Journée mondiale du refus de la misère

jeudi 17 octobre 2013.
 

1 Poèmes contre la misère

2) Comment en finir avec la misère en France et dans le monde  ?

Table ronde entre Jean-Christophe Sarrot, responsable national d’ATD Quart Monde, Jean-Jacques Gabas, économiste et chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français.

Les faits

La Journée mondiale du refus de la misère, célébrée sous l’égide de l’ONU chaque 17 octobre depuis 1992, est l’occasion pour de nombreuses associations de s’exprimer pour rassembler le plus de monde possible dans leur combat contre la misère et l’extrême pauvreté.

La misère et l’extrême pauvreté progressent-elles ou régressent-elles  ?

JEAN-CHRISTOPHE SARROT Malgré une situation très grave en Afrique, elle semble reculer ailleurs dans le monde puisque, pour la première fois, moins de 10 % de la population mondiale perçoivent moins de 1,90 dollar de revenus par jour, soit 702 millions de personnes. Mais ce seuil de 1,90 dollar est imparfait. Une personne qui vit dans la rue à Paris, Rio ou Bang-kok avec 3 dollars par jour est-elle « non pauvre » pour autant  ? L’extrême pauvreté, c’est voir ses besoins vitaux non satisfaits, y compris celui de voir reconnus sa dignité et son utilité. C’est pourquoi, avec l’université d’Oxford, nous lançons une recherche sur de nouveaux indicateurs de pauvreté, qui associera pour la première fois des personnes en situation de grande précarité dans plusieurs pays.

En France, la pauvreté est stationnaire en pourcentages  : 13,9 % de la population se trouvaient sous la barre de 60 % du revenu médian en 2000 et 14,1 % en 2014. Mais elle augmente en nombre absolu  : 8 millions de personnes en 2000 et 8,77 millions en 2014. Et les plus pauvres sont plus nombreux (2,8 % sous le seuil de 40 % du revenu médian en 2000 et 3,5 % en 2014) et le sont pour plus longtemps  : le taux de persistance dans la pauvreté (personnes sous le seuil de pauvreté pendant au moins trois ans au cours des quatre dernières années) est passé de 6,3 % en 2006 à 8,3 % en 2012. Peut-on imaginer le gâchis humain et économique que cela représente sur les générations actuelles et à venir  ? Il serait erroné de penser que cela irait beaucoup mieux si la croissance revenait. Certains indicateurs s’amélioreraient, mais les plus pauvres sont toujours les derniers à qui l’on propose d’embarquer dans le train de la croissance.

JEAN-JACQUES GABAS Dans le cas de l’Afrique, il faut tenir compte de la manière dont on mesure cette pauvreté et de quels pays il est question. Globalement la part de la population vivant avec moins de 1 dollar par jour a diminué entre 1990 et 2015, de même que beaucoup d’autres Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) se sont plutôt améliorés. C’est ce que nous disent les moyennes pour l’ensemble du continent et de ses 54 pays. Toutefois, les situations sont très différentes selon que l’on mesure ce qui s’est réellement passé dans un pays comme l’Afrique du Sud ou le Maroc avec des pays qui connaissent des conflits. Tout dépend des pays et des échelles d’observation. Et là, les inégalités au sein des pays ont le plus souvent augmenté. D’autre part, il faut savoir que les statistiques ne sont pas d’une grande fiabilité du fait notamment que les services statistiques sont très largement dégradés depuis plus de vingt ans. C’est hélas le constat du rapport annuel du Centre de développement de l’OCDE et de la Banque africaine de développement sur les perspectives économiques de l’Afrique publié en mai 2015.

JULIEN LAUPRÊTRE Malheureusement, tragiquement, la misère et l’extrême pauvreté continuent de gagner du terrain dans notre pays. Le Secours populaire français, compte tenu de sa décentralisation, connaît bien ce qui se passe réellement, en bas, au plus près de la vie des gens. Nous avons, si l’on peut dire, le certificat du cœur et de la raison, c’est-à-dire que nous sommes vraiment au cœur des situations. Ce que nous constatons dans tous nos départements, sans exception, c’est qu’il y a une montée des demandes qui parviennent dans nos comités et nos antennes. Il y a encore une dizaine d’années, quand j’allais dans certaines régions comme le Nord-Pas-de-Calais ou la Lorraine, je disais  : vous êtes dans une région sinistrée. Maintenant, je puis confirmer que ce sont toutes les régions qui sont sinistrées. L’idée que la misère touche seulement les grandes villes et leurs banlieues est fausse. La misère et l’extrême pauvreté ont grandi aussi à la campagne. Dans cette pauvreté, il y a de plus en plus de demandes de familles monoparentales, de travailleurs dont les appointements et les salaires ne peuvent pas leur permettre de boucler les fins de mois. Il y a aussi de plus en plus de retraités et de plus en plus de jeunes. Nous sommes en face vraiment d’une grande pauvreté qui menace les gens.

Quelles actions engager pour les faire reculer  ?

JEAN-JACQUES GABAS Si l’objectif de lutte contre la pauvreté reste au moins dans les discours une priorité aussi bien de la part des gouvernements que des bailleurs de fonds, il ne semble pas y avoir systématiquement de cohérence avec les actions mises en œuvre. En premier lieu, les politiques fiscales restent peu efficaces en particulier à l’égard des entreprises multinationales. Cette faible redistribution de la richesse nationale par l’impôt nuit gravement au financement des biens et services publics, en particulier dans le domaine de la santé et de l’éducation mais aussi au financement des fonctions régaliennes de l’État permettant d’avoir un environnement favorable aux initiatives privées, qui pourtant sont réelles en Afrique.

En second lieu, l’orientation actuelle du financement du développement par des fonds d’investissement ou des montages public-privé n’a pas vocation à « sortir » des trappes à pauvreté une large partie de la population, mais de satisfaire les conditions de rentabilité du capital investi. La substitution du financement public par des financements privés devrait être intégrée dans une politique publique beaucoup plus volontariste afin d’éviter que les actuels exclus du marché du travail ne le soient encore davantage avec ces nouvelles logiques de financement. Or, dans la plupart des pays d’Afrique, on sait que la croissance démographique aboutira pour la décennie à venir à l’arrivée de jeunes sur le marché du travail dans des proportions qu’aucun pays au monde n’a connues au cours de son histoire. Comment l’emploi va-t-il être satisfait, sachant que les économies africaines ont actuellement peu d’opportunités, dans un contexte international de libéralisation et de grands changements au sein des économies émergentes et notamment de la Chine, qui réoriente ses activités vers son marché intérieur et se repositionne différemment à l’égard de l’Afrique (réduction du commerce Chine-Afrique, soutien aux entreprises chinoises pour s’implanter en Afrique etc.)  ? L’équation africaine de sortie de la pauvreté est singulière, difficile à résoudre, mais il est clair que les solutions ne viendront que des États africains eux-mêmes et des changements dans le fonctionnement des enceintes internationales vers davantage de prise en compte des enjeux majeurs auxquels ces économies sont confrontées.

JEAN-CHRISTOPHE SARROT Prenons d’abord conscience de la gravité de la situation et cessons d’en faire reposer la responsabilité sur les personnes elles-mêmes, qu’elles soient bénéficiaires de prestations sociales, immigrées, réfugiées, roms, etc. 8 millions d’emplois manquants pour une population active de 30 millions, cela correspond à un travailleur sur quatre  ; une personne pauvre sur sept, c’est quatre enfants dans une classe de trente élèves. Lorsque cela atteint cette ampleur, ce n’est pas la faute des personnes, c’est un système qu’il faut réformer, pan par pan, en associant les premiers concernés.

Tirons déjà des leçons de réformes récentes qui sont déterminantes  : l’introduction de pédagogies coopératives visant à faire réussir tous les élèves, avec la loi de juillet 2013, la création de la mutuelle « Accès santé » en 2013 et la loi de janvier 2016 qui instaure des « territoires zéro chômage de longue durée ». Ces réformes ont commencé par un long et patient travail de concertation, sur le terrain, entre des personnes en grande précarité, des acteurs du monde économique et associatif, des élus, etc. Des gens qui ne se parlaient pas et parfois avaient peur les uns des autres ont fait l’effort de s’écouter et de se prendre au sérieux. Ils ont alors imaginé des solutions qui améliorent la vie de tous, y compris des plus pauvres, et les politiques les ont suivis.

JULIEN LAUPRÊTRE Le Secours populaire français, avec sa devise historique  : « Tout ce qui est humain est nôtre », développe de grandes campagnes pour faire concrètement de la solidarité. Nous avons aidé l’année dernière près de 3 millions de personnes qui sont venues nous solliciter. La première demande, c’est de manger. Lorsque l’on parle de la faim dans le monde, ce n’est pas quelque chose qui concerne seulement les autres pays mais c’est chez nous aussi qu’il y a un problème de la faim. Partant de cette demande, en parlant avec les personnes qui viennent, on apprend qu’il faut qu’on les aide aussi dans l’accès à la culture et l’accès aux soins. Nous venons de publier des statistiques qui montrent qu’il y a un recul par rapport à l’accès aux soins. Il y a aussi le problème des vacances.

À l’échelle internationale nous avons un grand slogan, c’est de « mondialiser la solidarité ». Nous développons en particulier un mouvement d’enfants Copain du monde. Nous avons 15 villages enfants Copain du monde organisés en France et 17 villages enfants Copain du monde à l’étranger. Qu’est-ce que c’est que ces villages  ? Eh bien, c’est la rencontre d’enfants pour apprendre aux enfants à s’aimer plutôt qu’à s’entre-tuer, à se rassembler plutôt qu’à se fuir. Ces villages, c’est de la bonne graine pour faire reculer toutes les idées assassines. Par ailleurs, notre solidarité mondiale se développe, avec des partenaires locaux, dans plus de 50 pays pour faire reculer les drames de la misère et de la pauvreté.

Les dispositifs de solidarité sont-ils suffisants pour faire face à la situation  ?

JEAN-CHRISTOPHE SARROT Notre protection sociale est efficace car elle réduit presque de moitié l’impact de la pauvreté. Sans elle, le taux de pauvreté en France ne serait pas de 14 %, mais de 25 % environ. Mais nous devons faire encore mieux. Il faut simplifier les dispositifs, augmenter les minima sociaux, qui n’ont pas suivi la hausse des salaires ces dernières années. Il faut surtout retrouver l’espoir que la vie peut changer si nous nous y mettons tous et continuer de chercher ensemble de nouvelles solutions.

JULIEN LAUPRÊTRE Pour ma part, je réponds non. Au Secours populaire nous sommes les avocats des pauvres. Nous avons d’ailleurs fait signer des centaines de milliers de nouveaux cahiers de doléances dans ce sens. Nous sommes aussi les aiguillons des pouvoirs publics. Je prends un exemple. Lorsque nous rencontrons des hommes et des femmes représentant les pouvoirs publics, nous leur disons  : voilà, c’est l’anniversaire de 1936 et des premiers congés payés. Or, il y a un enfant sur trois qui ne part pas en vacances. Je pose la question  : et vous, qu’est-ce que vous faites  ? Être aiguillon des pouvoirs publics, c’est appuyer là où ça fait mal pour situer les responsabilités. Nous mettons les pouvoirs publics devant leurs responsabilités. Et il est clair qu’il n’y a pas suffisamment de choses entreprises pour aider les associations et même du point de vue des lois pour aider à ce que cette pauvreté, cette gangrène de la précarité et de la misère, cesse de gagner du terrain. Nous souhaitons par ailleurs qu’il y ait encore plus de bonnes volontés qui rejoignent le Secours populaire. Nous avons maintenant plus d’un million de membres mais nous continuons à recruter des bonnes volontés de toutes opinions et de toutes conditions parce que le chantier est tellement grand que nous avons besoin de nouveaux bénévoles.

3) Roms : Frapper les pauvres c’est le fumigène des lâches ! (Jean-Luc Mélenchon)

4) Appel : Pauvreté, ne faisons pas d’économie sur la dignité humaine !

(Front de gauche du 93)

282 enfants ont dormi dehors, en Seine-Saint-Denis du 1er au 7 octobre. C’est scandaleux, une honte, qu’aucun mot ne parvient à décrire ! Faudra-t-il attendre les premiers morts de l’hiver pour que quelques âmes charitables s’émeuvent de cette situation ?

Notre département vient de connaître un nouveau « pic » de sollicitation du « 115 ». Malgré leur dévouement et leur engagement constant, les agents d’écoutes et de prise en charge sont dans l’incapacité de traiter, ne serait-ce que la moitié des demandes quotidiennes.

Des directives arbitraires, proches de la non-assistance à personne en danger, prises par le gouvernement Fillon, ont conduit à l’explosion de cette situation, déjà extrêmement tendue. La suppression de 950 nuitées par jours en Seine-Saint-Denis depuis la fin de l’année dernière, et l’aggravation de la précarité, le chômage rendent la situation impossible. Les centres du SAMU social n’ont eu d’autres choix que de bloquer l’entrée dans les dispositifs d’hébergement d’urgence.

Comme accéder à un logement, manger est un besoin vital ! En 10 ans, le nombre de repas servi par les restos du cœur a doublé et atteint le nombre effarant de 115 millions. Le programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) s’est vu octroyé en novembre dernier un sursis d’application de deux ans, avant sa suppression… Il permet de distribuer les surplus de production alimentaire européens, ou une aide financière, aux associations de lutte contre la faim, et représente 70% de l’aide alimentaire distribuée en France. Face à la hausse des besoins en nourriture, quatre associations, le Secours populaire, la Croix-Rouge, les Banques alimentaires et les Restos du cœur, alertent sur la fin du PEAD. Sa mise en cause, totale ou partielle, signifierait le retour de la faim dans nos pays, alors que ce programme coûte à peine 1,30 € par an et par habitant, ou ne représente qu’1/35 000ème des richesses créées chaque année en Europe.

Derrière ces questions, émerge un combat pour la dignité humaine ! La crise et les politiques d’austérité ont greffé de la misère sur des situations précaires ; des hommes, des femmes, des enfants, des familles entières sont mis au ban de notre société. France, Patrie des droits de l’Homme, engage-toi dans un sursaut fraternel et républicain contre l’exclusion sociale !

Ce sursaut passe immédiatement par un moratoire sur la fermeture des centres d’hébergement, et la réouverture des centres précédemment fermés. La construction de nouveaux lieux d’intermédiation locative et une harmonisation à l’échelle du territoire francilien de la prise en charge des personnes et des familles privées de domiciles.

Alors que la discussion du projet de loi de Finance pour 2013 va s’ouvrir à l’Assemblée nationale, NOUS, demandons solennellement, au gouvernement d’ouvrir de nouvelles lignes de crédits pour résoudre les problèmes d’hébergement d’urgence, renforcer l’aide alimentaire et d’œuvrer à la création d’un nouveau programme d’aide européen aux plus démunis. Malgré la cure d’austérité, ne faisons pas d’économie sur la dignité humaine !

Premiers signataires : Marie-George Buffet (députée), Eliane Assassi (sénatrice, présidente du groupe CRC au sénat), Hervé Bramy (conseiller général), François Assensi (député-maire), Bally Bagayoko (vice-président du CG 93), Pascal Beaudet (conseiller général), Michel Beaumale (maire de Stains), Belaïde Bedreddine (conseiller général), Josiane Bernard (vice-présidente du CG 93), Patrice Bessac (conseiller régional IDF), Patrick Braouezec (président de Pleine commune), Gilles Garnier (conseiller général), Florence Haye (conseillère générale), Carinne Juste (maire de Villetaneuse), Jean-Jacques Karman (conseiller général), Djénéba Keita (conseillère régionale IDF), Pierre Laporte (vice-président du CG93), Patrick le Hyaric (député européen) Didier Mignot (maire du Blanc-Mesnil), Jean-Charles Nègre (vice-président du CG93), Didier Paillard (maire de Saint-Denis) Catherine Peyge (maire de Bobigny), Gilles Poux (maire de La Courneuve), Nelly Rolland-Iriberry (maire de Villepinte), Abdel Sadi (conseiller général), Azzedine Taïbi (vice-président CG93), Henriette Zoughebi (vice-présidente conseil régional d’IDF),

5) Journée mondiale du refus de la misère 2012, le droit au logement : simplement s’abriter ou habiter durablement quelque part ?

http://www.refuserlamisere.org

Ce mercredi 17 octobre est la Journée mondiale du refus de la misère.

Cette année encore, face à ce que nous pouvons vivre en situation de grande pauvreté, il est essentiel de continuer à prendre la parole, à partager nos résistances quotidiennes à la misère, et ainsi interpeller la société civile et les instances politiques concernées.

6) La Journée Mondiale du Refus de la Misère est célébrée chaque 17 Octobre.

Retour en arrière. Le 17 octobre 1987, plusieurs milliers de personnes de tous milieux (particulièrement ATD Quart-Monde) se rassemblent sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris, Place du Trocadéro. Le père Joseph Wresinsky, fondateur du mouvement ATD, y pose une dalle commémorant les victimes de la misère. Cette dalle nous rappelle que :

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les Droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

- J. Wresinsky -

Cette journée est officiellement reconnue par l’Assemblée Générale des Nations Unies depuis 1992, sous l’appellation "Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté". Elle est l’occasion pour le grand public d’entendre la voix des personnes qui vivent dans la grande pauvreté et de s’interroger sur les engagements que tous nous pouvons prendre, comme citoyens, pour refuser la misère.

Nos objectifs

Au sein du mouvement LST, nous voulons en faire un moment fort de prise de parole des plus pauvres. Il s’agit à la fois de construire une parole et de trouver les moyens pour qu’elle soit entendue.

Nous organisons des actions publiques par lesquelles nous interpellons les autorités politiques concernées et questionnons les politiques de lutte contre la pauvreté. Nous le faisons à partir du vécu des plus pauvres, de notre histoire de résistance à notre misère.

Mettre fin à la violence de l’extrême pauvreté : s’appuyer sur les capacités de tous

"Lorsque tu te lèves le matin sans savoir où tu iras, sans rien avoir en main pour nourrir tes enfants, ça c’est violence. Lorsque tu es obligé de te battre contre l’autre pour défendre le peu que tu possèdes, ça c’est violence. Lorsque tu es toujours obligé de baisser la tête, de fermer les yeux, de ne pas parler, de faire celui qui ne comprend pas, ça c’est violence." (Une maman de Haïti)

L’extrême pauvreté détruit la vie et l’esprit des êtres humains. Elle tue plus d’enfants, de jeunes et d’adultes que la guerre. Les personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont en permanence confrontées et menacées par un manque de nourriture, de logement et d’accès aux services de base. Elles endurent des conditions de travail dangereuses et vivent dans des environnements précaires, dégradés et sans sécurités.

Ces conditions de vie et ces privations quotidiennes sont des violations des droits de l’homme qui provoquent et perpétuent des violences émotionnelles, psychologiques et physiques. Les personnes dans la pauvreté et leurs communautés font l’expérience répétée de la souffrance et de la honte dûes à l’humiliation et à l’exclusion sociale. Elles sont pénalisées par leurs conditions de vie.

Confrontées à une telle violence, les personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont obligées de mener une vie où leur dignité et leurs droits sont rarement respectés. Elles ont souvent le sentiment de ne pas être reconnues ni traitées comme des êtres humains avec les mêmes droits accordés à tous. L’ironie est que la société souvent les perçoit comme étant source de violence et de menace pour la société, au lieu de les voir comme les victimes de la violence et de la criminalité.

Comment, à partir de telles violences, construire une société juste et pacifique ? La première étape est de garantir, protéger et respecter la dignité et les droits humains fondamentaux des personnes et des communautés dans toutes les sociétés.

Depuis sa première célébration, il y a 25 ans, la Journée mondiale du refus de la misère vise à promouvoir cette première étape en favorisant un dialogue et une compréhension meilleurs entre les personnes vivant dans la pauvreté et leurs communautés, et la société en général. La Journée offre l’occasion de prendre acte des efforts et des combats des personnes vivant dans la pauvreté. Elle leur donne la possibilité de prendre la parole et de faire entendre leurs préoccupations Elle représente un moment pour reconnaître que ces personnes sont en première ligne dans la lutte contre la pauvreté (Rapport du Secrétaire général des Nations Unies A/61/308).

La Journée mondiale du refus de la misère est un appel adressé à tous à se rassembler avec les personnes vivant dans l’extrême pauvreté et à échanger, en partenaires égaux, sur des initiatives qui ciblent les populations les plus vulnérables et les plus exclues ainsi que leur participation active à l’élimination de la pauvreté. Cette Journée est aussi un appel à renforcer les moyens de communication les uns avec les autres, afin de mieux partager nos pensées, les leçons apprises, et agir en solidarité contre la pauvreté et l’injustice sociale.

C’est seulement en écoutant les personnes vivant dans l’extrême pauvreté que, de leur courage et leur expérience, nous pouvons apprendre comment atteindre un monde de paix pour tous. La transformation sociale nécessaire pour une société pacifique peut être seulement réalisée par la contribution active de tous, indépendamment de leur lieu de vie, ou de leurs origines sociales et culturelles.

Cela commence par la reconnaissance que le pauvreté est violence. Un homme avec une expérience directe de la pauvreté à la Nouvelle Orléans a partagé sa vision personnelle :

"Quand la violence qui est vécue par les personnes vivant dans l’extrême pauvreté est reconnue, ça apporte une sorte de paix à l’âme."

Une telle reconnaissance donne de la force aux personnes et aux communautés vivant dans la pauvreté. Elle informe et suscite la prise de conscience, au sein des sociétés, de la violence implacable de la pauvreté extrême. Elle encourage aussi à se solidariser avec les personnes en situation de pauvreté, dans leur combat quotidien contre les privations, la discrimination, l’exclusion sociale et la perte de la dignité et des droits de l’homme. Une telle rencontre crée le fondement sur lequel nous pouvons bâtir un chemin vers la paix et l’harmonie sociale.

Par conséquent, il est approprié qu’en 2012 la commémoration de la Journée mondiale du refus de la misère soit centrée sur le thème "Mettre fin à la violence de l’extrême pauvreté : s’appuyer sur les capacités de tous pour bâtir la paix". Nous espérons que ce thème initiera partout des dialogues continus.


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