« Deux principes divisent la France, le principe de la légitimité et celui de la souveraineté du peuple » Blanqui

mardi 28 février 2012.
 

Blanqui constate l’existence de trois intérêts :

Celui de la classe dite très élevée, celui de la classe moyenne ou bourgeoise, enfin celui du peuple... En 1814 et 1815, la classe bourgeoise fatiguée de Napoléon, surtout parce que la guerre... nuisait à sa tranquillité et empêchait le commerce d’aller, reçut les soldats étrangers en libérateurs et les Bourbons comme les envoyés de Dieu.

Aussi les Bourbons récompensèrent-ils la bourgeoisie « par la Charte ». Par le moyen de la Charte, la haute société et les grands propriétaires, d’une part, la classe moyenne, d’autre part, se partageaient entre elles le pouvoir. « Le peuple fut mis de côté. » « Privé de chefs », démoralisé par la défaite, il se taisait. La bourgeoisie a prêté son appui aux Bourbons jusqu’en 1825. Mais, par la suite, Charles X, se croyant assez fort sans les bourgeois voulut procéder à leur exclusion, comme on avait fait pour le peuple en 1815

La bourgeoisie devint furieuse.

Alors commença cette guerre de journaux et d’élections [menée par elle contre Charles X]. Mais les bourgeois combattaient au nom de la Charte, rien que pour la Charte... [Le peuple] restait spectateur silencieux de la querelle ; et chacun sait bien que ses intérêts ne comptaient pas dans les débats survenus entre ses oppresseurs... en voyant ses maîtres se disputer, il épiait en silence le moment de s’élancer sur le champ de bataille et de mettre les parties d’accord.

Lorsque, dans cette lutte entre la bourgeoisie et le gouvernement, la victoire commença à pencher vers la première, Charles X résolut de faire un coup d’État. Il décréta la dissolution de la Chambre des députés et menaça de se servir de la force armée. Les royalistes se montraient sûrs d’eux, et la bourgeoisie était prise de panique. Ni l’une, ni l’autre partie ne s’attendait à l’intervention du peuple.

Lorsque le peuple se dressa, réveillé d’un sommeil qui avait duré quinze ans, une frayeur plus grande encore saisit les bourgeois.

Au travers des débris, des flammes et de la fumée, sur le cadavre de la royauté, le peuple leur apparaît debout, debout comme un géant, le drapeau tricolore à la main ; ils demeurent frappés de stupeur...

D’abord, ils avaient redouté la victoire de Charles X et ils avaient tremblé devant ses conséquences. Ensuite, quand le peuple triompha, contre toute attente, les bourgeois furent stupéfaits.

Pendant ces jours où le peuple fut si grand, les bourgeois ont été ballottés entre deux peurs, celle de Charles X d’abord et celle des ouvriers ensuite.

Mais comment se fait-il qu’une révélation si soudaine et si redoutable de la force des masses soit demeurée stérile ?...

[Cette révolution] devait marquer la fin du régime exclusif de la bourgeoisie, ainsi que l’avènement des intérêts de la puissance populaire.

Comment « n’a-t-elle eu d’autre résultat que d’établir le despotisme de la classe moyenne » ? C’est que « le peuple n’a pas su profiter de sa victoire ».

Le combat fut si court que ses chefs naturels, ceux qui auraient donné cours à sa victoire, n’eurent pas le temps de sortir de la foule ! [Le peuple accordait sa confiance à ceux] qui avaient figuré en tête de la bourgeoisie dans la lutte parlementaire contre les Bourbons.

La victoire une fois remportée, le peuple rentra « dans ses ateliers » ; la bourgeoisie entra dans l’arène. N’osant, par crainte du peuple, rétablir Charles X, elle proclama roi un autre Bourbon.

La classe moyenne qui s’est cachée pendant le combat et qui l’a désapprouvé... a escamoté le fruit de la victoire remportée malgré elle. Le peuple, qui a tout fait, reste zéro comme devant. [Mais il est entré malgré tout sur la scène] il n’en a pas moins fait acte de maître... C’est désormais entre la classe moyenne et lui que va se livrer une guerre acharnée. Ce n’est plus entre les hautes classes et les bourgeois ; ceux-ci auront même besoin d’appeler à leur aide leurs anciens ennemis pour mieux lui résister, pour résister à l’offensive menaçante des prolétaires.

La peur du peuple, le désir de trouver un soutien dans l’aristocratie déterminent toute la politique du gouvernement de Louis-Philippe ; réactionnaire en toutes ses manifestations, ce gouvernement « copie la Restauration ».

« Deux principes divisent la France, le principe de la légitimité et celui de la souveraineté du peuple », déclare Blanqui, en conclusion de son aperçu historique. « Il n’y a pas de troisième drapeau, de terme moyen. »


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