Nouvelle découverte sur Néandertal et rebondissements : son extinction ne s’explique pas comme prévu

jeudi 2 juillet 2026.
 

Si aujourd’hui Sapiens est l’unique espèce du genre Homo, cela n’a pas toujours été le cas. Par le passé, plusieurs espèces humaines ont toujours cohabité, jusqu’à ce qu’elles s’éteignent les unes après les autres.

La dernière espèce à nous avoir côtoyés est Néandertal. Établie depuis 400 000 ans sur le territoire eurasiatique, cette espèce « cousine » a fait la rencontre de Sapiens il y a environ 50 000 ans, lorsque celui-ci a commencé à se disperser hors d’Afrique. Pourtant, malgré sa présence séculaire sur ce territoire, Néandertal ne va pas survivre longtemps à cette rencontre. L’espèce s’est en effet éteinte il y a 40 000 ans.

Néandertal : l’énigme d’une disparition soudaine

Les causes de cette disparition font couler beaucoup d’encre depuis des décennies. Comment une espèce si bien adaptée à son environnement et depuis si longtemps implantée sur son territoire a-t-elle pu disparaître en si peu de temps ? Si le lien avec Homo sapiens semble évident, le mystère demeure. S’agit-il d’une dilution génétique en raison de l’hybridation avérée entre les deux espèces ? D’une compétition territoriale ? D’une éradication volontaire de la part de Sapiens ? Ou encore d’un déclin génétique lié à une forte consanguinité ?

Cette rencontre entre Sapiens et Néandertal a eu lieu il y a 60 000 ans dans ces montagnes du Moyen-Orient

Pour comprendre, les scientifiques ne disposent que des données archéologiques. Si celles-ci sont éparses, elles mettent toutefois en évidence certains éléments qui ne font que renforcer le mystère de cette disparition.

Les données confortent le fait que les deux espèces ont bien vécu côte à côte pendant plusieurs milliers d’années et les analyses génétiques des ossements et de notre propre génome sont claires sur le fait qu’il y a bien eu métissage entre les deux espèces.

Pourtant, Sapiens et Néandertal ont principalement continué à vivre au sein de petits groupes isolés, éparpillés dans l’immense territoire européen et sibérien. La population humaine totale était alors très faible et il est peu probable que ces différents groupes soient entrés dans une compétition directe pour les ressources alimentaires. Et si Sapiens et Néandertaliens semblent parfois avoir occupé les mêmes sites, à tour de rôle, rien ne laisse actuellement penser qu’il ait existé une hostilité entre les deux espèces. Dans la liste des hypothèses tentant d’expliquer l’extinction de Néandertal, reste donc celle d’un déclin génétique.

Une hypothèse qui reste toutefois débattue compte tenu de la difficulté à l’appuyer par des observations. En effet, les données génétiques de bonne qualité datant de plus de 40 000 ans sont extrêmement rares. Jusqu’à présent, seuls quatre échantillons étaient disponibles, dont trois provenant de Russie. Difficile d’établir des conclusions solides avec si peu de matériel !

De nouvelles données génétiques

Mais une récente étude, publiée dans la revue Nature, apporte de nouveaux éléments. Des données génétiques de 27 nouveaux individus néandertaliens, datant de 47 000 ans environ, ont été retrouvées. Elles incluent un échantillon de haute qualité, possédant suffisamment d’ADN pour pouvoir réaliser une analyse fine et précise. Ces données proviennent de 10 sites archéologiques situés dans le nord-ouest de l’Europe, en Belgique et en France.

Elles révèlent que si cette population du nord-ouest de l’Europe semble avoir formé un groupe distinct des autres populations néandertaliennes, le taux de consanguinité semble toutefois être resté faible. La diversité génétique de ces derniers néandertaliens serait d’ailleurs tout aussi bonne que celles des groupes plus anciens.

D’après les résultats de cette étude, Néandertal ne semble ainsi pas avoir subi de déclin génétique généralisé avant sa disparition. La cause de l’extinction de cette espèce serait donc à chercher ailleurs !

Et si la réponse se trouvait du côté du comportement social de Néandertal ? Si l’étude n’apporte pas de réponse claire sur ce point, elle met en lumière un autre élément intéressant. Alors qu’il existe plusieurs cas montrant que des individus Homos sapiens possèdent un ancêtre néandertalien dans les générations proches, les chercheurs n’ont encore jamais trouvé d’exemple confirmé d’individu néandertalien ayant un ancêtre sapiens dans son arbre généalogique.

Les Néandertaliens mâles se seraient davantage accouplés avec des femmes sapiens !

Cette étonnante asymétrie pourrait s’expliquer, d’après certaines études, par une incompatibilité génétique du côté de Néandertal, ce qui l’aurait empêché, contrairement à notre espèce, d’intégrer de l’ADN sapiens. Mais d’autres explications sont également possibles, comme l’expose dans cet article Carles Lalueza-Fox, directeur du Natural Sciences Museum de Barcelone, qui n’a pas pris part à l’étude.

« À mon avis, ce biais manifeste reflète probablement un modèle d’acceptation sociale différenciée chez les Néandertaliens. En bref, les premiers humains modernes étaient capables d’accepter des enfants issus de croisements avec des Néandertaliens, mais pas l’inverse, pour une raison ou une autre ».

Ce comportement social pourrait-il être l’une des causes de la disparition de Néandertal ? Si l’idée est à creuser, le mystère entourant l’extinction de cette espèce reste pour l’instant encore entier !

Article de Morgane Gillard, Rédactrice


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message