![]() |
Créé dans la foulée du mouvement « Désarmer Bolloré », le collectif a organisé un happening contestataire devant le siège du groupe, à Vanves, le mercredi 1er juillet.
https://www.mediapart.fr/journal/fr...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260702-191859&M_BT=1489664863989
Mercredi 1er juillet, le collectif EducNat contre Bolloré a organisé sa toute première action devant l’immeuble vitré du groupe Hachette Livre, à Vanves, dans les Hauts-de-Seine. Devant l’entrée, onze militant·es ont dressé un mur de manuels scolaires, de cahiers d’exercices et de TD, des spécimens envoyés gratuitement par la maison d’édition à chaque fin d’année scolaire pour se faire un peu de publicité.
« Ces livres sont issus de nos établissements : ce sont des manuels de français, d’histoire-géo, d’anglais, de maths, des éditions Hatier, Lelivrescolaire.fr, Didier, Hachette… Tous ces manuels sont désormais sous la coupe du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, et nous n’en voulons plus ! », s’écrie une militante, qualifiant l’ambition du magnat de « croisade » destinée à faire gagner son camp politique. « Et avec Hachette, il possède désormais une manne financière énorme pour continuer de financer des chaînes comme CNews et Europe 1. »
Créé dans la foulée du mouvement « Désarmer Bolloré », le collectif s’est structuré l’hiver dernier pour sensibiliser les enseignant·es à l’emprise du milliardaire sur ces fameux manuels et appeler au boycott. Ces derniers mois, le collectif a donc d’abord accumulé les réunions pour informer un public le plus large possible. « Plein de collègues ne savent pas que le choix des manuels leur incombe, ni qui est Vincent Bolloré, ou bien que c’est lui qui détient le groupe Hachette », estime Mariette*, enseignante et militante à SUD Éducation.
Sur le long terme, une partie des professeur·es et des personnels issus du monde de l’édition redoute évidemment des réécritures réactionnaires. Mais, à très court terme, ils refusent déjà de voir Bolloré et les médias à sa solde s’engraisser sur le dos des élèves. « En 2023, le marché de l’édition scolaire en France représentait 10,6 % du marché de l’édition en France, soit 296 millions d’euros. Et tous ces manuels sont financés avec l’argent de l’État, des régions et des communes, c’est-à-dire avec l’argent de nos impôts ! », a poursuivi Mariette lors du happening. Avant d’estimer : « La bataille se joue dans chaque établissement […]. Il faut prendre position et arrêter de faire comme si Bolloré n’était pas l’un des plus grands financeurs de la progression de l’extrême droite. »
Dans le groupe rassemblé mercredi soir, Manon* abonde. « Il est partout, il colonise tous les champs du savoir et de la culture. Cette mainmise d’une personne avec des idées d’extrême droite, c’est dangereux », souffle cette militante issue du milieu de l’édition scolaire.
Depuis sa création, le collectif appelle aussi les personnels de l’Éducation nationale à soumettre des motions destinées à refuser ces ouvrages à l’occasion des conseils d’administration (CA) des établissements scolaires. « L’idéal, ce serait que les chefs et cheffes se prononcent pour l’intégralité de leur établissement. Ce serait un signal fort », poursuit la militante auprès de Mediapart.
Alors que le collectif peaufinait son action, mardi et mercredi, Joséphine Monin (CGT Éduc’action) prenait le problème à bras-le-corps lors du CA puis du conseil pédagogique de son collège situé à Saint-Gengoux-le-National (Saône-et-Loire). L’occasion pour elle de relayer la liste des manuels alternatifs disponibles sur le marché. « Il va y avoir des changements dans les programmes, nous allons renouveler les ouvrages dans certaines matières, et toute l’équipe pédagogique s’est engagée à ne plus acheter les manuels liés à Bolloré », rapporte l’enseignante, « agréablement surprise » de l’accueil favorable qui a été réservé à cette motion portée par les représentants locaux de la CGT Éduc’action et du Snes-FSU.
Précurseure en la matière, l’école belge EPFC (Enseignement de promotion et de formation continue), qui enseigne le FLE (français langue étrangère), a tiré un trait sur les livres du groupe Hachette il y a quelques mois déjà. Ici, on utilisait la méthode « Alter Ego » depuis plus de quinze ans, mais une quarantaine d’enseignant·es, sur les cinquante que compte l’école, a voté pour son abandon l’hiver dernier. Dans la foulée, la directrice a même pris soin d’envoyer un courrier au siège du groupe pour l’en informer. « Il nous semble particulièrement ironique de faire acheter par des migrants des ouvrages qui, même de façon minime, pourraient enrichir un groupe qui leur est hostile », a-t-elle argumenté dans sa missive.
Si ces initiatives sont encore isolées, elles sont aussi hautement symboliques pour ce collectif naissant. Tout comme sa première opération coup-de-poing, qui a laissé derrière elle des centaines d’ouvrages sur le trottoir mercredi soir. Mais aussi l’écho d’un message fort : « Le monde de l’éducation ne veut pas être complice de cette marche forcée vers la fascisation. »
Prisca Borrel
| Date | Nom | Message |