2012 Sommet de la Terre à Rio = validation du droit capitaliste à saccager la planète

mercredi 24 juin 2020.
 

5) La déclaration finale de Rio+20 : pire qu’un échec !

La déclaration finale du sommet de la terre à Rio au mois de juin, intitulée «  L’avenir que nous voulons  » a été acceptée à l’unanimité, dans la mesure où il n’y avait pas de possibilité de s’y opposer, par les 193 pays membres de l’ONU.

Ce texte doit être ressenti comme une insulte par tous les êtres humains qui souffrent de la faim et de la misère, des dérèglements climatiques et écologiques qui créent déjà et surtout préparent des catastrophes, des crises économiques amenant chômage, précarité et austérité, des inégalités qui touchent particulièrement les femmes. Il crée la «  colère  » du Réseau Action Climat, qui regroupe quelque 600 ONG écologistes dans le monde.

Il y a fondamentalement trois raisons qui rendent ce texte insupportable  :

1. Cette déclaration ressasse sur 54 pages une somme de bonnes intentions qu’auraient ensemble les responsables gouvernementaux des Etats dominants du monde  :

«  Ainsi sommes-nous déterminés à affranchir d’urgence l’homme de la faim et de la pauvreté.  » (Thèse 2).

«  Nous réaffirmons également l’importance de la liberté, de la paix et de la sécurité, du respect de tous les droits de l’homme, y compris le droit au développement et le droit à un niveau de vie adéquat, notamment le droit à l’alimentation, l’état de droit, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ainsi que, plus généralement, notre engagement en faveur de sociétés justes et démocratiques aux fins du développement.  » (Thèse 8)

«  Nous insistons par conséquent sur le fait que la lutte contre les changements climatiques exige de prendre d’urgence des mesures ambitieuses  » (Thèse 25).

«  Nous soulignons que l’économie verte devrait contribuer à l’élimination de la pauvreté et à la croissance économique durable, améliorer l’intégration sociale et le bien-être de l’humanité, et créer des possibilités d’emploi et de travail décent pour tous, tout en préservant le bon fonctionnement des écosystèmes de la planète.  » (Thèse 56)

«  Nous réaffirmons qu’il importe d’associer plus étroitement et plus largement les pays en développement à la prise de décisions et au processus de normalisation internationaux dans le domaine économique  » (Thèse 92)

«  Nous recommandons d’intensifier la collaboration et la coopération aux niveaux national et international en vue de renforcer les systèmes de santé grâce à une augmentation des budgets consacrés à la santé. » (Thèse 143)

«  Nous réaffirmons que le changement climatique constitue l’un des plus grands défis de notre époque et nous sommes profondément inquiets de ce que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter à l’échelle mondiale. » (Thèse 190)

«  Nous reconnaissons que des changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment sont indispensables pour réaliser un développement durable à l’échelle mondiale. » (Thèse 224)

«  Nous réaffirmons qu’il importe d’établir des cibles précises et d’appliquer des mesures provisoires, selon le cas, pour augmenter substantiellement le nombre de femmes à des postes de responsabilité, en vue de parvenir à la parité. » (Thèse 237)

Il y a 54 pages exprimant toutes les bonnes intentions possibles. Ce monde merveilleux est à portée de main, il suffirait de concrétiser le développement durable. Pour que ce soit clair, ce terme « développement durable » qui résout tous les problèmes est mentionné 281 fois dans la déclaration, plus de 5 fois par page  !

Il faut remarquer que le concept d’économie verte, qui devait prendre la place du terme «  développement durable  » qui a quand même un peu perdu de sa crédibilité, a été un peu laissé sur la touche, limité à 19 thèses sur 283, et toujours accompagné de «  dans le contexte du développement durable et de l’élimination de la pauvreté  ». Ce sont les pays en développement qui s’y sont opposés, car ils y voyaient une limite à leur volonté de développement  !

Connaissant les politiques menées par la majorité des pays signataires, dont on peut clairement dire qu’elles ne vont pas dans le sens des bonnes résolutions annoncées, il est logique de se montrer fortement sceptiques, ce que la suite va démontrer.

2. Le titre RIO+20 n’a de sens que si un bilan des objectifs et résultats de RIO 92 est proposé. Cette exigence minimale d’un fonctionnement intellectuel rigoureux a simplement été ignorée.

Pour réaliser les bonnes intentions évoquées au point précédent, il suffit, selon la déclaration, de poursuivre la politique menée depuis 20 ans, avec l’objectif du développement durable. Une exigence élémentaire mais fondamentale, lorsque l’on a défini une politique, c’est d’évaluer ses résultats, positifs ou négatifs, d’envisager d’éventuelles modifications. Ne pas respecter une telle évidence révèle une incompétence rare ou une véritable malhonnêteté, et c’est ce que se sont permis les Etats signataires  !

En effet, parmi les 283 thèses de la déclaration finale, aucune trace d’un bilan, après 20 ans, des objectifs définis par RIO 92. Il est bien mentionné, d’une manière très générale, que des progrès ont été réalisés, mais pas autant qu’il aurait fallu, sans que ces remarques aient un quelconque effet.

Cette absence d’un bilan, en contradiction avec le conclusions de Johannesburg 2002, n’est certainement pas un oubli, mais la conscience qu’un tel bilan remettrait en cause l’objectif politique de la majorité des gouvernements : la non remise en cause des systèmes économiques et politiques dominants dont ils sont les représentants. Et pourtant un début de bilan était à disposition, le rapport GEO-5, publié début juin par le PNUE. «  Si rien n’est fait pour inverser la tendance, les gouvernements devront assumer la responsabilité d’un niveau de dégradation et de répercussions sans précédent  », a déclaré Achim Steiner, directeur général du PNUE en le présentant. Manifestement, ce document n’a guère ému les participants à la conférence, même si l’on peut s’étonner du fait que ce document n’a été publié que 2 semaines avant la conférence.

Rio 92 a correspondu au lancement officiel du concept de développement durable, dont l’objectif est «  un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Cela implique une priorité pour satisfaire les besoins des plus démunis, donc l’élimination de la faim et de la pauvreté sur terre, et respecter la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.

La déclaration de RIO 92 l’exprimait sous la forme  :

PRINCIPE 1 Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature.

PRINCIPE 3 Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures.

PRINCIPE 4 Pour parvenir à un développement durable, la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément.

PRINCIPE 5 Tous les Etats et tous les peuples doivent coopérer à la tâche essentielle de l’élimination de la pauvreté.

PRINCIPE 7 Les Etats doivent coopérer dans un esprit de partenariat mondial en vue de conserver, de protéger et de rétablir la santé et l’intégrité de l’écosystème terrestre.

Comparons ces engagements avec la réalité actuelle.

La faim dans le monde  : Le nombre d’êtres humains souffrant de la faim sur terre a augmenté, passant de 850 millions en 1992 à 925 millions en 2012. Compte tenu de l’augmentation de la population, le pourcentage a diminué de 20 % à 16 %. 20 ans après RIO 92, il est insupportable que près d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim, alors que des richesses privées s’étalent avec arrogance.

La pauvreté dans le monde  : Le nombre d’extrêmement pauvres (moins de 1,25 $ par jour) est passé de 1,91 milliards d’êtres humains en 1992 à 1,290 milliards en 2008, ce qui correspond à un passage de 40,9 % de la population mondiale à 22,4 %. Cependant il me semble impossible de parler de succès, quand il reste 1 habitant sur 5 qui vit avec moins de 1,25 $ par jour, et 2,47 milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de 2 $ par jour, soit 43 % de la population mondiale.

La protection de l’environnement  : Sur cette question fondamentale pour l’humanité, l’échec est également patent. Un des indicateurs les plus significatifs est l’empreinte écologique, qui comptabilise la demande exercée par les hommes envers les «  services écologiques  » fournis par la nature, comparée à ce que la nature est capable de fournir. En 20 ans, cette empreinte a augmenté de 25 %. Si tout le monde consommait comme un Américain, il faudrait disposer de 5 planètes. La situation concernant le dérèglement climatique est tout autant inquiétante  : la concentration de CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 10 % entre 1992 et 2012, et surtout les émissions mondiales annuelles de ce gaz ont augmenté de 30 % dans la même période. La lutte contre le réchauffement est mal partie, et les échecs des conférences internationales récentes (Copenhague, Durban) augurent mal de l’avenir. Les autres aspects de l’environnement, biodiversité, pollutions, désertification, érosion des sols, ne se portent pas mieux.

L’aide aux pays «  en développement  »  : RIO 92 avait donné comme objectif qu’en 2000 l’aide provenant des pays développés atteindrait 0,7 % de leur PIB. Aujourd’hui cette aide est en moyenne inférieure à 0,4 %.

3. Manifestement le remède proposé en 1992 ne marche pas, et pourtant RIO+20 ne fait que proposer, en plus vague, le même remède.

Les constats ci-dessus sont absolument clairs : le développement durable a échoué. C’est même un constat que deux des responsables principaux du développement durable en France et en Angleterre, Dominique Bourg et Tim Jackson, ont reconnu.

La question se pose alors  : pourquoi un tel aveuglement face aux dangers qui menacent l’humanité  ? Pourquoi simplement reconduire une politique qui n’a pas, pendant 20 ans, permis de diminuer la faim dans le monde, qui n’a pas répondu à l’existence de l’extrême pauvreté, qui n’a pas freiné la dégradation catastrophique de notre environnement  ? Pourquoi se limiter à une déclaration truffée de bonnes intentions, mais absolument gratuites dans la mesure où il n’y a pas la moindre décision concrète et contraignante  ?

La raison en est simple. Les maux que l’on affirme vouloir combattre sont les conséquences nécessaires du système économique et politique qui domine la planète, le capitalisme. Ce système a basé sa survie sur l’exploitation des pays du Sud au travers de la dette, de l’échange inégal, aujourd’hui par l’accaparement des terres, la culture des agro-carburants, la spéculation sur les matières premières. Il a aussi basé sa survie sur une croissance forcenée qui détruit les équilibres écologiques. Le meilleur remède qui permet de guérir, c’est celui qui s’attaque aux causes de la maladie. Dans le cas présent, c’est de s’attaquer au capitalisme.

Mais peut-on attendre de ceux qui gouvernent le monde qu’ils s’attaquent au capitalisme, dont ils sont les représentants ? Donc ils jouent aux aveugles, et surtout ils veulent rendre les populations aveugles pour maintenir leur pouvoir.

RIO+20 se résume ainsi à une opération idéologique, mais la ficelle est un peu grosse, et la conscience que rien n’est fait pour répondre à des menaces qui pèsent sur le futur de l’humanité ne peut que se développer.

Michel Ducommun

* Paru en Suisse dans « solidaritéS » n° 214 (27/09/2012). http://www.solidarites.ch/journal/

4) L’économie verte, couplant richesses naturelles et marché, est le nouvel horizon du capitalisme

Par Geneviève Azam, membre du conseil scientifique d’Attac France

Le sommet de la Terre, vingt ans après celui de Rio de Janeiro en 1992, a concentré les impasses du monde présent et a abouti à un texte final qui, au-delà de quelques ouvertures potentielles, est une véritable régression.

Vingt ans après, Rio 1992 apparaît comme une enclave dans un monde qui se vouait aux politiques néolibérales. Avec le développement durable et la mise en place de trois conventions internationales, il signifiait une volonté d’engagement multilatéral pour traiter les dérèglements globaux de la planète. La déclaration de président des États-Unis à l’ouverture du sommet, George Bush père, selon laquelle le mode de vie américain n’était pas négociable, n’avait pas empêché la signature d’un texte qui signifiait un compromis social-démocrate.

Le développement durable devait engager les sociétés et les États à poursuivre des politiques pour la réduction de la pauvreté, le développement et la sauvegarde de la planète. Ce compromis s’inspirait, à l’échelle du monde, de celui des Trente Glorieuses dans les pays industriels. Il restait fondé sur l’idée que la croissance économique, désormais activée par la mondialisation, pourrait permettre la poursuite et l’extension du modèle de société occidental et du capitalisme.

Les politiques néolibérales ont rapidement emporté avec elles ces illusions social-démocrates  : la globalisation économique et financière, la concurrence internationale ont placé les lois de l’économie aux postes de commande. Le développement durable s’est trouvé réduit à la promotion d’une économie verte, censée par elle-même résoudre les problèmes de l’emploi, de la pauvreté, de la crise écologique.

Cette économie verte se voudrait le nouvel horizon du capitalisme  : le vert de l’économie exprime en effet la tentative de conquête d’un nouveau continent, celui des richesses naturelles et des services écosystémiques, qu’il s’agit d’inclure dans le cycle du capital.

La crise systémique que vivent les pays industriels anciens jointe aux choix des pays émergents, qui reproduisent à une échelle immense ce modèle productiviste, ont fait taire toute velléité multilatérale et toute possibilité d’une réglementation internationale fondée sur les limites de la planète, la redistribution des richesses, et la reconnaissance des droits humains fondamentaux. Le texte final renvoie au contraire la gestion des crises globales aux bons soins des politiques nationales.

Le droit humain à l’eau et à l’assainissement, reconnu par la résolution de l’assemblée générale des Nations unies en 2010, n’est pas repris. L’eau doit relever de la gestion nationale  ! Mais comme le nuage de Tchernobyl, l’eau coule et ne connaît pas les frontières  : quid du partage équitable des eaux transfrontalières et de la gestion de la ressource en eau par bassin versant, sachant que les 276 bassins transfrontaliers dans le monde hébergent 40 % de la population mondiale et représentent environ 60 % du débit d’eau douce mondiale  ?

Ce retour affirmé aux politiques nationales ne signifie en rien une relocalisation ou une «  déglobalisation  ». La place donnée aux transnationales regroupées dans le Global Compact, cité explicitement dans le texte comme partenaire essentiel, l’ode au libre-échange, la nécessaire inclusion dans les marchés mondiaux pour les millions de paysans qui meurent de faim, ne laisse aucune illusion  : la souveraineté nationale exprime seulement la latitude laissée aux États de se soumettre aux exigences des marchés, sans limites.

Enfin, le texte final fait de la croissance économique mondiale, citée près de trente fois, l’alfa et l’oméga de la sortie des crises. Pas un mot des limites des ressources et des nécessaires bifurcations et ruptures du modèle productiviste. Pas un mot des rapports scientifiques qui se succèdent pour sonner l’alerte.

L’ouverture du sommet par une mise en communication avec une navette spatiale et la célébration des exploits techniques était bien loin de 2001, l’Odyssée de l’espace, film culte de Stanley Kubrick qui montre comment la Terre est menacée par les machines «  intelligentes  » fabriquées par les humains.

Geneviève Azam

3) Cette conférence s’est tenue dans un monde de compétition économique brutale entre les blocs

Par Ronan Dantec, sénateur (EELV), porte-parole Climat de cités et gouvernements unis (CGLU)

Nous sortons de Rio sans obtenir d’accord entre pays développés et grands émergents. Aucune vision partagée sur ce que pourrait être une régulation des échanges, ni sur le chemin que pourrait prendre l’économie mondiale pour une convergence du développement entre le Nord et le Sud.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut rappeler une chose  : les Bric – le groupe Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – ne voulaient pas se voir imposer de contraintes sur leur propre croissance, actuellement très fragilisée. Ils se sont mis d’accord sur un texte minimal en ce sens. Trop heureux, les États-Unis ont suivi. L’Europe, elle, n’a pu que constater. Elle s’est retrouvée beaucoup plus isolée qu’à Durban. Cette fois, en raison de divergences internes, les pays africains ne l’ont pas totalement soutenue.

De plus, les Brésiliens ayant décidé de présenter un texte bouclé avant même qu’ait démarré le haut segment de discussions avec les chefs d’État, les rapports de forces de négociations n’ont pu s’installer.

Nous nous sommes retrouvés à Rio avec le même axe Bric, États-Unis, Canada, Australie, qu’à Copenhague. Ce sont bel et bien ces États qui sont responsables du texte qui en sort. Cette conférence s’est tenue dans un monde de compétition économique brutale entre les blocs. Les États ont été porteurs de cette idéologie, le Brésil en premier lieu, plus social-libéral qu’altermondialiste  !

Néanmoins, le principal intérêt de ce sommet est que, au-delà du constat d’impuissance, Rio dit l’inquiétude des États concernant la crise environnementale et la finitude de la planète. Il n’y a plus de climato-scepticisme ou de déni de réalité au sein de l’ONU. À travers les objectifs de développement durable (ODD), ils ont laissé la porte ouverte à un accord à terme. Ces ODD s’appuieront sur des engagements de l’ensemble des pays, et non pas uniquement des plus développés.

On se donne jusqu’à 2015 pour en définir le contenu, ce qui correspond exactement à l’agenda fixé à Durban pour achever l’accord mondial qui doit succéder au protocole de Kyoto et qui doit, là aussi, déboucher sur un accord contraignant, engageant tous les grands émetteurs de CO2, y compris les émergents.

Cette convergence des calendriers nous offre donc trois ans pour trouver un point d’équilibre pour l’économie mondiale. Cela me paraît une échéance raisonnable. En étant optimistes, on peut se dire que nous disposons à nouveau d’un temps de négociation suffisant pour déboucher sur des mesures crédibles.

Le renforcement du rôle du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) est lui aussi encourageant. Élargi à l’ensemble des États et à la société civile, il est en outre doté d’un financement pérenne. L’évolution de l’ancienne commission du développement durable de l’Ecosoc, transformée en forum, lui confère une place renforcée. Ce forum ministériel se déroulera désormais avant l’assemblée générale annuelle des Nations unies. Ce serait un lieu clé de la discussion avec un statut de «  participant  » pour les représentants des neuf groupes de la «  société civile  ».

Alors que les États ne sont plus à même de trouver ce fameux «  deal global  », de définir les étapes de la convergence entre les économies, la société civile est-elle à même de le faire  ? Elle ne le pourra qu’à condition de sortir d’une logique de lobbyisme sectoriel et d’opposition. Le but des négociations internationales est de trouver le point d’équilibre entre les blocs, pas de les faire basculer dans d’autres systèmes. Dans cette quête, les gouvernements locaux, unis au niveau mondial, ont une opportunité spécifique et une responsabilité singulière.

Notre légitimité démocratique, notre proximité avec les délégations nationales, notre culture commune née et nourrie dans l’action et la lutte contre les dégradations environnementales et les fractures sociales sur nos propres territoires sont uniques. Nous pouvons travailler à la recherche de ce point et le proposer aux États comme cadre de négociations, et jouer un rôle de facilitateurs en ce sens. Notre optimisme de combat se nourrit de cet horizon.

Ronan Dantec,

2) L’accord final du sommet de la Terre n’est rien d’autre qu’un permis de saccager la planète

Par Christian Berdot, vice-président des Amis de la Terre France

Le sommet des Nations unies pour le développement durable s’est clôturé vendredi dernier par un accord final qui ne propose rien pour s’attaquer aux crises sociales et écologiques qui secouent le monde. «  Notre maison brûle  », disait un président français, il y a dix ans. Aujourd’hui, les grandes entreprises mondiales comptent sur les braises pour faire un immense barbecue  ! Elles espèrent bien continuer à exploiter sans aucune limite les humains et la planète.

Nnimmo Bassey, président notre fédération internationale, l’a déjà constaté sans surprise  : les responsables politiques veulent nous faire croire, par un coup de baguette magique verte, que cet accord minimaliste scandaleux est une avancée, alors que c’est un permis de saccager la planète. C’est une coquille vide sur le plan politique, mais un superbe cadeau pour toutes ces grandes entreprises qui ont pris en otages les Nations unies, afin de mieux favoriser leurs intérêts économiques à court terme.

Ces vingt dernières années, on a surtout vu le développement durable des… multinationales et de leur emprise sur le cours du monde – aux dépens des peuples et des solutions souhaitables pour la planète. De grands groupes tels que Shell, Petrochina, Coca-Cola ou Monsanto se sont assuré, entre autres, le contrôle de l’ONU pour avancer leurs pions dans tous les domaines, notamment pour saper tout effort d’instaurer la justice économique, la justice sociale, la souveraineté alimentaire.

Un forum alternatif, le Sommet des peuples, s’est ouvert quelques jours avant le sommet officiel pour défendre les alternatives portées par les organisations et mouvements 
sociaux. Au total, 40 000 représentants y ont pris part chaque jour et 80 000 ont manifesté le 20 juin dans les rues de Rio. Pas assez pour peser  ? L’accord du sommet de Rio+20 a en effet superbement ignoré les demandes du Sommet des peuples. Seuls les intérêts des multinationales prévalent. L’accord prévoit ainsi que des pays puissent vendre leur «  capital naturel  » à de grandes entreprises internationales, sans le moindre règlement exigeant que ces entreprises puissent être tenues responsables des dégâts qu’elles causent. Certes, «  l’économie verte  » n’a pas percé autant que les industriels et les financiers l’auraient souhaité. C’est une petite lueur d’espoir dans un bilan très sombre, pour tous ceux qui se sont opposés avec force à cette nouvelle attaque frontale du monde des affaires contre notre monde naturel.

Notre système économique favorise des modes de production et de surconsommation extrêmement destructeurs. Il est responsable du désastre écologique et social que nous vivons. Alors que la situation exige des mesures très fortes, les acteurs financiers et industriels sont présentés comme faisant partie des solutions  ! Aucune mesure contraignante n’est prévue. Par contre, le marché réglera tous les problèmes et les affaires peuvent continuer et croître.

Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre France, conclut que «  lors de ce sommet, de nouveaux rapports de forces se sont dessinés entre pays émergents et anciennes puissances mondiales. Chacun essaie d’avancer ses pions économiques. Mais, pendant que les “dirigeants” du monde jouent à leur Monopoly planétaire, la Terre se dirige vers le gouffre  ».

La dégradation des écosystèmes mondiaux atteint aujourd’hui une ampleur sans précédent. Encore quelques sommets comme celui-ci, et ce sera Rio+20 °C  ! Face à des dirigeants qui ne voient le monde qu’à travers les intérêts de leurs grandes entreprises, les citoyens, les peuples doivent, plus que jamais, reprendre leur destin en main  !

Christian Berdot

1) De Rio plus 20 à Rio moins 20 (Parti de Gauche)

par Mathieu Agostini, secrétaire national à l’écologie du PG

À Rio de Janeiro se déroulait sous l’égide de l’ONU, du 20 au 22 juin derniers, et vingt ans après une première conférence, le nouveau Sommet international pour la Terre, dit de Rio+20. La Conférence de 1992 avait permis d’adopter un texte qui fut le point de départ de nombreux programmes internationaux et conventions. 110 chefs d’États et 178 pays y étaient représentés. En sont directement issus les programmes d’action « d’Agenda 21 », la déclaration sur l’environnement et le développement, celle sur les principes concernant les forêts, la convention cadre sur les changements climatiques qui aboutira au protocole de Kyoto, celle sur la diversité biologique, et enfin sur la lutte contre la désertification.

Quand les multinationales prennent les rênes

L’enjeu était de taille vingt ans après. La maison brûle et les responsables politiques avaient la responsabilité historique de mettre en place les outils et les mesures nécessaires pour lutter contre la catastrophe écologique. Deux questions étaient notamment à l’ordre du jour : la place de l’économie verte et la question du cadre institutionnel international pour le développement durable.

Le texte final justifie les attaques des mouvements sociaux contre lui. Car c’est un coup de théâtre auquel nous avons assisté pendant la Conférence internationale. Les travaux préparatoires avaient pris fin avec de nombreux désaccords, marquant des reculs très importants par rapport aux engagements internationaux déjà existants. À ce moment là, seul le Brésil, en tant qu’organisateur, avait les clefs en main pour proposer un nouveau texte de synthèse. Tout le monde attendait ce document pour le discuter avant l’arrivée des chefs d’États. Mais celui-ci, plutôt que d’être présenté aux pays de l’ONU l’a été … au G20 qui se réunissait en même temps au Mexique !

Cela a marqué un tournant dans les négociations. La totalité des revendications des lobbys industriels, pétroliers et financiers a alors été intégrée au texte et notamment celles du BASD (Business action for sustainable development) et du Pacte Mondial des entreprises.

Le cas de l’eau est emblématique : les États-Unis, le Canada, la Turquie, le Brésil et la Chine, ont tout fait pour que ne soit pas mentionné le droit universel de l’accès à l’eau. Le chapitre sur la sécurité alimentaire est lui aussi extrêmement inquiétant : la résolution de la crise alimentaire passera selon le texte par l’accès aux marchés et aux produits financiers. Le développement d’une agriculture paysanne et vivrière est à peine mentionné. C’est le secteur privé et la dérégulation qui joueront le rôle central afin « d’atteindre le développement durable » et les partenariats public-privé en seront un « important outil ». Plus globalement, c’est la prédominance donnée aux mécanismes de marché pour réguler l’environnement et allouer les ressources vers le développement durable qui est encore étendue. Ainsi les « nouvelles sources de financement » sont régulièrement évoquées comme dans le chapitre portant sur le changement climatique. On comprend facilement ce qu’il y a derrière : le marché carbone et les nouveaux actifs financiers et produits dérivés. C’est la financiarisation et la privatisation de l’environnement qui est mise en place.

L’économie verte sera capitaliste et productiviste

Une très grande partie de la discussion a donc tourné autour de la question de l’économie verte. Pour les mouvements sociaux, tout l’enjeu était d’atteindre une définition qui soit au service des peuples, de l’intérêt général et de la soutenabilité écologique. Si le rôle des ONG est reconnu, nous sommes, pour le reste, très loin du compte. Outre la financiarisation, les pays du Nord ont refusé les principes fondateurs de la déclaration de 1992 : principe de pollueurs-payeurs, responsabilité commune mais différenciée entre pays développés et pays en développement, principe de précaution. L’exploitation des ressources naturelles est consacrée comme un des moteurs de la croissance, de la prospérité économique de la planète et consacre le mode de production capitaliste.

Aucune mention ou prise en compte réelle n’est faite des conséquences des pénuries ou de l’extractivisme sur la santé des populations. Enfin, une place centrale est donnée à l’OMC et à la dérégulation des marchés, pendant que toutes les mesures de restrictions du libéralisme sont condamnées. À l’inverse, plus aucune référence à la justice sociale et environnementale n’est faite dans le texte et aucun engagement n’est pris sur les taxes sur les transactions financières ou sur l’énergie pour financer la transition vers des sociétés justes socialement et soutenables écologiquement.

Hollande aura beau regretter qu’il n’y ait pas eu tel ou tel élément, le fait qu’il salue une avancée montre à quel point il a fait siennes les exigences des entreprises. Le texte est limpide : l’économie verte est l’un des outils permettant le développement durable « au même titre que d’autres approches et visions » de nos modes de consommation et de production.

Au final, sans engagements prescriptifs, encore moins contraignants, sans dates réelles de mises en œuvre ou de moyens, rien dans ce texte n’est en mesure de donner satisfaction aux peuples qui avaient bataillé pour un changement radical de l’économie mondiale. L’idée de l’Organisation Mondiale de l’Environnement est repoussée et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement aura tout au plus des compétences élargies. Plus inquiétant encore est la place que prennent les entreprises et les lobbys financiers au sein de l’ONU. Beaucoup disent que les processus multilatéraux ont été enterrés avec ce Sommet pour la Terre qui a vu les accords particuliers d’État à État prendre le dessus. La Chine est allée jusqu’à profiter de sa présence au Brésil pour signer avec lui un accord stratégique de coopération sur l’exploitation énergétique et forestière.

La capitulation en règle des responsables politiques à laquelle nous avons assisté à Rio rend plus que jamais nécessaire une révolution citoyenne qui permette notamment de renverser les alliances actuelles pour donner toute sa place aux mouvements sociaux et écologiques. Le Parti de Gauche ne se reconnaît pas dans cet accord qui considère la Nature comme un capital à gérer et soutient, aux côtés des mouvements sociaux, les droits universels d’accès à l’eau, à la souveraineté alimentaire, la reconnaissance des droits sociaux pour tous, la nécessité de changer notre mode de production et une économie au service de l’Humain d’abord, et non assujettie aux logiques de profit.

Mathieu Agostini

Source : http://www.lepartidegauche.fr/actua...


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