Les peuples ne font plus confiance à leurs gouvernants : Les raisons du rejet et de la colère.

vendredi 1er mars 2019.
 

Bon nombre de Gilets jaunes s’indignent du salaire élevé des parlementaires, de certains hauts fonctionnaires et des membres du gouvernement.

On peut évidemment sourire de cette indignation puisque la totalité des revenus versés par l’État aux gouvernants s’élève à seulement 0,1 % des dépenses publiques. Mais en réalité, ce qu’il faut comprendre dans cette indignation c’est l’inégalité considérable de revenus entre de nombreux salariés qui gagnent jusqu’à 1500 € mensuels et la hauteur des revenus versés aux gouvernants.

Mais ce n’est pas tout : derrière le caractère jugé excessif de ces revenus se profile l’ombre d’une corruption par l’argent et le pouvoir récompensant les services rendus aux puissances de l’argent.

Bonne analyse globale de Christian Picquet dans l’article :

Les peuples ne font plus confiance à leurs gouvernants nationaux et encore moins à l’Europe (lundi 21 janvier 2019)

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Néanmoins deux questions de fond ne sont pas abordées et qui expliquent la perte de confiance des peuples envers leurs gouvernants.

1) des campagnes électorales pipées, des institutions inadaptées qui ne permettent pas au peuple d’être réellement représenté (sociologiquement et politiquement) dans les instances institutionnelles.

Je ne reviendrai pas sur ce point que j’ai développé dans l’article :

La crise de la représentation politique : une analyse globale de ses causes. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

2) Une corruption structurelle qui ne dit pas son nom.

Comment expliquer, par exemple, que le gouvernement maintient sa décision sur le CICE qui coûte plus de 40 milliards au Trésor public, alors que des études indépendantes réalisées par des économistes utilisant des méthodologies différentes, ont montré l’inefficacité du CICE pour créer des emplois et relancer l’activité ?

Pourquoi une telle persévérance dans l’erreur ?

L’explication la plus souvent avancée et l’aveuglement idéologique des décideurs politiques libéraux voire même une sorte de « biais cognitif » dont ils seraient victimes.

Cette explication qui ne peut être écartée à 100 % n’est pas satisfaisante car cela supposerait que tous ces décideurs sont des imbéciles pour ne pas dire débiles.

En réalité, ils savent très bien que ce type de mesure économique est quasi inefficace. Leurs préoccupation n’est pas de créer de l’emploi, de satisfaire l’intérêt général mais de satisfaire les intérêts d’une caste financière dominante, en l’occurrence en augmentant ses taux de marge. Ces représentants politiques sont reliés à cette caste par différents réseaux dont en particulier les think tanks libéraux..

Cette caste leur permet d’utiliser largement les médias à leur profit , de financer leurs partis et de pouvoir ainsi accéder au pouvoir en occupant majoritairement toutes les places institutionnelles.

L’appareil idéologique médiatique que Mélenchon appelle « le parti médiatique » leur permet non seulement d’accéder au pouvoir mais aussi de le conserver malgré les politiques calamiteuses mises en place.

Il s’agit donc en réalité d’une forme de corruption par le pouvoir et par l’argent qui ne dit pas son nom puisqu’elle est légale (du moins jusqu’à un certain point) !

Cette connivence entre multinationales et décideurs politiques qui a fait l’objet de plusieurs ouvrages, apparaît quelque peu dans la sphère publique lors de la mise en évidence par des journalistes d’investigation du laxisme de ces responsables politiques face à différentes « dérives » de multinationales remettant en cause la santé publique et la protection de l’environnement.

Or un nombre croissant de citoyens devient conscient de cette situation de corruption qui ne dit pas son nom. Ils prennent conscience de cette connivence entre les gens qu’ils ont élus et ces puissances de l’argent, prise de conscience qui peut prendre des formes variées. Nombreux réalisent que cette connivence se fait à l’encontre de leurs intérêts (matériels et moraux) et est responsable de la détérioration de leurs conditions de vie.

Nous avons pris ici l’exemple du CICE mais on aurait pu en prendre d’autres.

C’est la conjonction de ces deux facteurs qui explique le rejet croissant des gouvernants par les peuples dans différents pays.

Les responsables politiques n’ont qu’une fonction de gestionnaires et de comptable : gérer la part de la valeur ajoutée décidée par la grande bourgeoisie à la population active principalement salariée. On comprend ainsi que l’ENA constitue un vivier pour accomplir ce genre de travail de plomberie.

On comprend ainsi dans un contexte aussi détérioré que seule la convocation d’une assemblée constituante et la mise en place d’une sixième république au service de l’intérêt général renouvelant la quasi-totalité du personnel politique devient une nécessité.

Il est donc probable que le mouvement des Gilets jaunes aura un effet contagieux au niveau international.

Hervé Debonrivage


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