5 juillet 1811 Miranda et Bolivar proclament l’indépendance du Vénézuéla

vendredi 14 septembre 2018.
 

Sous l’impulsion de Francisco de Miranda et de Simon Bolivar, le congrès vénézuélien, composé des représentants des sept provinces du pays réunis à Caracas, proclame le 5 juillet 1811 l’indépendance du Venezuela. En décembre 1811, une Constitution est votée. Le Venezuela est alors le premier pays du continent sud-américain à accéder à l’indépendance.

En 1800, la colonie forme avec Trinité-Orénoque et la Nouvelle Andalousie, la capitainerie générale du Venezuela. Sa capitale est Caracas. C’est alors une société métisse et très inégalitaire faites d’esclaves importés d’Afrique et de colons espagnols.

En 1806, Francisco de Miranda, un officier qui a combattu aux côtés des insurgés nord-américains puis des révolutionnaires français, tente une première insurrection pour créer une république continentale indépendante mais, battu, il doit s’exiler. Puis, lorsque les troupes de Napoléon occupent l’Espagne et renversent la monarchie légitime, en 1808, la colonie du Venezuela est amenée par la force des choses à se gouverner toute seule, sans en référer à Madrid. Le 19 avril 1810, la municipalité insurrectionnelle de Caracas enlève le pouvoir au capitaine général, le représentant officiel de Madrid. L’assemblée Suprême de Caracas met en place un pouvoir souverain et jette les bases de l’indépendance. Le jeune Simon Bolivar qui a juré à Rome en 1805 « de ne jamais laisser son âme en repos ni son bras tant que l’Amérique Hispanophone ne sera pas libre de la domination espagnole » est présent.

Mais à peine l’indépendance proclamée, les troupes espagnoles reconquièrent le pays en 1812. La première République est renversée, et les espagnols reprennent le pouvoir. Entrecoupée d’armistice, la guerre reprend et le Venezuela obtient son indépendance définitive par la victoire décisive de Carabobo le 24 juin 1821 ; Simon Bolivar entre en vainqueur à Caracas 29 juin 1824. Il poursuit son combat jusqu’en 1829 pour libérer la Colombie et fonder la République de Grande-Colombie (comprenant le Venezuela, l’Équateur, le Panamá et la Colombie). Le nom de Bolivar, el Libertador résonne depuis comme celui d’un héros en Amérique du Sud.

2) L’Amérique Latine est-elle en train de se débarrasser de la tutelle de Washington ?

La Celac (Communauté des États latino-américains et des Caraïbes) vient de naître à Caracas, sans les États-Unis. L’événement est vraiment historique. Le chantier de l’intégration continentale a franchi une nouvelle étape.

Deux cents ans après les proclamations d’indépendance, 33 pays, hétérogènes, réunis à Caracas les 2 et 3 décembre 2011 (presque tous leurs chefs d’État étaient présents), ont commencé à matérialiser le slogan « l’Amérique latine aux Américains » (du Sud), que le président Roosevelt lança au début du XXe siècle avec une tout autre signification  : l’Amérique (du Sud) aux Américains (du Nord). Certes, le chemin sera encore long vers une intégration sans la tutelle de Washington, mais les vents ont tourné.

La déclaration du sommet fondateur de Caracas fixe le but final du processus  : une « grande patrie », le vieux rêve de Bolivar, de José Marti, des « libertadors ». La Celac disposera, pour ses débuts, d’une structure légère, d’une troïka de direction (Chili, Venezuela, Cuba), qui fonctionnera entre chaque sommet annuel, et les décisions seront prises par consensus la première année et aux quatre cinquièmes des voix ensuite. Elle n’aura cependant pas de budget propre, ce qui limitera dans un premier temps ses pouvoirs. Les médias latino-américains soulignent le « rôle moteur » du président Chavez et l’importance de la « course de fond engagée ». L’Alba (Venezuela, Cuba, Équateur, Bolivie, Nicaragua et quelques petits États des Caraïbes) aurait souhaité aller plus loin dans les structures et les moyens de l’intégration, mais le bilan reste néanmoins significatif des nouveaux rapports de forces et du recul de l’hégémonie des États-Unis.

Certes, au-delà des bonnes intentions, les contradictions et obstacles seront nombreux à dépasser  :

- poids continental et ambitions régionales et internationales du Brésil,

- influence de Washington sur les gouvernements conservateurs (Mexique, Chili, Colombie, Honduras, Panama),

- contre-offensive des États-Unis (coup d’État au Honduras, ingérences multiples en Colombie, en Équateur, provocations contre Cuba…), tentatives redoublées de déstabilisation du Venezuela bolivarien…

- persistance de l’OEA (Organisation des États américains), créée jadis pour servir de « ministère des colonies » aux États-Unis et aujourd’hui affaiblie. L’un des objectifs de nombreux pays de la Celac est, à terme, de la substituer. Un bras de fer et une course de vitesse sont désormais engagés. Les résultats des récentes consultations électorales consolident les processus démocratiques en marche. L’élection présidentielle vénézuélienne, à l’automne 2012, constitue pour tous, d’ores et déjà, un enjeu de la plus haute importance, marqué par l’état de santé du président Chavez, qui soigne un cancer grave. Pendant que les chefs d’État dessinaient un avenir indépendant, quelques centaines de manifestants, beaucoup de dames des beaux quartiers, comme jadis au Chili de Salvador Allende, manifestaient dans les rues de Caracas en tapant sur des casseroles. « On a faim  ! »... de pouvoir. Ceux-là préparent la revanche de classe.

Tous les chefs d’État – certains sans doute moins spontanément que la plupart –, à l’instar de l’Équatorien Correa, ont insisté sur ce « pas en avant » vers une véritable indépendance, vers une coopération économique équitable, un dialogue souverain, la résolution des conflits sans la tutelle du puissant voisin du Nord, etc.

En 1904, le poète nicaraguayen Ruben Dario écrivait à Malaga  : « Vous êtes les États-Unis, vous êtes le futur envahisseur de l’Amérique qui a du sang indien… » L’Amérique du Nord est intervenue militairement à près de 200 reprises dans l’histoire de ce qui fut son « arrière-cour ». Les temps ont bien changé. Même si l’impérialisme cherche à reprendre la main, le continent lui échappe. De nombreux pays sont des laboratoires de changements sociaux et démocratiques. 
On débat, on tâtonne, autour du « socialisme du XXIe siècle », sans tabou…

Le 13 juin 1826, Simon Bolivar, dans une lettre au « libertador » Santander, affirmait prophétiquement  : « Les États-Unis semblent destinés par la providence à répandre dans notre Amérique des misères au nom de la liberté. » Aujourd’hui, « notre Amérique », au nom de la liberté, combat la misère et la dépendance. Avec volonté politique, renforcement de l’État, des services publics, redistribution, stabilité, croissance, efforts en matière de santé et d’éducation, et des progrès sociaux reconnus par la plupart des observateurs et spécialistes.

Jean Ortiz, universitaire (tribune libre dans L’Humanité)


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