés capitalistes créateurs de richesses matérielles puis intellectuelles plus tardivement, ont toujours vu leur travail méprisé par les dominants.

Ce mépris s’exprime économiquement par la tendance continue de dévaloriser la valeur de leur force de travail s’exprimant en nature ou en salaire, et ce mépris s’exprime culturellement idéologiquement en invisibilisant leur travail, leur activité productive jusqu’à leur existence.

On peut évidemment nuancer cette description générale par l’existence de cas particuliers et la maltraitance n’ayant pas un caractère absolu. Ce mépris a pu se dissimuler derrière différents masque : la charité envers les pauvres, l’aide apportée à des peuples « non civilisés » pour accéder à « la civilisation »

La justification de ce mépris peut prendre différentes formes idéologiques : le racisme (il existe une race supérieure aux autres (, la « théorie » des dons : il y a des gens qui naissent avec la capacité et la vocation de gouverner et d’autres peu intelligents et incapables de commander, l’invocation du peuple ou de la caste élue par une volonté divine, la compétence supposée d’une oligarchie face à l’inculture et incompétence d’un peuple ignare, l’incapacité du peuple à réfléchir selon la raison mais qui n’agit que par émotion (« théorie » de Gustave Lebon dans Psychologie des foules) etc.

Or les médias par la presse, la radio, la télévision ont toujours eu pour fonction idéologique essentielle la reproduction de la classe dominante. Ils véhiculent les valeurs de cette classe en leur donnant un caractère naturel ou universel

Le cinéma, média audiovisuel de premier ordre, n’échappe pas à ce mépris de classe qui s’exprime par le mépris du travail non seulement des ouvriers mais aussi des artisans.

Après avoir occupé une petite place dans les films des années 1930 et plus fréquemment après la Libération jusqu’en 1955, sauf cas exceptionnel, les ouvriers disparaissent des écrans.

Le néo réalisme italien et les films de Ken Loach font exception. Pour une étude très intéressante de cette question se reporter à Cinéma : l’art contre le travail

Revue Mouvement. 2003. Cairn info https://www.cairn.info/revue-mouvem...

C’est après la guerre de 14–18, que la théorie moderne de la manipulation des masses apparaît avec les travaux d’ Édouard Bernay qui se synthétise dans son ouvrage fondamental : « Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie ».

On peut accéder gratuitement au contenu de cet ouvrage disponible en ligne à l’adresse suivante : https://www.editions-zones.fr/lyber...

il s’agit d’un livre incontournable pour quiconque veut comprendre comment la classe dominante, avec ses agents de l’action idéologique, fait élire les gens qu’elle veut.

À l’image du mépris historique des dominants à l’égard des classes laborieuses, les médias rendent quasi invisibles les créateurs de richesses matérielles et intellectuelle sauf dans les cas vus précédemment.

Pour les dominants, il ne faut surtout pas que les travailleurs aient conscience de leur rôle fondamental comme créateurs de toutes les richesses et notamment de ce qui fait en dernière analyse, la valeur du capital.

Ce mépris de classe se diffuse dans une partie de la population : chez certains cadres de direction, dans une multitude de chefferies du secteur public comme du secteur privé notamment dans les médias, chez des enseignants d’origine petite-bourgeoise (« si tu ne travailles pas bien à l’école, tu seras maçon ») et même au sein de la population pauvre votant à droite ou à l’extrême droite reproduisant l’idéologie de leur maître : c’est le mépris des « assistés », de ses chômeurs qui ne veulent pas travailler, de ces travailleurs immigrés qui viennent profiter de « notre protection sociale ».

2) Une autre cause possible est que le patronat est réticent sinon opposé à ce que les caméras pénètrent dans ses entreprises et que des journalistes fassent s’exprimer les salariés sur leurs conditions de travail.

Les raisons possibles d’une telle attitude : perte de temps, discrétion voire secret sur les processus de fabrication, mauvaise image de l’entreprise renvoyée par l’interview.

Ce genre d’argument a une certaine validité mais les raisons avancées par le patronat sont contestables. Ce genre de reportage a un caractère exceptionnel et ne dure pas des heures, il ne s’agit pas non plus de dévoiler des secrets de fabrication puisque l’observation de la production n’entre pas dans tous les détails et, de toute façon, un protocole d’observation peut être négocié avec le chef d’entreprise et des représentants du personnel quand c’est possible. En outre, rien n’empêcherait un gouvernement de faire voter une loi obligeant les entreprises à ouvrir leurs portes pour l’information des citoyens selon évidemment une procédure qui resterait à définir.

En réalité, les réticences précédemment invoquées relèvent plus de la mauvaise volonté de transparence que d’une argumentation solide.

En fait, cette attitude qui remonte à l’industrialisation de la France au XIXe siècle relève de la logique de l’enfermement des travailleurs dans les lieux de production qui doivent rester à l’abri des regards extérieurs.

On se réfère ici à un excellent article de Multitudes sur cette question. « … L’usine au contraire, en tenant secret des activités industrielles le plus souvent standardisées, l’automobile par exemple, contribue à la dévalorisation de ceux qui y travaillent : à l’inverse d’une volonté de protéger ce et ceux qui sont rares et précieux, l’usine est marginalisante, elle exclut ceux qu’elle enferme. On ne montre pas ce que depuis le XIXe siècle on cherche à cacher : le travail ouvrier, et ce qu’il signifie d’aliénation. Aujourd’hui encore « l’usine se cache, se terre comme une honte ; elle se ferme pour mieux dissimuler ses tares »

L’espace fermé de l’usine existe toujours, éloigné de nos villes, c’est l’espace du produit brut, travaillé à l’écart, pas encore marchandise dans le monde lumineux de la ville, pas encore objet survalorisé dans l’espace transparent de l’information et de la publicité. Le travail salarié s’est donc pensé depuis le XIXe siècle autour d’une problématique de l’enfermement et de l’homogénéité des lieux : dans les usines, lieu étanche par excellence où se superpose un temps et un espace exclusivement consacrés au travail. La situation fut identique dans les bureaux. … »

Source : Multitudes : Article : « De la continuité à la discontinuité des espaces de travail. https://www.multitudes.net/De-la-di...

Il existe néanmoins une difficulté objective a réaliser des reportages pour certaines activités en raison des délocalisations, de la mondialisation de la production des échanges, de la désindustrialisation de la France organisée par les ultralibéraux et l’existence d’entreprises sous-traitantes distribuées en grappes.

Dans un tel contexte, l’organisation de reportages devient complexe et plus coûteuse et nécessite une volonté politique accrue de transparence.

3) Une cause que l’on pourrait avancer à destination des naïfs serait que les auditeurs les téléspectateurs ne seraient pas du tout disposé à s’intéresser à la vie professionnelle concrète de leurs semblables et à la manière dont fonctionne la société.

De tels reportages les ennuieraient, leur rappelant leur triste condition de travailleurs souvent ennuyeuses.

Cet argument ne tient pas la route car d’abord on ne demande pas un reportage de réunir 10 millions de téléspectateurs. Rappelons néanmoins que l’émission comme Cash investigation peut atteindre une audience de 4 millions de téléspectateurs.

Il ne s’agit pas non plus de servir tous les soirs au journal de 20 heures un reportage concernant l’activité productive.

On pourrait tout de même s’interroger sur le nombre considérable de documentaires animaliers qui sembleraient montrer que la vie des êtres humains au travail serait moins intéressante que la vie des animaux. On peut concevoir des reportages sur la vie professionnelle des gens en situation qui ne soient pas ennuyeux académiques. Il sera même possible d’imaginer des jeux en relation avec ce reportage.

Certes, de fait, il est tout à fait compréhensible qu’après une dure journée de labeur et de transport, on ait envie de se distraire en regardant une fiction, une émission de variétés où un match.

Mais cela n’exclut en rien la possibilité de pouvoir regarder de temps à autre un reportage documentaire sur la manière dont sont fabriqués tous les produits dont on a besoin pour vivre matériellement et intellectuellement.

Une autre raison qui peut être invoquée est la contrainte commerciale de l’audimat.

Là encore, un tel argument ne tient pas puisque une chaîne comme France Culture ou Arte ne dépasse pas une audience de 2 %. Pourtant ces chaînes existent

Les reportages réalisés pourraient aussi faire l’objet de films vendus en DVD tout simplement repris par YouTube.

Cela constituerait aussi des documents d’archives importants pour les sociologues et historiens des générations futures.

B–Les conséquences de l’opacité.

1) L’immense majorité des gens ne connaissant pas la manière dont sont produits les objets qui lui sont nécessaires pour vivre, ceux-ci ont un caractère mystérieux et magique qui peut expliquer en partie la fascination pour la société de consommation.

Ils ne perçoivent pas les objets comme du travail humain cristallisé (Marx : Le fétichisme de la marchandise, Le Capital) Mais plutôt comme des systèmes de signes (Baudrillard : Le système des objets ; le miroir de la production).

2) En ignorant la réalité des conditions de travail de leurs semblables, les gens sont facilement manipulables par les politiciens qui dénigrent telle ou telle profession ou corporation. Cela permet ainsi de diviser et d’opposer facilement des parties de la population à d’autres, ce dont ne se privent pas les médias.

3) Une autre conséquence est la constitution d’une société mosaïque où chacun est enfermé dans son alvéole professionnelle ou domestique.

Cette mosaïque peut prendre la forme moléculaire où se constituent des petites communautés d’intérêts sur différentes questions (échanges de savoirs, écologie, habitat,…). Ces petits groupes sont portés à penser le changement social qu’à partir de révolutions locales : c’est la révolution moléculaire décrite par Félix Guattari (La révolution moléculaire parue en 1977).

4) Les gens ne voient pas clairement comment ils sont tous interdépendants. Il faut des grèves des transports des chauffeurs-routiers pour se rendre compte, du moins partiellement, de cette interdépendance. Mais dans ce cas, celle-ci est évidemment perçue négativement puisque les grèves gênent les usagers.

5) Il en résulte que les salariés ont beaucoup de difficultés à se penser comme une communauté de destin, exerçant tous un travail pour vivre ou survivre et étant tous exploités, dominés ou spoliés par une caste minoritaire.

Ainsi, les gens se sentent isolés d’autant que les collectifs de travail se sont délités et que les lieux de rencontre dans les villes et les villages se sont réduits.

Heureusement que les réseaux sociaux et les associations permettent aux citoyens de créer du lien social et de parfois connaître la vie professionnelle de leur prochain.

Cette opacité entretenue explique, du moins en partie, la difficulté des salariés à pouvoir faire converger leurs attentes et leurs luttes. L’invisibilisation de l’activité productive des travailleurs jusqu’à parfois nier leur existence fait perdre à ces derniers la conscience de leur importance fondamentale comme créateurs de richesses nécessaires à la vie de la société et de leur appartenance à un groupe social vaste qui joue ce même rôle.

Ce vaste groupe social est tout simplement la classe des dominés. Elle est évidemment hétérogène : on y trouve les salariés du privé, les salariés du public, des travailleurs indépendants (professions libérales, petits commerçants et petits artisans, chefs de petites entreprises industrielles ou agricoles). Les salariés subissent l’exploitation de leur force de travail à des degrés divers, Les petites entreprises sont subordonnées et spoliées par des groupes industriels et financiers ou assujettis à des contraintes de conditions de travail ou financière qu’ils ne maîtrisent pas.

Il existe des travailleurs « hybrides » qui sont à la fois exploiteurs et exploités : cadres de direction jetable, chefs de petites entreprises, gérant de succursale commerciale ou financière par exemple. On est loin donc d’une description relativement simple d’un antagonisme entre classe ouvrière et bourgeoisie décrite par les marxistes du XIXe siècle. Rappelons que Marx n’avait pas achevé sa réflexion sur la définition et la nature des classes sociales. Il ne suffit donc pas de centrer l’ analyse uniquement sur la perte d’homogénéité de la classe ouvrière s’accompagnant d’une perte de la conscience de classe en soi et pour soi pour reprendre la terminologie marxiste. Il est maintenant nécessaire et urgent d’analyser les rapports de domination économique et idéologique s’exerçant sur la population dans son ensemble.

Encore une fois il convient d’affirmer que l’opacité entretenue par les médias sur les différents segments d’activité de la population active contribue à la fragmentation idéologique et culturelle de cette population et l’empêche d’avoir une représentation unifiée de sa réalité sociale comme classe dominée. Cela rend alors difficile la construction d’une unité d’action de ces dominés contre l’ordre néolibéral qui les atomise.

L’atomisation ne permet guère que des révoltes moléculaires par agglutination sectorielle ou locale selon l’adage : « qui se ressemble s’assemble ».

Le problème actuel pour les dominés est de comprendre qu’ils se ressemblent tous et qu’ils ont véritablement « l’Avenir en commun ». Mais, et c’est une autre opacité, cet Avenir en commun est lui aussi invisibilisé non seulement par les médias dominants mais par la plupart des médias se disant indépendants ou alternatifs.

Annexe

1) la segmentation des chaînes de valeur et la mondialisation. Source : extrait de l’article « Chaîne de valeur » de Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C...

Différents segments d’une filière

Dans l’ensemble des activités entrant dans la chaîne qui permet de vendre un produit à un consommateur, quatre étapes peuvent être distinguées.

• La première correspond à la définition du produit (A), qu’il s’agisse d’un bien ou d’un service. Innovation et recherche sont les éléments clefs de cette première étape qui contient une grande part de la valeur ajoutée au produit fini.

• La seconde étape est la fabrication du bien (B). La partie standardisée de cette étape est le plus souvent délocalisée et comporte peu de valeur ajoutée. La partie plus élaborée est la seule qui reste parfois dans les pays développés.

• Elle est de plus en plus intégrée à la phase de distribution © : les gigantesques entrepôts logistiques qui s’étendent aux marges des grandes régions urbaines (les principaux centres de consommation mondiaux) comportent à la fois une activité logistique et des ateliers permettant une finition et une adaptation des produits en temps réel.

• Ces produits sont enfin mis sur le marché en répondant à des stratégies (D) définies dans les sièges des entreprises : image de marque, structure économique et financière de l’entreprise, protection juridique,… un grand ensemble d’activités sont concernées par cette dernière étape. Elle véhicule une valeur ajoutée aussi forte que la première étape dans la mesure où c’est elle qui permet que le bien ou le service soit produit et vendu.

Notons cependant que de manière générale, ces étapes ne se déclinent pas de manière processuelle et cloisonée. En effet, dans la réalité il existe un mouvement de va-et-vient entre ces différentes étapes. Par exemple, l’étape de conception (A) réquiert l’implication parfois du marketing (D) qui doit s’assurer dès le départ que le produit sera accepté par le marché.

D’après Michael Porter, la chaîne de la valeur permet d’analyser les différentes activités d’une entreprise. Elle permet de voir comment chaque activité contribue à l’obtention d’un avantage compétitif. Elle permet également d’évaluer les coûts qu’occasionnent les différentes activités.

Neuf pôles peuvent être identifiés : cinq activités de base et quatre activités de soutien. Les activités de soutien peuvent affecter une ou plusieurs activités de base :

• Les activités de base

• Logistique d’approvisionnement (réception, stock et distribution des matières premières).

• Fabrication (transforme la matière première en produits finis).

• Logistique de commercialisation (collecte, stock et distribue le produit fini au client).

• Le marketing et la vente (permettent au consommateur de connaître et d’acheter le produit fini).

• Les services (regroupent tout ce qui permet d’augmenter et de maintenir la valeur du produit (installation, réparation…)).

• Les activités de soutien

• Infrastructure de l’entreprise (regroupe tous les services nécessaires à une entreprise (administration, finances, contrôle de la qualité, planification…)).

• Gestion des ressources humaines (se retrouve dans toutes les activités de base).

• Recherche et le développement (utiles pour toutes les activités car toutes les activités nécessitent des technologies (savoir-faire, innovation…)).

• Les achats (permettent aux activités de base d’acquérir les diverses ressources dont elles ont besoin).

Il peut être utile, pour avoir une vision plus précise, de diviser encore les activités (exemple : les services comprennent les activités d’installation, de réparation, de garantie…). Les liens existants entre toutes ces activités sont importants et permettent des synergies.

La coordination entre les activités est primordiale car si l’une progresse sans les autres, cela peut déstabiliser l’ensemble et ainsi créer de nouveaux couts.

Le bon management de ces liens permet à l’entreprise d’obtenir un avantage compétitif : un avantage de coûts peut apparaître en ayant une excellente force de vente, en ayant un service de production efficace, en ayant un système de distribution peu cher (…) ; un avantage différenciateur peut apparaître en ayant une bonne équipe de designers, en ayant la capacité de sélectionner des matières premières de bonne qualité (…).

Cette approche ne prend toutefois pas en compte l’environnement extérieur.

Poids des groupes multinationaux

L’importance de la dernière étape est liée au fait que l’échelle de référence ne soit plus uniquement locale. Le développement de groupes importants le renforce donc. La baisse très importante des coûts de transport et des coûts de transaction (droits de douane, barrières linguistiques et juridiques) conduit de plus en plus de filières à s’organiser à l’échelle de la planète. Mais cela ne se traduit pas par une explosion des échanges entre PME de tous les continents : les grands groupes occupent une place prépondérante dans l’organisation des flux internationaux et le poids des échanges intra-groupes dans le commerce international ne cesse de croître (lien vers les travaux du SESSI).

Du point de vue spatial, ils choisissent le lieu optimal pour localiser chacun des éléments de la chaîne de valeur. Du point de vue industriel, ils arbitrent entre filiales et sous-traitants pour organiser leur production (c’est donc une forme d’entreprise étendue). Ces filiales ou sous-traitants organisent à leur tour leur production. Les sous-traitants de premier rang peuvent en effet être eux aussi de grands groupes (par exemple les équipementiers de l’automobile) et gérer leurs approvisionnement voire leur production à l’échelle de la planète. Les sous-traitants de second ou troisième rang sont plus fragiles. Ils sont particulièrement exposés aux retournements conjoncturels puisque c’est eux qui doivent ajuster leurs coûts et leurs capacités aux demandes de l’établissement donneur d’ordre.

Les territoires doivent alors se positionner en essayant d’attirer et fidéliser les grands groupes et en essayant de stabiliser la situation économique des sous-traitants locaux.

La répartition spatiale de la production

La standardisation des procédés de fabrication a conduit à une baisse de la valeur ajoutée liée à la seule production des biens industriels. La valeur ajoutée repose beaucoup plus en amont et en aval, c’est-à-dire dans la capacité à créer des produits (biens ou services) et la capacité à créer l’envie de les consommer chez les clients potentiels. Définition et création des produits (A) et marketing et gestion des réseaux de production (D) sont ainsi les deux pôles où se concentre la valeur ajoutée dans les chaînes de valeur.

On le voit bien, dans ces quatre étapes, la fabrication (B) a quasiment disparu des pays occidentaux. La finition-distribution (C) y restera tant que le marché local sera suffisamment attractif, mais en étant en concurrence avec les régions en voie de développement qui essaient de remonter les filières de la fabrication brute vers les produits semi-finis ou finis (comme c’est déjà le cas dans l’électronique). Les deux étapes comptant le plus de valeur ajoutée, (A) et (D) sont donc un enjeu fondamental pour chacune des économies occidentales, considérées aux niveaux nationaux ou régionaux : elles sont la garantie du maintien à moyen terme d’une activité industrielle et de service dans les villes et régions considérées.

Fin de l’extrait

2) Documents connexes. Coûts salariaux : prix, salaires, profits qui II. Par Debonrivage http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

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Hervé Debonrivage


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