Le fascisme contre la Révolution française (de Bonald, Maurras, Mussolini, nazisme, pétainisme...)

dimanche 8 décembre 2019.
 

Une recherche sur le rapport entre fascisme et révolution française donne des résultats surprenants et souvent débiles. Aussi, nous commençons par De Bonald et Maurras une petite étude sur ce sujet.

1) Louis de Bonald (1754-1840, royaliste légitimiste

Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald, fut le théoricien des royalistes légitimistes ultra entre 1815 et 1830. Il inaugure le pré-fascisme clérical du 19ème siècle

Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, pair de France, député, écrivain, publiciste (Le Conservateur), il combat sans cesse la Révolution française et ses idées impies (souveraineté populaire, droits de l’homme, élection, droit au divorce...) contraires à la Tradition chrétienne :

Issu d’une longue lignée de juristes, il analyse le Droit comme un moyen de faire respecter l’Ordre social. Aussi, il s’oppose vigoureusement aux Droits de l’homme et du Citoyen. Si le Droit doit donner des idées de droits aux sujets, il préfère supprimer ce concept de Droit. Totalement opposé à l’idée de liberté individuelle, il définit tout groupe humain comme constitué sur le modèle Chef, Sous-chefs, valets sans aucun droit :

- Dieu, clergé, fidèles
- Roi, ministres, sujets
- Père, mère, enfants

Cet Ordre divin est imprescriptible pour lui. Les humains doivent respecter la Tradition transmise par Dieu (Bible, Pères de l’Eglise) sinon ils s’exposent à des catastrophes. Ainsi, la cause profonde de la Révolution française n’est pas le déficit de l’Etat mais les entorses au principe d’absolutisme royal au 18ème siècle. Certains écrivent qu’« un déficit dans les finances a été la cause de la révolution ; creusez plus bas et vous trouverez un déficit dans les principes de l’ordre social. » De même, la Restauration royale de 1815 1830 ne fut que "la restauration de la révolution" à partir du moment où elle validait des principes révolutionnaires comme l’existence d’une constitution ( la Charte) et l’élection des responsables politiques.

Pour De Bonald, les classes sociales créées par Dieu sont étanches et ont des fonctions dont elles ne doivent pas sortir. Pour lui, la Révolution a gagné le jour où le roi a laissé les députés des trois Ordres se réunir ensemble « Dès que ... les trois ordres de l’Etat ont été réunis en une seule assemblée, la révolution a été consommée »

De vieille famille noble ayant conservé ses droits féodaux, il ne peut accepter ni la suppression des privilèges, ni l’idée d’une constitution limitant les pouvoirs du roi, lieutenant de Dieu en France. Selon lui, la destination de chaque homme « est d’acquérir l’indépendance de la propriété par le travail, l’ordre et l’économie ». Il ne peut toucher à la pyramide politique, économique et sociale créée par Dieu passant par les seigneurs et le Roi tout en haut. " L’homme ne peut pas plus donner une constitution à la société religieuse ou politique, qu’il ne peut donner la pesanteur aux corps ou l’étendue à la matière. »

Louis de Bonald se bat pour maintenir à la religion catholique le rôle de l’Eglise dans la féodalité, c’est à dire une institution sociale par laquelle passe la vie quotidienne et la vie intellectuelle.

Pour lui, "les révolutions sont les maladies du corps politique".

Quel est le microbe à l’origine de la Révolution française « vaste naufrage dans lequel religion, morale, Etat, familles, lois et moeurs, corps et biens, tout a péri » ? les philosophies de la Renaissance au 16ème siècle (protestantisme), du gallicanisme au 17ème, des Lumières au 18ème siècle (Voltaire, Rousseau...).

Qu’aurait-il fallu faire pour éviter la révolution ? que le Roi ne cède sur rien. « Le pouvoir conservateur, égaré par des suggestions perfides... a cru des changements nécessaires ; or, des changements faits par des hommes dans une société constituée sont des révolutions »

Louis de Bonald constitue un fondateur du pré-fascisme par la priorité donnée à l’Ordre hiérarchique, par le refus de la démocratie, par le décadentisme (tout va de plus en plus mal depuis la fin de la féodalité). « La France république serait la fin de l’Europe monarchique. L’Europe république serait la fin de la civilisation, de la religion, de la politique, la fin de la société, la fin de tout. »

Louis de Bonald, père de la droite aveyronnaise et fondateur du pré-fascisme

2) Charles MAURRAS (1868-1952, animateur du parti Action française

Maurras est caractérisé comme fasciste par plusieurs historiens spécialistes du fascisme

Le désaccord fondamental de Maurras vis à vis de cette Révolution, c’est le refus de la démocratie et de la souveraineté populaire : « Nous prenons le ciel à témoin de la vivacité de notre haine pour la démocratie et pour le principe, absolument faux, de la souveraineté du nombre » (1906).

Extraits des Réflexions sur la Révolution de 1789, publié en 1948

« Si j’étais assez ennemi de mon pays pour être républicain, ce n’est pas au 14 juillet que je voudrais fêter l’anniversaire de notre plus mémorable tentative de suicide. L’esprit de la Révolution n’a donné sa mesure que le jour de la mort du roi, et, quand on jette un coup d’oeil sur la liste des régicides, quand on se rend compte de leurs votes antérieurs, on voit que pour les plus illustres, le crime du 21 janvier couronnait un long édifice de crimes. [...]

En détruisant l’organisation religieuse, territoriale et professionnelle, les traditions de la race, les acquisitions de l’histoire, ils ont saccagé tout l’avoir national. [...]

C’est dès le 23 juin 1789 que la vieille France a commencé de périr, quand elle s’est laissé imposer le vote par tête au lieu du seul vote normal, celui qui se faisait par groupes d’intérêt et par corps d’Etat. [...]

Identifiée au génie des ruines, la Révolution sera mise hors la loi de l’histoire. [...] La Révolution a partout échoué. Qui nous parle de tradition révolutionnaire ? Profondément, il n’y en a pas. »

3) Benito Mussolini

Le 7avril 1926, Mussolini résume dans un discours la contradiction fondamentale entre le fascisme et la Révolution française : « Nous représentons l’antithèse des immortels principes de 1789 ». Dans son livre de 1933 "Le fascisme, doctrine et institutions", il affirme que le fascisme est la réaction contre « le mouvement des illuminés du XVIIIesiècle et de l’Encyclopédie ». Révélant la véritable nature du fascisme (comme du nazisme) qui prône l’obscurantisme, le Duce dans un discours du 24 octobre 1922 déclare : « Le siècle du fascisme verra la fin du travail intellectuel, de ces intellectuels qui sont inféconds et qui sont une menace pour la nation ».Citons encore cet extrait d’un article de Mussolini pour l’Encyclopédie fasciste : « Le fascisme est hostile à toutes les abstractions, individualistes, à base matérialiste, genre XIXesiècle ; c’est pourquoi aussi il est contraire à toutes les utopies et les innovations jacobines. Il ne croit pas à la possibilité du “bonheur” sur la terre, comme le voulait la littérature des économistes du XVIIIesiècle ».

Du point de vue idéologique, les similitudes entre Bonald, Maurras et Mussolini sont évidentes :

- Ordre « L’État ... doit être fort ; le gouvernement ... a le devoir de se défendre parce qu’il défend aussi la nation contre tout travail de désintégration, la collaboration des classes, le respect de la religion, l’exaltation de toutes les énergies nationales ... »

- Opposition à la démocratie « Et j’en arrive, messieurs, au dégonflement de la plus prétentieuse vessie de toutes les oppositions : je parle de la Liberté ... La Liberté n’est pas un concept absolu ... La liberté n’est pas un droit : c’est un devoir... Lorsqu’une nation est engagée comme l’Italie d’hier et d’aujourd’hui, lorsqu’il est question pour elle de vie ou de mort, est-ce que vous allez encore suivre vos dangereuses chimères ? Je dis que non... »

- La Force comme fondement du droit et du consentement populaire « L’on me dit que je gouverne au moyen de la Force. Mais tous les gouvernements qui sont forts gouvernent par la Force. Du reste la Force implique l’assentiment. Il n’y a pas de force sans un consentement, et le consentement n’existe pas sans la force... »

4) Le nazisme : Rosenberg

Dès sa vie bohême à Vienne, Hitler baigne dans un nationalisme pangermanique construit sur une haine de la Révolution française.

En antisémite systématique, Alfred Rosenberg, idéologue du nazisme, lie cette époque à l’émancipation des Juifs. Il écrit en 1921 : « L’année 1789 signifie pour nous tous l’affranchissement des juifs, c’est l’heure de la naissance de l’esprit destructeur dans la culture européenne ». “Le seul auquel la Révolution ait profité est le juif. Tout vient du juif, tout revient au juif”

Rosenberg vitupère violemment contre la devise Liberté, Égalité, Fraternité « Ces mots, paroles incendiaires, n’ont jamais manqué d’agir sur les masses ; néanmoins avec leur fond confus, ils ont accumulé désastre sur désastre... L’Égalité ! Ceci n’est autre chose que l’appel à tous les sentiments grossiers des hommes ».

Il voit dans les victoires fascistes en Europe l’éradication des traces laissées par la Révolution française « La Révolution de 1789 est morte ; elle n’aura été qu’une explosion sans pensée créatrice et c’est pourquoi nous assistons aujourd’hui à sa décomposition ».

5) Le pétainisme défini comme fossoyeur de la Révolution française

Parmi les nombreux textes des vychistes, en voici un « Pour le maréchal et ses partisans il importe de procéder à une réaction contre l’œuvre de 1789 ou contre celle accomplie depuis, c’est-à-dire contre tout ce qui a été lait depuis l’époque où il y a eu “maldonne”, où la France s’est engagée dans une fausse voie. Il ne s’agit pas de revenir à Poincaré, à Méline ou à Guizot, mais à une époque où Jean-Jacques Rousseau n’avait pas encore répandu ses nocives conceptions, Vichy se propose donc de contester et si possible d’abolir ce qui dans nos lois et mœurs politiques vient de 1789 » (Olivier Wormser, ambassadeur, dans son livre "Aux origines doctrinales de la Révolution nationale",

1 au 11 juillet 1940 : Cléricalisme et fascisme pétainiste, satisfaits de la victoire nazie, vomissent laïcité, République et syndicalisme


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