Le Havre : Communistes à l’ouvrage de 1920 à aujourd’hui

mercredi 17 mai 2017.
 

Un pavé : près de huit cents pages. Marie-Paule Dhaille-Hervieu, la soeur de l’ex-conseiller municipal havrais, Paul Dhaille, publie près de vingt-cinq ans de recherches sur les communistes au Havre.

Elle même ancienne adhérente du PCF, cette agrégée d’histoire et docteur en histoire contemporaine enseigna au lycée François-Ier, de 1971 à 1986.

En quoi les communistes auHavre vous semblent-ils singuliers ?

« Ils se sont inscrits dans un héritage en reprenant l’histoire radicale et laïque. Ils l’ont assumé. Ils ont fait des choix en s’engageant par exemple avec la municipalité radicale-socialiste de Léon Meyer. En 1937, ils ont eu cette intelligence politique en devenant les candidats du Front Populaire au deuxième tour des élections cantonales. Ils ont alors commencé à incarner la gauche politique, pas la gauche syndicale ».

C’était un parti stratège ?

« Il n’a jamais cessé d’être stratège avec quelques grands hommes, comme René Cance, le premier maire communiste, et André Duroméa. Il y a eu des étapes stratégiques en 1937, à la Libération, mais aussi en 1965 avec une municipalité d’union de la gauche où le parti communiste s’est ouvert à des alliés. Il en a fait des partenaires et des associés. A partir delà, il a conquis une assez large majorité jusqu’à avoir un côté hégémonique. »

Comment expliquer le fait que le parti communiste ait pu diriger pendant trente ans une grande ville ?

« Il est l’héritier des gauches le plus constant des valeurs de la gauche, que ce soient les valeurs laïques et républicaines, de gestion sociale... En se posant comme héritier, notamment de l’anarchosyndicalisme, il est devenu une force politique très large. »

Dans vos conclusions, vous évoquez un héritage de plusieurs cultures, bolchevique puis stalinienne, ainsi que des cultures du mouvement ouvrier, de Front Populaire, de la Guerre froide. Le parti communiste du Havre fut tout cela à la fois ?

« Il y a eu plusieurs types de culture politique pour le parti communiste qui, au Havre, a été le porteur d’un projet de démocratisation culturelle avec, par exemple, les équipements dans tous les quartiers... En même temps, il avait sa propre culture politique héritée du modèle bolchevique, puis de la période stalinienne. Le PCF au Havre a été stalinisé pendant la période de Guerre froide. »

De quelle manière s’est manifestée cette « stalinisation » ?

« Par un alignement sur les positions politiques et idéologiques de l’Union soviétique dans la guerre des blocs. Mais aussi par un grand isolement par le fait que le parti communiste se pensait alors comme étant le seul parti de gauche. Il s’isolait et, s’enfermant, il a perdu des adhérents et des électeurs. Il a fallu un changement stratégique pour qu’il les retrouve. »

Là encore, comment ce changement s’est-il traduit ?

« A partir de 1962 par les alliances électorales avec des socialistes de gauche pour la victoire aux municipales de 1965 qui inaugure une gestion de trente ans. Le fait de s’ouvrir aux socialistes est un élément essentiel, comme celui de signer, en 1972, le Programme commun de gouvernement. Le PCF a profité de cet accord programmatique. Mais au Havre, il était dominant alors que le Programme commun a permis, ailleurs, aux socialistes d’être la force dominante. »

Interview. Propos recueillis par Stephane Siret pour L’Humanité


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