16 septembre Conventions de Genève : Le viol comme arme de guerre

mardi 17 septembre 2019.
 

Le 16 septembre, pour nous rappeler que les Conventions de Genève existent et ne demandent qu’à être respectées, la Ville de Genève leur a consacré un nouveau colloque, intitulé « Le viol comme arme de guerre ». Il y eut cette fois une bonne participation d’associations qui travaillent avec des femmes migrantes et pour une fois le podium était occupé par des femmes, à commencer par l’infatigable Alba Viotto, la fondatrice du Prix « Femme exilée, femme engagée ». Après l’intervention passionnante de Claire Morclette, responsable du programme « Afrique de l’Est » d’Amnesty International, des femmes exilées en Suisse prirent la parole.

Les récits émouvants de trois psychologues, qui travaillent avec des femmes exilées victimes de viols, nous firent prendre conscience de la gravité des séquelles que laissent ces violences. Après les avoir subies, il semble difficile de reprendre une vie normale, mais néanmoins possible selon le message plein d’espoir des trois thérapeutes Betty Goguikian-Retkliff et et Géraldine Hatt de « Appartenance » et Marie-Andrée Ciprut de « Pluriels ». Elles nous expliquèrent, que la première étape du traitement consiste à faire admettre à la victime que le crime a eu lieu et que vouloir « tout oublier » n’est pas la bonne façon de traiter le problème.

Les victimes se sentent sales et éprouvent une énorme culpabilité. Elles ont intériorisé l’idéologie ambiante, qui veut que les agressions sexuelles n’arrivent qu’aux « salopes », qui « souillent » le groupe. Elles se taisent, se renferment en elles-même, n’osent pas dénoncer ; car avouer ce qui s’est passé serait humilier leurs familles. Ainsi une patiente serbe, qui, pour préserver l’unité familiale, avait fini par suivre son mari au village d’origine une fois les hostilités terminées, s’est retrouvée près du lieu du viol. Des années plus tard, vivant en Suisse, où elle a obtenu l’asile, elle souffre de troubles de sommeil, de cauchemars, de manque de confiance en elle et d’incapacité de concentration. Une patiente congolaise n’utilisait jamais le terme de viol tout au long de la thérapie, mais parlait toujours de « l’évènement ».

À la violence perpétrée par l’ennemi peut s’ajouter la blessure provenant du propre camp, comme pour cette jeune femme bosniaque, a qui mari et fils reprochaient de s’être « laissée violer ». Les hommes de la famille se sont sentis « souillés », et la femme a pris seule la voie de l’exil. Une autre épreuve attend celles qui font une demande d’asile : dire d’avoir subi des sévices est en leur faveur, mais les exposer devant la Commission, voire éventuellement les prouver, est très dur.

Les discours « officiels » de cette journée présentèrent également beaucoup d’intérêt. On sentait l’engagement personnel de Maria Roth-Bernasconi, lorsqu’elle parlait du voyage dans la région des Grands Lacs, qu’elle avait fait avec six autres femmes parlementaires suisses. Elle garde gravée en mémoire la figure de cette adolescente de 13 ans, qui porte péniblement son bébé de trois mois issu d’un viol ; elle avait été répudiée par ses parents à cause de ce qu’elle a subi. De la bouche de Sandrine Salerno, maire de Genève, vint la nouvelle rassurante, que la Ville de Genève continuerait à financer des programmes de réhabilitation et d’intégration pour les victimes de violences sexuelles.

SPILLMANN-ANDREADI Anna

Paru dans l’hebdomadaire suisse « Gauchebdo » (no 38 du 24 septembre).


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