Le libéralisme déclare la guerre au genre humain

vendredi 12 janvier 2018.
 

- Chez Albany, près de Limoges, les machines remplacent les salariés pour faire encore plus de profit. Généralisée, cette logique est une véritable déclaration de guerre aux salariés par les détenteurs d’actions.

- Pour visionner la vidéo de Robert Mascarell (PG 12) sur ce sujet, cliquer sur l’adresse URL ci-dessous.

http://www.youtube.com/watch?v=696M...

Albany  : « patron voyou » et conflit d’intérêts

Après avoir formellement renoncé à fermer le site de Saint-Junien en 2012, la direction du groupe américain persiste à vouloir supprimer 200 emplois, malgré de forts bénéfices. 
Le syndicat CGT s’interroge sur 
le rôle de Bercy.

L’affaire avait éclaté en février 2012. Au cœur d’une campagne présidentielle placée sous le signe du made in France, la direction du groupe américain de textile Albany (toiles de très haute technicité) annonçait sa décision de fermer son site de Saint-Junien (Haute-Vienne), malgré un bénéfice net de 4 millions d’euros. Un mois plus tard, sous la pression d’une opinion publique choquée et de salariés mobilisés, le patron de la branche européenne du groupe, Daniel Halftermeyer, fait marche arrière  : « Le projet n’est plus d’actualité. » Répit de courte durée. En septembre dernier, le groupe déclare envisager de transférer 30 % à 40 % de la production vers ses usines nord-américaines et asiatiques. En octobre, Daniel Halftermeyer confirme aux salariés qu’un plan de licenciements accompagnera ce transfert.

L’arbitrage du ministère jugé nécessaire

Avec la CGT, les élus locaux en appellent à l’arbitrage de Bercy. Ils ne manquent pas d’arguments  : le site est bénéficiaire, le secteur compétitif. Aucune raison apparente, donc, de le sacrifier. Mais le 18 décembre, lors d’une table ronde à Bercy, ils font une révélation  : depuis 2006, soit bien avant le premier coup de tonnerre social à Saint-Junien, la direction d’Albany a engagé avec le groupe Safran un partenariat qui doit permettre l’émergence d’ici à 2014, date annoncée… des premiers licenciements chez Albany, d’un pôle industriel commun, à Commercy (Meuse). Un projet pour lequel la puissance publique met la main à la poche  : le 26 septembre dernier, le département de la Meuse a voté une dotation de 200 000 euros au groupe Safran. La direction d’Albany explique alors que la double opération serait blanche  : des reclassements seront proposés aux salariés de Saint-Junien sur le site de Commercy, distant de plus de 600 kilomètres…

Ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg se montre ferme. «  Il a dit que l’État refusait de financer d’une part un plan social et d’autre part l’émergence d’un pôle industriel. Pour lui, il fallait suspendre le dossier Commercy  », se souvient Christophe Sardin, élu CGT de l’usine de Saint-Junien. Selon le maire de Saint-Junien, le ministère a «  promis de bloquer 6 millions d’aide d’État destinés à Safran (dont l’État est actionnaire – NDLR), si cet argent devait servir à financer la destruction de 200 emplois  ». Cela n’empêche pourtant pas le groupe Albany de réaffirmer, en janvier 2013, son intention de supprimer 200 emplois sur ses sites de Saint-Junien et de Sélestat. Les salariés misent alors sur la tenue d’une nouvelle table ronde à Bercy, le 30 janvier. Mais la déception est au rendez-vous. Cinq jours avant, Safran a fait l’acquisition d’un terrain à Commercy. Les salariés constatent donc que le groupe, imperturbable, continue de déployer son plan. Le ministre, lui, «  a changé de comportement  », note Christophe Sardin. «  Il nous a expliqué qu’il fallait obtenir le moins de licenciements possible. Nous nous sommes sentis lâchés  », souffle-t-il. Hasard  ?

Un conseiller de Bercy juge et partie ?

Les représentants syndicaux constatent ce jour-là la présence d’un nouveau conseiller auprès du ministre, présenté comme étant en charge de leur dossier. Un homme dont le CV est tout sauf anodin  : avant sa nomination, il a exercé au plus haut niveau chez Safran, assumant, notamment, de 2007 à 2012, un poste de directeur des ressources humaines. Comment croire qu’il ignorait le plan d’Albany alors qu’il occupait un poste stratégique chez son allié Safran  ? Ce conseiller peut-il être aujourd’hui juge et avoir été partie, s’interroge-t-on à Saint-Junien ? Impossible d’obtenir une réponse du côté du ministère, où le service communication se contente d’exprimer une «  satisfaction  » au motif qu’Albany va créer «  au moins 130 emplois à Commercy  ». Impossible également de s’entretenir avec un porte-parole d’Albany, la direction «  souhaite désormais réserver ses déclarations aux employés  ». Ceux-ci ne baissent pas pavillon. Ils reconnaissent l’intérêt du projet de Commercy, mais estiment que leur usine a les atouts pour que la direction mise aussi sur elle. Ce jeudi, lors d’un comité central d’entreprise, leurs représentants réitéreront leur objection  : comment justifier des suppressions d’emplois dans une société qui a atteint 103 % de ses objectifs commerciaux en 2012  ? Le 21 février, premier anniversaire de leur lutte, ils organiseront une grande manifestation à Saint-Junien.

Les épisodes de ce très mauvais feuilleton…

- 21 février 2012 : Albany décide de fermer 
le site de Saint-Junien (133 emplois).

- 3 mars 2012 : après deux semaines 
de lutte très médiatisée, la direction renonce, «  pour l’instant  », à son projet.

- 4 octobre 2012 : les salariés apprennent que la direction entend désormais supprimer 200 emplois, à Sélestat et Saint-Junien 
(75 postes, 60 % du personnel), alors que 
les bénéfices sont toujours au rendez-vous.

- 16 décembre 2012 : lors d’une première table ronde, Arnaud Montebourg promet que l’État ne financera pas, d’une part, la suppression d’emplois sur un site rentable, Saint-Junien, et, d’autre part, l’émergence d’un pôle industriel dans la Meuse.

- 23 janvier 2013  : Safran fait l’acquisition 
d’un terrain à Commercy, notamment grâce 
à des aides publiques.

- 30 janvier 2013  : lors de la dernière table ronde, Arnaud Montebourg demande aux salariés de s’accommoder du projet de la direction et de négocier le sauvetage d’un maximum d’emplois.

Julie Carnis, L’Humanité


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