Ceuta : défouloir xénophobe pour la droite et l’extrême droite française

vendredi 14 août 2026.
 

Après que plusieurs dizaines de milliers de personnes sont parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours de juillet, le Rassemblement national et Les Républicains ont passé leur week-end à hurler à « l’invasion » migratoire en Europe.

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Communiqués, vidéos postées sur les réseaux sociaux ou encore copies de courriers envoyés au gouvernement : tout le week-end du 1er et du 2 août ainsi que lundi 3 août, la droite et l’extrême droite françaises s’en sont donné à cœur joie pour agiter les remugles fantasmagoriques d’une submersion migratoire. Elles n’ont eu de cesse de dérouler leur discours xénophobe sur fond d’images diffusées ad nauseam de jeunes hommes « déferlant » sur les plages, de forces de l’ordre « dépassées » et d’habitants de Ceuta « ulcérés » par la présence de jeunes Marocains.

Plus tôt, jeudi 30 juillet, plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole. Au bout de 48 heures, l’Espagne a expulsé la plupart de ces exilés et annoncé un « retour à la normale en cours ». Le coupable de l’événement ? Le « laxisme » du gouvernement socialiste espagnol qui a lancé, en avril, un plan de régularisation des sans-papiers dans sa péninsule, ont estimé la droite et l’extrême droite dans ces prises de parole.

Sans surprise, c’est Jordan Bardella, patron du Rassemblement national (RN), qui s’est fendu du plus grand nombre de tweets sur X – une demi-douzaine pour la seule journée de vendredi – pour dénoncer les accords de Schengen et réclamer une « réunion en urgence du Parlement européen en session plénière extraordinaire ».

« En régularisant des centaines de milliers de clandestins, […] Pedro Sánchez [premier ministre espagnol – ndlr] a ouvert les portes de l’Europe à tous les dangers. Le résultat est là : depuis plusieurs jours, des milliers de migrants affluent dans l’enclave de Ceuta. Ils seront demain dans nos rues, contre la volonté du peuple français », affabulait l’eurodéputé dès jeudi, avant de se faire reprendre par Jean-Luc Mélenchon.

« Monsieur Bardella devrait s’abstenir de commenter des sujets qu’il ne comprend pas. Répéter les arguments de Trump est ridicule. L’afflux a lieu à mille kilomètres de notre frontière. Ceuta est en Afrique. Les gens sur l’enclave de Ceuta ne peuvent passer le détroit de Gibraltar à la nage et il n’y a aucune autre possibilité pour eux », a réagi l’insoumis.

Des ministres de Macron au diapason

Avec deux tweets, Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, a de son côté appelé la France à renforcer « sans délai » ses contrôles aux frontières. « En 2027, nous stopperons cette folie en réservant la libre-circulation Schengen aux nationaux de l’UE [Union européenne] », a-t-elle promis, sans dévoiler la manière dont elle s’y prendrait, à l’unisson avec son allié Éric Ciotti, maire de Nice, qui a également estimé que « les images de Ceuta seront demain celles de la France si rien n’est entrepris ».

Comme réveillé par la séquence, Éric Zemmour s’est, là encore, beaucoup agité ces derniers jours. Sans craindre les superlatifs, l’essayiste s’est alarmé qu’une « marée de migrants déferle sur Ceuta » pour « pren[dre] d’assaut » la frontière espagnole. « Ce que nos élites appellent lâchement “flux migratoires”, les peuples européens peuvent la voir pour ce qu’elle est : une invasion. Il est temps de rétablir nos frontières et d’engager la remigration sinon nos peuples seront balayés par ce tsunami », a déclaré l’ancien journaliste du Figaro, multicondamné pour incitation à la haine et pour racisme.

Jamais en reste d’une surenchère sur l’extrême droite, l’ex-ministre de l’intérieur d’Emmanuel Macron, aujourd’hui candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau, s’est lui aussi empressé d’apporter sa voix au concert xénophobe du week-end. « L’Espagne aujourd’hui, l’Europe demain […]. Les règles de Schengen avec l’Espagne ne sont plus tenables. Il faut envoyer un signal clair et appliquer sans délai le règlement retour pour enfin ne plus subir », a lancé le patron du parti Les Républicains (LR), ne cachant pas sa fierté d’avoir proposé de « mettre l’Espagne au ban » de l’Union européenne dès le printemps.

Je veux mettre fin à une forme d’impuissance migratoire.

Édouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle

Une idée reprise ces derniers jours par la néofasciste italienne Giorgia Meloni, et applaudie par le Danemark et la Finlande, mais impossible à mettre en place et rejetée d’un revers de main à Bruxelles, comme l’indique l’Agence France-Presse.

À LR, l’heure était toutefois surtout à demander l’application « sans tarder » de la directive « retour », adoptée en juin par le Parlement européen. Une mesure consistant notamment à créer des centres pour migrants dans des pays frontières de l’UE, ainsi que l’ont appelée de leurs vœux l’ancien premier ministre Michel Barnier et Éric Ciotti, qui a écrit en ce sens à Sébastien Lecornu afin de faire « face à la submersion migratoire ».

Autre ancien premier ministre d’Emmanuel Macron à réclamer la mise en place de ces « hubs », jugés inhumains par la gauche et contestés par le président de la République lui-même au nom des « valeurs », Édouard Philippe est lui aussi remonté vendredi au créneau sur la question migratoire.

Les médias conservateurs s’alarment

Dans un long post, le candidat à la présidentielle, en bataille larvée avec Bruno Retailleau pour séduire l’électorat LR, a estimé que « les pays d’origine et de transit doivent assumer leurs responsabilités » et qu’« il n’est pas acceptable qu’un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent ». « Je veux mettre fin à une forme d’impuissance migratoire », a martelé le patron du parti Horizons, que certains voient encore comme la « droite propre », et même un débouché « acceptable » en 2027 pour une partie de la gauche.

Son texte a aussitôt fait bondir Marine Le Pen : « Rappel : ce message de grande fermeté est publié par un premier ministre qui a accordé chaque année 30 % de titres de séjour et 60 % de cartes de réfugiés de plus que le socialiste François Hollande. Fin de la blague », a-t-elle ironisé. Se sentant manifestement dans l’obligation de répondre, le maire du Havre a rétorqué que, lui premier ministre, il avait fait preuve de « fermeté » sur les obligations de quitter le territoire français (OQTF), baissé l’attribution des demandes d’asile « malgré l’explosion des demandes », et fait voter la loi asile et immigration de 2018. À chacun ses victoires.

Quant aux médias conservateurs français, ils n’ont pas déploré les près de 70 personnes mortes dénombrées pour l’heure par les autorités ibériques. Ils se sont plutôt alarmés d’une supposée menace d’« invasion » aux portes de la France.

Au matin du 3 août, la discussion s’est ainsi poursuivie sur le plateau de CNews où l’on a pu entendre l’animateur de « L’heure des pros » comparer le premier ministre espagnol à un « pompier pyromane », appeler à un référendum pour supprimer les accords de Schengen ou évoquer les « 2 000 mineurs » toujours présents à Ceuta – avec pourquoi pas quelques « terroristes qui s’y seraient glissés ».

La chaîne de Vincent Bolloré n’a pas manqué de relayer les propos complotistes du président argentin d’extrême droite, Javier Milei : « Pedro Sánchez utilise ces migrants pour les naturaliser et les faire voter pour lui afin, disons, de perpétuer sa tyrannie. » « Il a tout à fait raison, l’immigration est une rente électorale pour certains partis à gauche de l’échiquier », a salué Sabrina Medjebeur, présentée comme « essayiste et sociologue » – en réalité, propagandiste d’extrême droite.

Pauline Graulle


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