Marx et la Nation

samedi 15 septembre 2018.
 

- B) Marx et la Nation. Remarques sur le texte de Didier Thévenieau (Jacques Serieys)

- A) Marx et la Nation. Article de Didier Thévenieau Co-secrétaire départemental PG de la Drôme

https://www.persee.fr/doc/homso_001...

B) Marx et la Nation. Remarques sur le texte de Didier Thévenieau (Jacques Serieys)

Cet article paru sur le journal numérique national du Parti de Gauche "Vie de Gauche" présente l’avantage d’aborder un angle de la pensée de Marx. Je félicite Didier Thévenieau car ce type de réflexion manque dans notre parti.

Je choisis donc de le mettre en ligne tout en l’accompagnant d’une contribution sur le sujet.sous forme de sept modestes remarques.

1) Didier Thévenieau fait montre dans cet article d’une morgue regrettable entre militants anticapitalistes « Au-delà des propos haineux d’une partie du NPA à l’égard du PG et de Jean-Luc Mélenchon (peut-être minoritaire mais bruyante), il est un point de philosophie politique qui semble échapper à celles et ceux qui n’ont lu Marx que dans les revues de leurs maîtres, et qui se refusent à penser en écartant toute idée qu’ils pourraient se tromper (fiers des résultats de leur stratégie certainement ? »).

Il est vrai que certains adhérents du NPA se laissent aller sur ce sujet à des dérapages plus anarchistes que trotskistes. Je regrette cependant cette morgue parce que nous aurons besoin de toutes les forces de la gauche du non de 2005 pour contrer l’offensive libérale atlantiste, privativiste, austéritaire et sécuritaire du capitalisme financier international dont les politiques nationales ne sont guère différentes aujourd’hui, que Nicolas Sarkozy ou François >Hollande soient au pouvoir.

B2) Cette arrogance est d’autant plus inopportune que Didier Thévenieau ne me paraît pas bien connaître le sujet. Il reproche à ceux qui professent « leur internationalisme contre la nation » de « répéter à l’envi cette phrase du Manifeste : "Les prolétaires n’ont pas de patrie". De là les courtes vues ont pris des positions figées et fausses » .

D’après lui, le contexte de cette phrase dans le Manifeste mérite d’être connu dans son intégralité pour ne pas commettre de contre-sens et suffit pour comprendre l’orientation de Marx concernant l’articulation entre patrie et internationalisme « On a reproché encore aux communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur ôter ce qu’ils n’ont pas. Sans doute le prolétariat doit tout d’abord conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale souveraine, et se constituer lui-même en nation ; et en ce sens il est encore attaché à une nationalité. Mais il ne l’est plus au sens de la bourgeoisie. »

Il est vrai que ce contexte des quelques mots Les ouvriers n’ont pas de patrie mérite d’être connu. Ceci dit, ce passage ne peut résumer l’intégralité des positions définies par Marx sur le sujet.

B3) Le Manifeste communiste lui-même mérite un retour critique sur ce point. Il est publié en février 1848 à un moment où l’importance des aspirations nationales est déjà évidente, de l’Italie à la Hongrie, de l’Allemagne à l’Irlande ; le printemps des peuples s’apprête à éclater.

Or, Marx passe à côté du phénomène en étalant une grande surestimation du rapport de forces des communistes en Europe « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. »

B4) Marx a construit son texte, non sur la réalité des luttes de la période mais autour d’un projet stratégique de clarification théorique et de rassemblement des prolétaires "lutte de classes" à l’échelle internationale. La phrase clé du Manifeste n’est pas "Les ouvriers n’ont pas de patrie" mais ses derniers mots mis en majuscules « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

Sur le fond, ce projet stratégique est plus internationaliste que "national" même si la lutte des communistes dans chaque Etat vise la conquête du pouvoir "national".

Sur le fond, ce projet stratégique a permis une éducation internationaliste juste et utile par exemple pour dénoncer le colonialisme et ses exactions, pour dénoncer les guerres impérialistes et leurs hécatombes.

B5) A trop vouloir prouver, il arrive souvent que l’on se trompe. Ainsi, Didier Thévenieau fait des écrits de Karl Marx concernant la nation « l’essence même du marxisme ». Il se trompe. La question de la nation constitue plutôt un angle théorique non analysé de façon approfondie par lui.

Quiconque a lu les textes de Marx sait qu’ils ne constituent absolument pas une science politique complète. Ils apportent une méthode, une certaine cohérence dans sa conception du monde, dans son analyse du capitalisme et pour une stratégie anticapitaliste. C’est déjà beaucoup mais il serait erroné de leur demander plus.

Les dirigeants et théoriciens socialistes marxiens postérieurs à Marx n’ont d’ailleurs pu se revendiquer de sa pensée et se sont divisés sur ce sujet.

B6) Je ne peux dans ce court article traiter de sujets aussi importants :

- que le concept de nation et les bêtises signées par Staline sur le sujet.

- que la question des minorités nationales et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Un retour sur les débats entre Otto Bauer et Kautsky, entre Lénine et Rosa Luxembourg me paraît également plus utile qu’une exégèse du Manifeste.

Dans ses Notes critiques sur la question nationale, Lénine donne une orientation intéressante à discuter "Le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et, compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais, pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a progressif dans ces mouvements... "

B7) Personnellement, je me suis toujours réclamé à la fois de l’internationalisme, du drapeau rouge et d’une tradition "république sociale" spécifique à notre pays.

Le drapeau rouge, drapeau ouvrier, étendard d’espérance humaine

Marseillaise, drapeau et Nation dans la campagne des présidentielles 2007 (Sarkozy, Royal, Besancenot)

24 octobre 1790 : la révolution française adopte le drapeau tricolore

15 février 1794 : le drapeau bleu, blanc, rouge devient l’emblème national français

1er février 1879 : L’Assemblée Nationale fait de la Marseillaise l’hymne national

La Marseillaise (grand film de Renoir)

La Marseillaise, chant révolutionnaire

Jacques Serieys, 7 avril 2013

A) Marx et la Nation. Article de Didier Thévenieau Co-secrétaire départemental PG de la Drôme

Source : http://www.lepartidegauche.fr/viede...

Je n’ai ni le goût, ni le temps de faire des concours de vitesse avec des statues mais en ce jour de Pâques, le son des cloches est trop fort pour ne pas avoir envie de ramener ici, le silence de la pensée nécessaire à toute humanité.

Au-delà des propos haineux d’une partie du NPA à l’égard du PG et de Jean-Luc Mélenchon (peut-être minoritaire mais bruyante), il est un point de philosophie politique qui semble échapper à celles et ceux qui n’ont lu Marx que dans les revues de leurs maîtres, et qui se refusent à penser en écartant toute idée qu’ils pourraient se tromper (fiers des résultats de leur stratégie certainement ?). Ce questionnement c’est celui qui cherche à comprendre les liens entre Marx et la Nation. Et à ne lire que des fragments, on en oublie l’essence même du marxisme.

Souvent est répétée à l’envie cette phrase du Manifeste : "Les prolétaires n’ont pas de patrie". De là les courtes vues ont pris des positions figées et fausses, d’un côté en imposant leur anarchisme ou leur internationalisme contre la nation, et de l’autre en dénonçant les marxistes comme des traîtres à la patrie. Le problème, c’est que cette phrase est instrumentalisée des deux côtés.

Si on peut comprendre ce détournement malhonnête du côté des nationalistes et capitalistes patriotiques, on a du mal à l’admettre aujourd’hui chez celles et ceux qui se réclament de la lutte des classes et qui l’affaiblissent en ne luttant que contre eux-mêmes.

Quand Marx et Engels écrivent cette phrase, ils veulent justement dénoncer la classe dominante qui ne permet pas à la classe ouvrière d’avoir une place dans la nation. En aucun cas ils nient l’idée de nation, et jamais ils ne disent que les prolétaires ne doivent pas avoir de patrie ! Au contraire, le prolétariat doit "conquérir la nationalité" et "conquérir la démocratie." La classe ouvrière doit se constituer en nation sans se laisser réduire au nationalisme bourgeois (ce que tente de faire une partie du NPA aujourd’hui), ni se laisser impressionner par l’idée patriotique du capitalisme assassin. Le prolétariat doit refonder la nationalité.

Ce fragments : « les ouvriers n’ont pas de patrie », n’est pas une thèse défendue par Marx mais une dénonciation de la classe dominante qui prive la classe ouvrière de patrie pour la dominer encore. Celles et ceux qui s’en revendiquent vont donc contre Marx qui la condamne.

La phrase exacte du Manifeste communiste est : "On a reproché encore aux communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur ôter ce qu’ils n’ont pas. Sans doute le prolétariat doit tout d’abord conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale souveraine, et se constituer lui-même en nation ; et en ce sens il est encore attaché à une nationalité. Mais il ne l’est plus au sens de la bourgeoisie. »

Dans le même Manifeste, Marx et Engels expliquent que les nations ainsi rendues aux peuples ne pourront que tomber d’accord pour s’entendre. C’est dans cette conscience de « classe nationale souveraine » que les individus se libéreront de l’exploitation : « Une action combinée, au moins des peuples les plus civilisés, est une des conditions de la libération. Dans la mesure où l’exploitation de l’individu par un autre individu sera abolie, l’exploitation d’une nation par une autre le sera également. Avec l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, disparaîtra l’hostilité réciproque des nations... »

Les insulteurs du NPA essaient de penser l’internationalisme sans la nation et nous reprochent notre incohérence et notre traîtrise... Si Marx entendait ça !


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