Troisième pic caniculaire (France) : des risques accrus, un bricolage permanent

jeudi 23 juillet 2026.
 

Dans plusieurs départements, la journée du dimanche 12 juillet a marqué le pic de la troisième vague de chaleur de l’année. Partout, les annulations d’événements se multiplient, tout comme les alertes pour sécheresse et le risque d’incendies. Le gouvernement, lui, apparaît toujours plus impuissant.

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L’annonce est tombée en fin de journée, samedi 11 juillet. L’étape corrézienne du Tour de France du dimanche 12 a été rabotée d’une trentaine de kilomètres. « Cette décision vise à permettre le déroulement de l’épreuve dans des conditions compatibles avec le niveau de vigilance rouge canicule », dans lequel la Corrèze vient alors de basculer, assure Amaury Sport Organisation (ASO), l’organisateur de la plus importante course cycliste du monde.

En quoi passer de 185 à 155 kilomètres a-t-il soudainement rendu l’épreuve « compatible » avec le niveau d’alerte caniculaire ? Interrogé parFrance Info, le préfet du département, Vincent Berton, a expliqué que ce changement de dernière minute « fera[it] gagner 30 minutes de trajet », et rabotait une partie du tracé « essentiellement [dans] la partie sud du département qui est la partie la plus chaude ».

En revanche, l’étape s’est bien déroulée entre 13 h 45 et 17 h 30, aux heures les plus chaudes de la journée, pour les coureurs comme pour les spectateurs et spectatrices. « C’était vraiment difficile de déplacer l’horaire de la course pour des considérations techniques », a justifié le préfet. Une parfaite illustration du bricolage dans lequel les pouvoirs publics restent embourbés face à cette troisième vague de chaleur. Dimanche, 37 départements étaient placés en vigilance rouge canicule, tandis que le reste du pays était presque entièrement en vigilance orange.

En quelques semaines, ce qui relevait de l’extraordinaire est presque devenu ordinaire. Si dans de nombreux départements le pic de cette troisième vague caniculaire était annoncé pour dimanche, Météo France a tout de même prévenu : « Une masse d’air très chaud stagne sur le pays pendant plusieurs jours, engendrant un épisode caniculaire durable, intense et étendu. »

Partout, sur le territoire, les décisions de dernière minute s’enchaînent. Vendredi 10 juillet, les pompiers de Paris ont annoncé annuler leur traditionnel bal des 13 et 14 juillet. « Afin de garantir la sécurité de tous, cette décision s’est imposée comme la plus responsable », écrivent-ils dans un communiqué. Même décision pour de nombreux festivals : Le Son Continu, Dub Camp, Les Autres Voies, Léz’Arts de Loire, Le Pied de Nez... Dans les départements en vigilance rouge, les annulations s’accumulent.

« Danger de feux de forêts »

Dans de très nombreuses communes, ce sont aussi les traditionnels feux d’artifice du 14-Juillet qui ont été annulés ou reportés. À Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin), par exemple, en banlieue de Strasbourg, le spectacle pyrotechnique aura finalement lieu le 19 septembre. Exit la Fête nationale, ce sera donc une « fête de l’automne ».

Ces décisions accompagnent les nombreuses alertes de Météo France, selon qui « les fortes chaleurs et la sécheresse des sols provoquent une situation exceptionnelle de danger de feux de forêts ». Avec l’enchaînement des épisodes caniculaires, « l’humidité des sols moyenne sur la France atteint un niveau record, jamais enregistré, plus sec que les niveaux enregistrés début juillet en 2022 ou 2025 », poursuit l’établissement public de prévision météorologique. Alors que l’été débute à peine, la Drôme et les Pyrénées-Orientales ont déjà été ravagées par les flammes.

Car la répétition des vagues de chaleur ne fait qu’accroître les risques. Pour les forêts, pour les corps, mais aussi pour les ressources, et notamment s’agissant de l’eau. Samedi 11 juillet, 77 départements étaient concernés par des restrictions d’eau potable, à la suite d’arrêtés préfectoraux. « Manifestement, cet été sera difficile à passer. Les quantités d’eau diminuent, au moment où les usagers en veulent davantage », observe Arnaud Bazire, vice-président exécutif de Suez, chargé des activités eau de l’entreprise en France, auprès du Monde.

En vue de limiter les dégâts sur les écosystèmes aquatiques provoqués par la chaleur de l’eau rejetée par les centrales nucléaires, trois réacteurs, situés au bord de fleuves, ont également été mis à l’arrêt dimanche, et huit autres fonctionnent à puissance réduite a indiqué EDF, qui exploite les centrales, à l’AFP.

C’est une catastrophe. La situation est plus dramatique que jamais. Les hyperthermies, les coups de chaud, les malaises s’enchaînent sans discontinuer.

Nathan Lequeux, coordinateur de l’antenne de Paris d’Utopia 56

Face à cette nouvelle canicule, les manques du pays sont criants. « L’adaptation mise en œuvre actuellement en France est insuffisante pour contenir l’augmentation rapide des risques climatiques », souligne le Haut Conseil pour le climat (HCC), dans son huitième rapport analysant l’action climatique de la France en 2025. Sous la pression des critiques, le gouvernement a déclenché vendredi, pour la première fois, son « plan Orsec chaleurs extrêmes », qui vise à mieux coordonner la réponse publique pour protéger les populations les plus vulnérables face aux conséquences sanitaires de ces températures extrêmes.

Sur le terrain, l’annonce de ce plan ne convainc guère. « Le gouvernement est dans la réaction faute d’avoir été dans l’anticipation, comme tous les gouvernements depuis la canicule de 2003 », déplore Yann Lasnier, délégué général des Petits Frères des pauvres, auprès de France Info. « C’est une gestion à l’arrache. Rien n’a été anticipé. Ils annoncent ça au bout de trois vagues de températures extrêmes. Désolé de le dire ainsi, mais c’est du foutage de gueule », renchérit Nathan Lequeux, coordinateur de l’antenne de Paris d’Utopia 56.

Son association a recensé 5 000 personnes qui « survivent à la rue » dans la capitale, en ce moment. Dont un campement de près de 1 000 personnes sous la ligne 2 du métro. « C’est une catastrophe. La situation est plus dramatique que jamais. Les hyperthermies, les coups de chaud, les malaises s’enchaînent sans discontinuer. La température dans les tentes dépasse parfois les 50 degrés avec l’effet de serre », poursuit-il. Samedi soir, alors que le mercure dépassait allègrement les 30 degrés à Paris, Utopia 56 a dû accueillir un nourrisson de deux semaines pour qu’il ne dorme pas à la rue.

Selon Nathan Lequeux, le SAMU social de Paris les a contactés pour prendre en charge des hébergements d’urgence à la suite du lancement du « plan Orsec ». Mais ceux-ci ne devraient durer que jusqu’à mercredi. « Et après, il se passe quoi ? Tout le monde est remis à la rue ? C’est une opération de com’, c’est l’indignité poussée à son maximum », rage le responsable associatif qui rappelle que la capitale française fait partie des métropoles européennes où le risque de mourir de la chaleur est le plus élevé.

La CGT réclame un plan d’urgence

Cette impréparation se fait aussi violemment ressentir dans le monde du travail où rien, ou presque, n’est prévu pour faire face à ces épisodes caniculaires. « Derrière les records de températures, il y a une autre réalité, beaucoup moins commentée, de millions de travailleurs et travailleuses qui continuent à faire tourner le pays sous des températures qui mettent leur santé en danger », note Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT.

Le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, assure avoir « anticipé et pris les décisions pour faire face à cette canicule ». Mais là encore, les retours du terrain remettent en cause ces éléments de langage. « Pour les salarié·es, la canicule n’est pas un inconfort. C’est un risque professionnel », rappelle Sophie Binet. Sans que cela entraîne une réelle prise de conscience au ministère du travail, qui s’abrite derrière le « décret chaleur » mis en place en mai 2025 – et qui montre déjà toutes ses limites.

Courant juin, au cours d’une table ronde avec les partenaires sociaux, Jean-Pierre Farandou a annoncé un possible « plan chaleur » qui pourrait être voté l’hiver prochain, renvoyant le reste des discussions au dialogue social au sein des branches. « Les travailleurs et travailleuses n’ont pas rendez-vous avec la canicule à Noël », raille encore la secrétaire générale de la CGT.

Les travailleurs et travailleuses n’ont pas rendez-vous avec la canicule à Noël.

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT

Son organisation a présenté, jeudi 9 juillet, un plan d’urgence pour faire face au dérèglement climatique au sein des entreprises. Une des mesures phares demandées par la CGT : « L’obligation d’interrompre ou d’adapter le travail en cas de dépassement des seuils d’alerte préconisés par l’INRS [Institut national de recherche et de sécurité – ndlr] : 28 degrés pour les travaux physiques et 30 degrés pour le travail sédentaire. »

Une demande balayée par le ministre dans une interview au Monde : « On ne peut pas arrêter la France à partir de 30 °C. » Pour voir ce qui est mis en place ailleurs, Jean-Pierre Farandou a proposé aux partenaires sociaux un « voyage d’études » en Espagne. « La mission d’un ministre n’est pas de préparer un voyage organisé. Mais de prendre des mesures immédiates pour protéger les salarié·es d’un risque qui peut être mortel », s’agace Sophie Binet.

À ce stade, aucun chiffre précis n’existe quant aux décès au travail du fait de la chaleur pendant ces trois épisodes caniculaires. Mais les premières remontées, dans la presse locale, par les informations de Mediapart ou celles de L’Humanité, laissent présager que le chiffre de neuf décès au travail du fait de la chaleur atteint en 2025 sera très largement dépassé.

Tout comme le nombre de morts du fait de ces vagues de chaleur à répétition. Les premières données de Santé publique France (SPF), rendues publiques la semaine du 22 juin, indiquaient une surmortalité de près de 30 %, soit 2 025 morts de plus que la semaine précédente. Un chiffre très vraisemblablement « sous-estimé », a souligné l’agence publique, laissant présager un bilan plus lourd encore. Un bilan qui, au regard du nouveau pic caniculaire actuel, s’aggravera davantage.

Pierre Jequier-Zalc


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