13 février 1936 Les royalistes agressent violemment Léon Blum

samedi 16 février 2019.
 

Le 13 février 1936, plusieurs centaines de militants d’extrême droite brisent la vitre de la voiture où se trouve Léon Blum et le blessent ainsi gravement à la tête. Environ 50 participent à l’agression physique. Lorsque le leader socialiste parvient à sortir du véhicule, il est molesté dans la rue à coups de pied. Finalement, c’est grâce à l’intervention d’ouvriers du bâtiment qui travaillaient à proximité que les agresseurs ont pris la fuite. Blum a été ensuite conduit à l’Hôtel Dieu. « Sérieusement atteint à la tête, perdant abondamment son sang, il a fallu une ligature de l’artère temporale gauche pour stopper l’hémorragie ».

1) 13 février 1936 Agression de Léon Blum

Les obsèques de Jacques Bainville, maître à penser de l’Action française, sont l’occasion pour l’organisation royaliste et nationaliste de rassembler ses troupes dans Paris. Charles Maurras, mentor du défunt, entend donner à l’évènement une dimension symbolique. Nous sommes le 13 février 1936 et le boulevard Saint-Germain se remplit de militants des Camelots du roi et autres organisations d’extrême droite. Au même moment, une voiture quitte l’Assemblée nationale. A son bord, le député socialiste Georges Monnet, sa femme ainsi que Léon Blum, le leader de la SFIO à la Chambre.

Cherchant à se faufiler à travers la foule, le véhicule et ses passagers ne parviennent cependant pas à contourner le cortège funéraire et se retrouvent bloqués au milieu de l’avenue. Rapidement, la voiture, qui obstrue le passage, attire l’attention. Lorsqu’ils jettent leurs premiers regards à l’intérieur, les ligueurs venus assister à la cérémonie en l’honneur de Bainville n’en croient pas leurs yeux. Il s’agit de Léon Blum, celui dont Maurras disait le 9 avril 1935 : « C’est un monstre de la République démocratique. Détritus humain à traiter comme tel (…). C’est un homme à fusiller, mais dans le dos. »

A l’annonce de l’identité des passagers, la foule se fait de plus en plus nombreuse et menaçante autour du véhicule. Des propos antisémites et même des appels au meurtre sont lancés : « à mort le juif ! », « achevez-le ». La situation devient totalement incontrôlable. Georges Monnet tente de s’interposer mais il est violemment frappé au visage. Les militants d’extrême droite déchaînent ensuite toute leur haine contre Léon Blum. Le leader de la SFIO est victime de multiples coups de poings et de pieds. Une barre de fer l’atteint même en pleine tête. Il a le visage ensanglanté.

Témoins de la scène, des agents de police ainsi que plusieurs ouvriers interviennent pour extirper les passagers du véhicule et les mettre à l’abri dans la cour d’un immeuble voisin. Transporté à l’Hôtel-Dieu, le socialiste, alors âgé de 64 ans, vient d’échapper à une tentative de lynchage. Trois jours plus tard, à l’appel du Front populaire, une grande manifestation de soutien à Léon Blum est organisée à Paris. Près de 100 000 personnes défilent entre le Panthéon et la Nation pour réclamer la dissolution des ligues d’extrême droite. Une véritable démonstration de force et de solidarité à quelques mois des élections législatives de 1936...

Matthieu Lépine

SOURCE : https://heuredupeuple.fr/le-13-fevr...

2) Hommage à Léon Blum par l’écrivain Jean Guéhenno dans Le Populaire

Le jeudi 13 février 1936, la voiture à bord de laquelle ont pris place Léon Blum, Georges Monnet et sa femme, traverse le boulevard Saint-Germain au moment où passe le cortège qui suit la dépouille de l’écrivain nationaliste Jacques Bainville. Reconnu par des militants d’extrême droite, Blum est éjecté de la voiture, agressé et frappé.

Secouru par des ouvriers arrivés d’un chantier voisin, il trouve refuge dans une cour d’immeuble et échappe de peu au lynchage. Le dimanche 16 février, une manifestation unitaire de protestation est organisée par les membres du Rassemblement populaire. Le récit de cette agression, et des photographies, sont publiés dans Le Populaire, le quotidien socialiste (consultable sur Gallica). Pour cette occasion, Vendredi, « l’hebdomadaire fondé par des écrivains et des journalistes et dirigé par eux », lancé quelques semaines plus tôt pour soutenir le Rassemblement populaire, publie un numéro spécial gratuit. À sa une, sous le titre « Les écrivains contre la violence », l’écrivain Jean Guéhenno rend « Hommage à Léon Blum ».

« Si je cédais à la révolte qu’a suscitée en nous l’attentat contre Léon Blum, je n’emploierais ces lignes qu’à dénoncer l’abjection de ces hommes qui, faisant profession de nationalisme intégral et déclarant que tout ce qui est national est leur, feraient croire par tous leurs écrits et par tous leurs actes, que la calomnie, la violence et le crime sont le génie même de la France.

J’ai sous les yeux le dernier article de M. Maurras. Comment dire le dégoût qu’il soulève ?

M. Maurras a sur sa table, le couteau de Charlotte Corday, le couteau qui tua Marat, l’Ami du Peule. Il s’en vante. Les jours de sécheresse et d’atonie, quand l’inspiration lui manque, quand les sophismes et les ordures ne viennent plus assez vite au bout de sa plume remplir le trois colonnes que chaque jour il doit faire sous lui, c’est ce couteau qu’il contemple. Ce couteau, c’est sa muse à lui. C’est l’égérie de ce Numa sourd. Il a avec lui d’ineffables colloques. En passant son pouce sur la lame, il sent en lui se réveiller la haine, l’enthousiasme grandir. Cette lame bien aiguisée lui est garante qu’il va encore une fois sauver l’avenir de l’intelligence. Alors, il ne se contient plus : de l’ennemi public numéro 1, de Jaurès jadis, d’Herriot, de Léon Blum, de Daladier aujourd’hui, il déclare que les tuer est un devoir ; à tous ses adversaires il promet douze balles dans la peau.

Après l’appel au meurtre, l’appel à la monnaie ! Allons, mes enfants ! À vos poches ! Encore cent sous ! Encore vingt sous ! Encore dix sous ! Allons, ma petite dame, rien qu’une piécette ! Un peu de charité ! Et vous verrez quel joli tour ! Nous n’avons encore jamais calomnié comme cela ! Ah ! ça c’est bien, Madame la Baronne ! Merci ! Pour le roi et pour la France ! Donc, avant-hier, quand on a perquisitionné – M. Maurras s’en vante encore – sur sa table de nuit, où, dit-il, « il a coutume de poser la monnaie de métal qui lui est confiée » (un peu partout où il va). – Allons, Mesdames, Messieurs, une petite piécette, encore ! – sur la table de nuit de M. Maurras il y avait « un petit tas de piécettes » et un bout de papier portant ces quelques mots, non signés : Argent recueilli cet après-midi par la vente des morceaux de la glace de la voiture au baron Blum. La bassesse a sa grandeur et son mystère. À cette heure, peut-être, M. Charles Maurras, enfermé en lui-même, écoute sa muse. Il va de la table au couteau à la table aux piécettes. Le génie lui vient. D’un seul jet il va écrire ses trois colonnes. Ses prochaines insultes, ses prochains appels au meurtre lui sont payés d’avance.

Mais laissons les ignobles à leurs ignominies !

Vous même, Léon Blum, nous donnez l’exemple de la sérénité, vous qui êtes allé jusqu’à refuser de porter plainte contre les assassins, et cette manifestation d’aujourd’hui, comme celle du 14 juillet, doit faire la preuve que nous avons assez pour vaincre tant d’abjection et de sottise intéressée, de notre raison et de notre volonté.

Nous a-t-on assez dit que vous étiez un grand bourgeois, un aristocrate ! Mais ce sont les mêmes qui, avant-hier, ont organisé cet attentat. Pour nous signifier mieux que vous êtes des nôtres, ils n’ont pas craint de verser votre sang. Ils se disent des hommes d’ordre, et ils provoquent tous les désordres. La violence est tout ce qui leur reste.

Depuis six jours, les poings sans doute les démangeaient. N’avaient-ils pas un anniversaire à célébrer : 6 février 1934-12 février 1936. Ils auront été de six jours en retard. Mais ils doivent être contents à présent. Ces hommes haïssent en vous ce qu’ils haïssaient en Jaurès : la raison même. Ils haïssent ce qui vous rend à nos yeux particulièrement estimable, le respect que vous avez du peuple. Je vous ai quelques-fois entendu dans des meetings et je puis bien vous dire, aujourd’hui que vous souffrez pour nous, ce qui fait que nous vous écoutons avec plus d’émotion qu’aucun autre ; c’est que vous ne vous adressez jamais qu’à notre raison. Toujours, vous commencez de la même voix un peu sourde et qui semble exiger de l’attention. En vain vous crions-nous : « Plus haut, plus haut ! » Jamais nous n’obtiendrons de vous un éclat de voix. Alors nous écoutons, le silence s’établit en même temps que votre parole se fait plus nette et plus claire, et, dans ce silence, d’un ton qui signifie votre, notre invincible volonté, vous définissez seulement, sans grandiloquence aucune, cette justice que nous portons en nous, et vous posez les conditions de sa victoire.

Si la haine de ces hommes vous a choisi, c’est que vous portez nos certitudes, c’est qu’on voit s’allier en vous une admirable culture et un sentiment tout populaire de la justice, c’est qu’il apparaît clairement en vous que la révolution n’est que l’accomplissement de la raison et la dernière exigence de la sagesse.

J’admire, quant à moi, que l’objet de votre étude, avant d’être celle de Marx ou d’Engels, ait été celle de Stendhal et de Goethe, de Stendhal qui recommandait de ne pas passer sa vie à haïr et à avoir peur, de Goethe qui voulait toujours plus de lumière. Vous êtes dans notre camp, parce qu’il est celui où il y a le plus de lucidité et de courage. Ce sont là les vertus qui vous plaisent. Qu’un homme de votre sorte soit avec nous est le signe même de la grandeur de notre cause. Un tel fait nous est la preuve que l’instinct des simples que nous sommes est d’accord avec la pensée des sages et que l’avenir des plus hautes valeurs de l’humanité est entre nos mains. »

Jean Guéhenno

En encadré dans cette article, une citation de Jean Jaurès : « Nous n’avons, nous, besoin pour vaincre, d’aucun des procédés médiocres auxquels recourent les partis du passé. Toujours la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Toujours l’appel à la raison. »

SOURCE : https://www.lours.org/le-16-fevrier... 13 février 1936, Léon Blum tombe par hasard, à Paris, sur un groupe de royalistes. C’est un véritable lynchage que subit en pleine capitale le chef socialiste...

3) 13 février 1936 : dissolution de l’Action française, des Camelots du roi et de la fédération royaliste des étudiants

"A mort Blum ! Blum au poteau !" A cris de haine, les Camelots du roi, les militants de l’Action française, les agitateurs à la fleur de lis, se sont rués sur la voiture à l’intérieur de laquelle ils ont reconnu le chef socialiste. Nous sommes le 13 février 1936 à Paris, au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue de l’Université. Léon Blum, qui vient de sortir de la Chambre des députés, passe par hasard devant la foule qui attend le cortège funèbre de l’historien royaliste Jacques Bainville, dont la dépouille doit être transportée depuis son domicile, rue de Bellechasse, à la gare de l’Alma, pour être inhumée à Marigny, en Normandie.

Bainville est une des têtes de l’Action française. Spécialiste célébré des relations internationales, sans contredit le plus germanophobe, expert aussi en placements boursiers, il faisait partie de l’Académie française depuis l’année précédente. Mais, malgré son conformisme - n’accompagne-t-il pas les siens aux offices paroissiaux ?, l’Église catholique lui a refusé les obsèques religieuses - en raison de la condamnation de l’Action française par le pape Pie XI en 1926. Le quotidien de la ligue a appelé du coup ses lecteurs à se masser, à midi, l’heure de la levée du corps, boulevard Saint-Germain.

Ils sont donc là les amis, derrière les brassards bleu et blanc de leur service d’ordre. Depuis des années ils ont la cervelle chauffée par leur journal favori, cette Action française où Maurras et Daudet jettent chaque jour leur déluge d’invectives contre le Parlement, la gauche, la droite modérée, la république. C’est ce quotidien qui a préparé l’opinion à l’émeute du 6 février 1934, et depuis il cogne à tout-va. Daudet engerbe les ronces, traitant ses adversaires, selon les cas, de "loustic macabre" , d’ "absurde gredin" , de"prodigieux crétin" , d’ "épluchure" , ou encore d’ "ignoble et puant personnage" . Maurras, lui, se fait une spécialité d’appeler au meurtre. Ainsi, en septembre 1935, hostile aux sanctions de la SDN imposées à l’Italie de Mussolini qui vient d’agresser l’Éthiopie, il a réclamé qu’on tranche la tête à ceux qui, en France, "poussent à la guerre" : à défaut de guillotine, le couteau de cuisine suffirait.

On s’imagine ce que Léon Blum, qu’on appelle dans ce journal distingué "le circoncis du Narbonnais" ou "le belliqueux Hébreu" , peut inspirer d’exécration : Juif, socialiste, antifasciste, il a tout pour exciter les furies de Maurras et la colère de ses ligueurs.

Ce 13 février donc, Blum tombe mal. Il est avec ses amis Germaine et Georges Monnet. Celui-ci est au volant, tandis que sa femme s’est assise à côté de Blum à l’arrière. L’auto, engagée boulevard Saint-Germain, doit ralentir à cause de la circulation devant le ministère de la Guerre. C’est là que le chef socialiste est reconnu, la voiture cernée, immobilisée, défoncée. Germaine Monnet a poussé Blum dans un coin et s’est couchée sur lui pour le protéger, mais l’un des agresseurs réussit à arracher un morceau du pare-chocs avec lequel il brise la glace arrière et frappe à la tête le passager bientôt couvert de sang.

Grâce aux Monnet, à deux agents de police accourus, et à un attaché parlementaire qui sort du ministère, Léon Blum peut être enlevé aux lyncheurs et emmené à travers une cohue vociférante à la porte de l’immeuble situé au n° 100 de la rue de l’Université. En vain, les concierges n’ouvrent pas. C’est dans l’immeuble voisin, au 98, que le petit groupe finit par entrer, grâce à l’intervention d’ouvriers du bâtiment qui ont observé la scène depuis le toit. Mme Thibault, gardienne de l’immeuble, donne les premiers soins au blessé, qui peut finalement, sur l’intervention personnelle du préfet de police Paul Guichard, être conduit à l’Hôtel-Dieu, avant de rentrer chez lui la tête enveloppée de bandes Velpeau.

Le soir même, l’indignation de la Chambre est unanime, et le gouvernement Sarraut fait voter la dissolution des organisations de l’Action française, sa ligue, ses Camelots du roi et sa Fédération des étudiants. Le dimanche suivant, 16 février, une manifestation imposante du Front populaire scande, quatre heures durant, de la place du Panthéon à la Nation, son unité contre "le fascisme assassin" .

Maurras récidivera, le 14 mai suivant, traitant Blum de "détritus humain" : "C’est un homme à fusiller, mais dans le dos." Cette fois, il écopera de huit mois de prison. Pour l’heure, il a offert au Rassemblement populaire l’occasion, comme l’écrit Marcel Cachin,"de constater sa force immense" .

Par Michel Winock

Source : https://blogs.mediapart.fr/marc-dan...


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