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Les adhérents du Parti socialiste ont, dans un même vote, enterré la primaire de gauche et ouvert la voie à une désignation de Raphaël Glucksmann ou de François Hollande pour la présidentielle. Dirigeant minoritaire d’un parti au bord de l’implosion, Olivier Faure refuse pour l’instant de démissionner.
L’agonie durait depuis des mois. La primaire de la gauche a finalement expiré jeudi 9 juillet, aux alentours de 22 heures – un an, presque jour pour jour, après sa naissance à Bagneux (Hauts-de-Seine). À l’époque, Olivier Faure se rêvait en artisan de la résurrection de la gauche plurielle. La nuit de jeudi à vendredi l’a ramené au poste de factotum chargé de lancer son requiem.
La « primaire ouverte » défendue par le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) – un mode de désignation accessible à tous les sympathisant·es de gauche moyennant 2 euros de paiement – a été retoquée par les militant·es lors d’un vote organisé jeudi. C’est le scénario porté par son opposition interne, celui d’une désignation strictement réservée aux membres à jour d’adhésion du PS et de ses partenaires – dont Place publique (PP) –, qui a recueilli une majorité (55,5 %) de suffrages exprimés.
L’option numéro un, celle d’Olivier Faure et de son courant « Le Cœur de la gauche », a été balayée. Le député assure cependant qu’il fera désormais « en sorte que tout le monde s’aligne » sur celle choisie par les militant·es. L’essentiel, martèle l’un de ses proches, est de « sortir du mélodrame qui nuit à la crédibilité du collectif ».
Mais que reste-t-il exactement de ce collectif ? Depuis des mois, les dirigeant·es socialistes s’écharpent sur à peu près tous les sujets. En mars, les fusions de listes avec La France insoumise (LFI) aux municipales, qui ont pourtant sauvé des villes, ont largement divisé les troupes. Puis, Boris Vallaud a quitté en mai la direction et privé Olivier Faure de sa courte majorité en son sein. Plus récemment, les dissensions du groupe PS à l’Assemblée nationale sur la censure portée par le parti Les Écologistes suivies du vote de jeudi ont complété le tableau.
« On ne sera pas à bord du radeau de la Méduse : moi, je ne vais pas avec ceux qui préparent le prochain congrès du PS plutôt que la présidentielle », s’agaçait ces derniers temps Marine Tondelier. Dans la tempête, le premier secrétaire du PS a eu beau jeu de citer à l’envi la fable de La Fontaine, Le Lion et le Rat – « On a souvent besoin d’un plus petit que soi » : ce n’est pas la morale mais la tentation hégémonique qui l’a emporté chez les socialistes.
Le vote du 9 juillet a entériné le choix du « repli » et de l’« isolement », a dénoncé Avenir socialiste, l’aile gauche du PS. Mais les réflexes ont la peau dure dans un parti, longtemps premier à gauche, qui semble avoir oublié son dernier score à la présidentielle, quand il avait là aussi opté pour une candidature autonome. En 2022, Anne Hidalgo n’avait en effet récolté que 1,75 % des suffrages exprimés, soit moins que le communiste Fabien Roussel, que l’écologiste Yannick Jadot ou même que Jean Lassalle.
En face, les deux courants concurrents à celui d’Olivier Faure, ceux du patron des député·es PS Boris Vallaud et du maire de Rouen (Seine-Maritime) Nicolas Mayer-Rossignol, ne cessaient de répéter qu’il n’y avait aucun intérêt à aller à une primaire de gauche. Pour eux, il ne s’agissait que d’une sorte de pugilat dont les candidat·es seraient ressorti·es groggy.
Ce qui n’a pas empêché les vocations de fleurir : les députés Jérôme Guedj et Philippe Brun, le maire de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) Karim Bouamrane, et depuis vendredi Ségolène Royal... ont annoncé leurs ambitions présidentielles. François Hollande, lui, reste encore en embuscade, tandis qu’Olivier Faure temporise, mais annonce tout de même sortir un livre à la rentrée, peu avant cette « primaire fermée ».
Pour l’heure, Boris Vallaud n’est pas candidat, mais il semble avoir choisi son camp : il a lancé avec Raphaël Glucksmann, hostile à la primaire de gauche et farouche opposant à tout rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon, le manifeste « Construire 2027 ». Comme lui, les adhérent·es socialistes – ou, du moins, celles et ceux qui ont voté jeudi – ont décidé de tendre la main au parti de l’eurodéputé, Place publique. « Cette main tendue, nous la saisissons », a répondu la direction de PP, vendredi en fin de journée. Sans en dire plus.
Car le temps joue en faveur de Raphaël Glucksmann : pourquoi ne pas se laisser l’été pour jauger le rapport de force, consulter les un·es et les autres ? Olivier Faure n’a pas ce luxe. Le premier secrétaire du PS est désormais le dirigeant minoritaire d’un parti minoritaire. Sans majorité dans les instances, sans majorité militante, les options à sa portée ne brillent pas par leur nombre. La démission en aurait été une s’il ne l’avait pas écartée d’emblée. Ses opposant·es internes ne la réclament pas non plus trop fort, peu enthousiastes à l’idée de se départager pour un poste aussi peu enviable.
L’horizon d’Olivier Faure s’était pourtant ouvert, en 2022 puis en 2024, lorsqu’il avait emmené les siens sur le chemin de l’union de la gauche. Son choix de l’alliance avec Sébastien Lecornu, jusqu’à voter le budget de la Sécurité sociale et à laisser passer le budget de l’État en refusant de voter les motions de censure, l’aura conduit à sa perte. À court terme, son rapprochement avec le camp présidentiel lui avait permis de fédérer les siens et de masquer les divergences, pourtant latentes, dans ses rangs.
La bombe était à retardement : l’épisode de la non-censure lui a été fatal. Il n’a pas empêché l’aile droite de son parti de se distancier de lui à la première occasion. Pire, il a rendu sa posture illisible aux yeux de l’électorat de gauche. « C’était un moment complètement inédit où le pays risquait le shutdown », autrement dit l’impasse budgétaire et l’arrêt de certaines activités gouvernementales, plaide aujourd’hui son entourage, qui jure que le PS d’Olivier Faure « n’a jamais fait défaut à ses partenaires ».
L’argument n’a visiblement pas infusé à gauche, où les fauristes se font de plus en plus rares. Sur le chemin de l’alliance avec les macronistes et du refus de tout rapprochement avec LFI, la base militante du PS a donc préféré l’original à la copie. Et choisi l’aile droite du parti plutôt qu’un premier secrétaire qui aura traîné, aux yeux de certain·es, les accords législatifs de 2022 et 2024 comme deux boulets au pied.
Pour les anciens alliés, le résultat du 9 juillet marque une rupture tout aussi franche : celle avec un PS qui a résolument quitté les rives de la gauche. « Les socialistes ont fait leur choix », celui « d’enterrer sans surprise la primaire, message reçu cinq sur cinq », a ainsi réagi Marine Tondelier, vendredi. La suite, pour la secrétaire nationale des Écologistes, semble désormais toute tracée. Elle entend réunir ses cadres mi-juillet pour faire acter officiellement que sa candidature à la primaire est maintenant une candidature à la présidentielle.
Et le PS, où va-t-il ? Le format retenu, celui d’un scrutin restreint à la base militante, ressemble à une offrande à Raphaël Glucksmann, François Hollande et toutes les figures de l’aile centriste du parti. Au-delà du casting, c’est un changement de stratégie qui se dessine. « Les macronistes infiltrés ont complètement noyauté le parti pour le faire glisser vers le centre », peste-t-on à la direction du PS. De là à imaginer un renversement d’alliances et un rapprochement du PS et de ce qui émergera du macronisme, le pas est si petit qu’il est tentant de le franchir.
Sarah Benhaïda et Ilyes Ramdani
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