Les médias et la réalité : UNE QUESTION TRES SENSIBLE

vendredi 7 février 2014.
 

Une des questions les plus sensible de cette campagne électorale et de la vie démocratique de notre pays en général est le comportement des médias et leurs rapports à la réalité. La plupart des gens se méfient à juste titre de ce qui leur est raconté par les médias. Mais ce n’est pas suffisant de se méfier pour se protéger quand la meute médiatique entre en campagne sur un thème. Nul ne peut espérer sortir indemne...

La mauvaise habitude de mentir et de truquer se répand sans entrave. Certains croyaient par exemple avoir affaire à un cas isolé quand « Libération » avait publié une page bidon sur l’anti sémitisme de Chavez. Libération ne prit aucune sanction. Le procédé fut donc autorisé. « Libération » est donc de nouveau pris la main dans le sac par le blog de Benoît Hamon (lefil.blogs.com/benoithamon), député européen de mon département. Quelle affaire ! « Libération » a cette fois ci publié une réponse anti française, tronquée de Martin Schulz le président (allemand) du groupe socialiste au parlement européen.

Au terme de ce trucage, dans l’édition du 26 janvier de "Libération", Quatremer pose la question suivante, d’ailleurs très orientée : " si la France vote une deuxième fois "non" en 2009, l’Europe peut-elle continuer sans la France ?" Martin Schulz, aurait répondu : « s’il y a un deuxième non après que toute l’Europe a essayé de trouver des compromis avec la France, la question de l’appartenance de la France à l’Union sera posée ».

Benoît Hamon raconte : « Plusieurs d’entre nous, parlementaires européens, responsables du PS, avions décidé de rendre publique notre désaccord total avec le fond et la méthode des propos de Martin Schulz. En effet qu’un dirigeant européen de son statut, en outre responsable politique allemand de premier plan, puisse envisager l’Union européenne sans la France, au détour d’une interview de bas de page dans Libé, et ceci au coeur de la compagne présidentielle, était à nos yeux, aussi stupéfiant qu’absurde. Il n’y a pas d’Union Européenne possible au sens d’union politique sans la France ou l’Allemagne.

Pourtant, lundi, Martin Schulz, anticipant notre réaction, nous a fait parvenir le rectificatif suivant :« Libération a publié une interview de Martin Schulz dans son édition du 26 janvier 2001 qui lui attribue une citation tronquée qui ne correspond en aucune manière à l’enregistrement sonore. A la question "si la France vote une deuxième fois "non" en 2009, l’Europe peut-elle continuer sans la France ?", Martin Schulz a répondu au journaliste : " ....(Si) un gouvernement socialiste mené par Ségolène Royal trouve un accord avec les autres Etats membres en Europe et n’arrive pas à gagner, pour ce compromis, le peuple français, alors il faut donc poser une question : est-ce que le peuple français ne veut plus du gouvernement ou de l’Europe. Si pour la deuxième fois après que le gouvernement de la France a dit oui, le peuple dit non, ce ne sera pas seulement une crise pour l’Europe cela sera une crise pour la France car un gouvernement français qui trouve des compromis avec ses partenaires et ensuite est puni encore une fois pour ça, c’est inimaginable".

« Ce rectificatif m’inspire un commentaire, écrit Benoit Hamon . Si la citation publiée dans « Libération » procède d’un raccourci dont le journaliste est le seul responsable, c’est édifiant. Je ne commenterai pas davantage. Les lecteurs de « Libération » s’en chargent déjà, hélas, en préférant d’autres lectures quotidiennes. Enfin, si je devais exprimer un souhait, ce serait que Martin Schulz publie ce démenti dans les colonnes de Libération, manière de clore cet épisode malheureux ».

Bien sûr, Martin Schulz est un bon client pour le marionnettiste Quatremer dans la mesure où il est profondément engagé dans la coalition des pays partisans du « oui » pour rétablir la soi-disant Constitution. D’ailleurs les pays de l’axe anti français et néerlandais comptent un nombre significatif de sociaux démocrates qui se battent l’œil de leur devoir internationaliste. De toutes façons on chercherait en vain la trace d’une prise de position des géants de l’internationalisme socialiste français alors même qu’ils exercent de très hautes fonctions honorifiques dans le PSE et dans l’internationale socialiste.

Mais c’est une chose de travailler à cet axe déjà inacceptable et une autre bien plus grave de mettre dans la bouche d’un allemand des propos agressifs contre les français. Monsieur Quatremer, et ce genre de Bernard l’Hermite médiatique en général, ne comprennent rien à cela. Pour eux l’axe franco allemand est juste l’attelage chargé de traîner leurs élucubrations à bon port sous peine d’excommunications furieuses. Au lendemain du référendum comme pendant son déroulement Quatremer et July se rendirent odieux par leur mauvaise foi et leurs vindictes avant et après le résultat. Joffrin avait promis que ce genre de journalisme c’était fini avec le « nouveau Libération » qu’il dirige. On voit ce qu’il en est.

De tous côté on ressent la même ambiance étrange en lisant beaucoup de ce qu’on nous donne à lire, le même sentiment d’être manipulé.. Un sondage publié par la TNS-Sofres-Unilog, groupe Logica CMG (ça c’est un nom de communicant !) attribue à Ségolène Royal 26% des intentions de vote. Aussitôt, le Figaro, qui a commandé ce sondage, surligne la baisse de la candidate socialiste (-5%). C’est même la une du journal ! Mais dans le même temps, Sarkosy perd trois points. Deux lignes évacuent cette information avec une délicatesse de libellule. Et pas la peine de compter sur "Libération" pour en faire sa une... « Le Figaro » brode aussi sur la « régression » de Le Pen ! Thèse Sarkosienne ordinaire. Mais quelle baisse ? 0,5% ! Sachant que la marge d’erreur potentielle admise par tous ces grands sondeurs est de deux points on comprend qu’une baisse d’un demi point à autant de valeur qu’une interview de Quatremer.

Dans "Le Figaro", la Sofres démontre que la candidature « Bové n’est pas une bonne nouvelle pour Royal ». Dans « Libération », un sondage CSA nous apprend que Ségolène Royal obtient un point de plus (27%) quand Bové est candidat. Que croire quand on apprend à penser à partir des sondages comme vous le recommande la machine a penser pour vous ? Ne vaut il pas mieux penser par soi-même, peser et soupeser en raison ? Oui mais comment ? Ce ne sont pas les rubricards qui vous y aideront.

Le livre d’Antoine Perraud (un ancien de "Télérama") « la barbarie journalistique » (Flammarion 16 euros) montre à partir de trois contre-enquêtes (Outreau, la pseudo affaire Baudis, et le pseudo attentat anti sémite du RER B) comment fonctionne la chaîne d’irresponsabilité meurtrière des confraternités de justiciers chez les journalistes. Le plus grave ce n’est pas seulement comment les gens à l’œuvre se sont entre épaulés pour faire monter la mayonnaise. C’est peut-être davantage encore quand toutes ces constructions calomnieuses se sont effondrées, comment les journalistes menteurs et truqueurs se sont couverts les uns les autres pour s’auto amnistier.

J’insiste sur ces question parce que la mauvaise foi, le corporatiste bestial, l’air du temps des salles de rédaction dominantes ne permettront jamais de rétablir le minimum auquel un peuple libre a droit de la part de ses médias. La question n’est pas seulement celle des personnes qui sont fières de faire ce genre de travail de décervelage anticivique, c’est celui du système qui rend possible, ou, pour mieux dire, qui conduit à cette abjection. Cela pose la question des moyens de lutte non seulement dans la période où la gauche est dans l’opposition mais dans celle où elle est au pouvoir.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message