Présidentielle : Mélenchon accélère... et le reste de la gauche bricole encore

vendredi 19 juin 2026.
 

Alors que le leader insoumis a rassemblé des milliers de personnes à Saint-Denis pour son lancement de campagne, les communistes et Les Écologistes ont passé le week-end à se compter et à tenter de s’extirper de leurs querelles d’appareil. Quand le premier déroule, les seconds font du surplace.

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Dimanche 7 juin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Jean-Luc Mélenchon a lancé, triomphant : « C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne ! » Et enterré dans la même phrase la primaire de la gauche dite « unitaire ». Si le leader de La France insoumise (LFI) ne voit plus de compétition à gauche, les autres partis tentent toujours de se mettre en ordre de bataille. Mais englués dans leurs querelles d’appareil ou les ambitions personnelles, ils ont vu dans le miroir du parvis bondé de la basilique de Saint-Denis leur propre paralysie.

Avec 26 000 participant·es revendiqué·es et galvanisé·es par les discours de figures incontestées de la gauche, comme les écrivain·es Annie Ernaux et Éric Vuillard, LFI a fait la preuve dimanche de sa capacité – sans égale à gauche – à mobiliser. Ce que la députée écologiste Sandrine Rousseau appelait lundi matin sur Sud Radio un « incroyable succès ».

Depuis des jours, dans les rangs des partis concurrents, on redoutait la comparaison et on louait, sous couvert d’anonymat, un mouvement « organisé et qui envoie ». « Mélenchon est le seul qui a compris la nature de l’élection présidentielle : il ne s’embarrasse pas des histoires de parti, il mise sur une incarnation et un projet et il avance sur le mode “qui m’aime me suive” », assénait par exemple un élu de Place publique.

« Personne d’autre à gauche ne peut faire une démonstration de force comme celle-là, avec autant de monde », se félicitait Arthur, 26 ans, à l’issue du meeting de Saint-Denis auquel il venait d’assister. « Contrairement au reste de la gauche, il a des idées et il a déroulé un programme », abondait son amie Julie, élève avocate de 24 ans.

La mobilisation, c’est précisément la question que se pose le courant Alternative communiste dans un communiqué publié après le vote qui a occupé toutes les sections du Parti communiste français (PCF) ces deux derniers jours. Dimanche soir, le texte porté par la direction sortante, celle chapeautée par Fabien Roussel, a remporté plus de 61 % des votes des militant·es.

Conseil fédéral des Écologistes mouvementé

Les militant·es du PCF se sont donc prononcé·es clairement pour l’indépendance à la présidentielle. Mais ce score reste bien moins important que celui de 2023, quand le secrétaire national avait recueilli plus de 80 % des suffrages exprimés.

Au-delà des scores des un·es et des autres, c’est le nombre d’adhérent·es et de votant·es qui inquiète Alternative communiste. « En huit ans, le PCF a perdu 11 945 adhérent·es, soit près d’un quart de ses effectifs. […] Cette érosion se retrouve également dans la participation aux débats internes », accuse le courant. Un effritement qui n’a pas échappé à LFI et à son chef de file, qui ne rate pas une occasion de tendre la main aux communistes avec des arguments variés : des postes de ministre, a-t-il dit une fois, des circonscriptions à garder, une autre fois…

Chez Les Écologistes aussi, le week-end passé devait être celui de la clarification. Depuis des jours, rumeurs et fuites annonçaient un conseil fédéral mouvementé. Des opposant·es internes devaient déposer la motion qui aurait pu mettre Marine Tondelier en défaut. Avec une primaire de la gauche qui n’en finit pas de couler, ce texte devait demander à revoir de fond en comble la stratégie, la candidature de la secrétaire nationale à la primaire, et donc à la présidentielle, et mettre en lumière le caractère minoritaire de son choix.

Mais le grand chambardement annoncé n’a pas eu lieu. « Motion présidentielle retirée car comme nous l’annonçons depuis des semaines, les porteurs étaient minoritaires », se félicitait dès dimanche matin l’entourage de Marine Tondelier. Les tenant·es d’un changement de ligne, voire de discussions ouvertes avec LFI, ne s’avouent toutefois pas vaincu·es. « Je voudrais une discussion à l’intérieur du parti […], je voudrais que Les Écologistes aient enfin une discussion sur la stratégie pour 2027 », plaidait par exemple Sandrine Rousseau lundi matin, sur Sud Radio. Le prochain conseil fédéral est prévu le 11 juillet.

Au Parti socialiste, après la dernière crise autour de la « double primaire » d’Olivier Faure il y a une semaine, on tente aussi d’avancer… en direction d’un adversaire déclaré de la primaire. Lundi 8 juin, les dirigeants des trois grands courants du parti, qui ne parviennent pas à s’accorder sur la stratégie à adopter pour la présidentielle, rencontreront le candidat pas encore déclaré mais déjà en campagne Raphaël Glucksmann. Chez les socialistes aussi, le mot d’ordre semble être de repousser les échéances.

Mais dans la gauche qui ne se définit plus que par ce qu’elle n’est pas – la « gauche non mélenchoniste » donc –, le temps presse. Son principal argument consiste à répéter que le leader insoumis, s’il est le meilleur candidat de premier tour, est le pire pour le second. Combien de temps pourra-t-elle tenir ce discours sans se lancer elle-même sérieusement dans la campagne ?

Sarah Benhaïda


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