Canicule : la gauche se chauffe face à un gouvernement « en dessous de tout »

dimanche 5 juillet 2026.
 

Face aux appels de la droite et de l’extrême droite à dépolitiser les débats, la gauche tente au contraire de faire de l’épisode caniculaire un sujet clivant. Si le PS et Raphaël Glucksmann se font discrets, La France insoumise et Les Écologistes esquissent les contours d’une politique publique sociale et ambitieuse.

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Dès les premiers instants de son intervention à l’Assemblée nationale, mardi 23 juin, Mathieu Lefèvre donne le ton gouvernemental. « Je pense qu’on peut avoir un débat dépolitisé sur le sujet », plaide le ministre délégué à la transition écologique. Le lendemain matin, sur France Info, le vice-président du Rassemblement national (RN), Sébastien Chenu, tente à son tour d’effacer les clivages : « La clim, elle n’est pas de gauche, elle n’est pas de droite. »

C’est peu dire qu’à gauche, l’analyse n’est pas la même quant à la façon de se saisir de l’épisode caniculaire qui traverse la France. « Avec eux, il faudrait tout dépolitiser, cingle la députée La France insoumise (LFI) Aurélie Trouvé. Les morts de la chaleur, c’est évidemment une question politique. Des personnes décèdent à cause de la politique de ce gouvernement. Ce n’est pas une fatalité. »

Au sein du mouvement mélenchoniste comme chez Les Écologistes, le choix a donc été fait de politiser l’épisode caniculaire. Mardi 23 et mercredi 24 juin, les deux partis de gauche ont présenté des plans destinés à construire une réponse structurelle à la multiplication des vagues de grande chaleur. Pas question, de part et d’autre, d’y voir un simple accident naturel. « La canicule est avant tout un phénomène politique qui démultiplie les effets des inégalités sociales », affirme LFI dans le document transmis à la presse.

La politique gouvernementale est, sans surprise, au cœur des critiques formulées par les oppositions de gauche. « Qu’avez-vous fait ? Rien ! », s’est emportée la députée écologiste Éva Sas mardi à l’Assemblée nationale, évoquant les personnes âgées suffoquant dans les Ehpad, les chambres d’hôpital bouillantes ou les écoles « qui ferment une à une ».

En l’absence de la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, qui n’avait une fois encore pas cru bon de se présenter devant les parlementaires, son « ministre bis », Mathieu Lefèvre, a suscité une bronca dans l’hémicycle en lançant : « Ça fait neuf ans qu’on se prépare ! » Avant de dénoncer les « postures politiciennes » de ses opposant·es, « ce qui n’est pas responsable en période de crise ».

L’inaction macroniste au cœur des critiques

L’insoumise Aurélie Trouvé ne porte évidemment pas le même jugement sur la décennie passée. « On sort de dix ans d’une régression épouvantable sur le plan environnemental, déplore-t-elle. Tout le monde savait qu’on se dirigeait vers des événements climatiques majeurs. Et le gouvernement n’a rien fait et s’est montré en dessous de tout. L’adaptation en est au point zéro. »

Le plan de LFI prévoit cinq mesures phares, dont chacune fait l’objet d’une proposition de loi distincte : le droit de retrait climatique dans le monde du travail, le congé climatique pour les parents d’élèves confrontés aux fermetures d’établissements, la réquisition des logements vacants, le droit opposable à la protection contre les fortes chaleurs, et la garantie de l’accès aux loisirs et à la fraîcheur.

La question de la rénovation thermique des logements traverse également les propositions de loi imaginées par le groupe insoumis à l’Assemblée. « Les industriels du bâtiment nous disent qu’ils sont prêts à lancer massivement des chantiers, c’est incompréhensible, peste Aurélie Trouvé. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas de visibilité à cause du stop-and-go incessant du gouvernement. »

Mercredi après-midi, c’était au tour des Écologistes de présenter leurs propositions lors d’une conférence de presse organisée dans un hôtel parisien (climatisé). « On souffre deux fois aujourd’hui, et de la chaleur, et du niveau d’âneries qu’on entend à longueur de journée… », a souligné en introduction la secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, dénonçant un « climat politique irrespirable ».

À ses côtés, le sénateur Thomas Dossus a décliné son plan à 7 milliards d’euros pour adapter la France à une augmentation de 4 °C. Au programme : sanctuarisation du Fonds vert (fixé à 2,5 milliards d’euros par an) pour financer l’action des collectivités locales, octroi de 1 milliard pour sauvegarder l’accès aux ressources en eau, plan d’adaptation des infrastructures (1 milliard d’euros).

Le mouvement a également insisté sur la mesure phare de Marine Tondelier, présentée début mai : l’instauration d’un congé climatique, dont la mise en place est estimée entre 600 millions et 1 milliard… « On n’a pas attendu la canicule pour proposer cette idée de congé climatique », a souligné la cheffe de file des Écologistes, jurant que si cette idée avait au départ été « ridiculisée », elle s’imposerait demain de manière aussi évidente que les congés payés aujourd’hui.

Un texte transpartisan resté dans les tiroirs

Les propositions nouvelles du Parti socialiste (PS) face à l’intensité de la crise sont en revanche un peu plus floues. Si on notera la soudaine discrétion de Raphaël Glucksmann, la direction du PS se contente de renvoyer au projet présidentiel récemment ficelé par Chloé Ridel qui préconise le développement de l’architecture bioclimatique contre le « tout-béton », la rénovation des parcs de logement pour faire disparaître les passoires thermiques en 2050 ou encore la création d’une « prime pour le climat » remplaçant MaPrimeRénov’ pour financer la transition énergétique des logements…

Du côté du Parti communiste français (PCF), le chef de file des député·es, Stéphane Peu, a quant à lui déploré qu’une proposition de loi transpartisane (de LFI à Horizons) visant à adapter les logements aux fortes chaleurs et à protéger leurs occupant·es, continue de dormir depuis un an dans les tiroirs du bureau de l’Assemblée nationale, la Conférence des présidents de l’institution n’ayant jamais jugé bon de la mettre à l’ordre du jour.

« Or, il y a urgence », estime Stéphane Peu. « Il est temps de faire entrer notre pays dans l’ère de l’adaptation [au changement climatique] », a de son côté souligné la députée socialiste Mélanie Thomin, appelant le gouvernement à « jeter un œil à la météo » pour préparer le prochain budget.

La répétition et la gravité des événements climatiques de l’ordre de celui qui traverse le pays invitent à dépasser les solutions déjà évoquées. Des tribunes et des contributions scientifiques appellent par exemple à explorer la forêt et les sous-sols comme des terrains d’avenir face aux grandes chaleurs. La question de la climatisation, plébiscitée par la droite et l’extrême droite, ne suscite pas le plus grand confort à gauche, où l’on déplore son coût écologique, tout en reconnaissant son caractère parfois indispensable.

Pauline Graulle et Ilyes Ramdani


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