Golfe persique : Pour rester maîtres du monde, les USA poussent à la guerre...

lundi 17 juin 2019.
 

Deux pétroliers ont été attaqués ce jeudi a proximité du détroit d’Ormuz, passage d’un tiers des exportations de pétrole dans le monde. Une zone où se cristallisent les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. Thierry Coville, chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), analyse cette situation.

À quoi faut-il attribuer le regain de tension dans la région du golfe Persique ?

THIERRY COVILLE. Cela s’explique très directement par la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. C’est quasi-mathématique. Depuis mai 2018, les Américains ont progressivement mis en place des sanctions contre l’Iran, obligeant les grandes entreprises européennes à se retirer de ce pays sous peine de se voir interdire le marché américain. Washington veut obliger Téhéran à souscrire à douze conditions absolument impossibles à accepter pour la République islamique sans se renier totalement. Les sanctions économiques massives ont des effets récessifs très graves en Iran et les Européens, qui avaient promis aux Iraniens des mécanismes de troc pour tenter de desserrer l’étau américain, restent impuissants.

Le clan des « durs » est-il en train de s’imposer à Téhéran ?

Oui, c’est le résultat de la stratégie américaine. Le camp des modérés, représentés par le président Hassan Rohani, avait tout misé sur l’accord sur le nucléaire. L’économie, qui était en train de repartir, a subi un coup d’arrêt et l’inflation est galopante. Les classes moyennes qui avaient soutenu Rohani sont déçues tandis que l’électorat radical et conservateur, qui représente environ 40 %, se trouve conforté.

Est-il possible d’imaginer que les incidents qui viennent de se produire soient le fait d’une fraction radicale du régime iranien qui échapperait en partie au contrôle de Téhéran ?

C’est difficile à dire. Généralement, les Iraniens ont tendance à soupeser les risques et les avantages de leurs initiatives dont le but est de créer un rapport de force qui leur soit plus favorable. Ils sont très conscients de la menace que fait peser sur eux le potentiel militaire américain.

Le guide suprême Ali Khamenei vient de déclarer qu’il ne sert à rien de parler avec Trump. Incarne-t-il le clan des radicaux ?

Il en fait par nature partie, mais il essaye généralement de se placer à un point d’équilibre entre les différentes parties. Il avait par exemple accepté la signature de l’accord sur le nucléaire. Mais aujourd’hui, du fait de l’intransigeance américaine, le camp des durs s’est renforcé et il doit en tenir compte. Il y a aussi à Washington des jusqu’au-boutistes, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, prêts à aller très loin pour faire chuter le régime de Téhéran.

Bien qu’assez éloigné de la mer d’Oman où les pétroliers ont été attaqués, le conflit du Yémen a-t-il une incidence avec les derniers événements ?

Bien que soutenus par l’Iran avec qui ils ont une connivence idéologique puisqu’ils se rattachent à la branche chiite de l’Islam, les Houthis (NDLR : rebelles en lutte armée) ont leur propre autonomie. En vendant des armes à l’Arabie Saoudite, ennemie jurée de l’Iran, sous prétexte que ce dernier pays ferait peser des risques, les Etats-Unis, qui ont eux-mêmes mis le feu aux poudres en déchirant l’accord sur le nucléaire, sont assez hypocrites.


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