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Feignant la suprise et la tristesse, Darmanin fait le tour des plateaux télé pour nous parler de Lyhanna. Lui-même été mis en cause par deux femmes pour viol et abus de faiblesse. Il a été Ministre de l’intérieur, donc à la tête des services chargés d’enquêter sur lui. Verdicts : non-lieu et classement sans suite. Là, il est Ministre de la justice. Ça ne peut pas « bien se passer ».
Lui là, sur les réseaux, publiquement et sans aucune retenue, il parle de Flavie Flament. Il dit qu’elle aurait dû renoncer à sa carrière pour éviter de croiser la route de celui qui l’a violée lorsqu’elle avait 16 ans : Patrick Bruel. Il dit qu’elle a "choisi le pognon". Il dit qu’elle "se pose en victime". Il dit qu’elle est folle. Moi, je dis que c’est à cause de ce genre d’étron que la culture du viol perdure, que les victimes gardent le silence. Mais voila, Charles il n’a toujours pas compris que nos agresseurs sont partout. Charles il ignore que : 99% des auteurs condamnés pour des affaires de violences sexuelles sont des hommes, 86% des plaintes sont classées sans suite, seuls 6% des violeurs sont condamnés selon le ministère de la justice.
Et quand tu as fini avec Charles, tu tombes sur une interview de Julien Odoul sur France info, les journalistes lui parlent de la petite Lyhanna enlevée et séquestrées par un pédocriminel ayant échappé trop longtemps à la justice. L’enfant a été retrouvée sans vie. Les journalistes lui font remarquer, à juste titre, qu’à l’Assemblée nationale, le Rassemblement National votent souvent contre les intérêts des victimes. En moins de deux minutes Odoul dévie la conversation vers, je cite : "l’immigration anarchique" qui serait responsable de l’augmentation des violences sexuelles. Odoul nous dit qu’il y a des "chiffres", "des études" mais il ne nous dira pas lesquels. Nous, en revanche, nous avons des chiffres qui vont à contresens des arguments xénophobes de monsieur Odoul : "Près de 9 victimes sur 10 connaissent l’agresseur, 34 % étaient des membres de la famille (50 % de (ex-)partenaires ; 50 % d’autres membres de la famille). Enfin, 64 % des agresseurs étaient des personnes non apparentées telles que des amis, des collègues ou des connaissances".
Dans ce pays où les racistes ont bien trop de visibilité, quand tu as fini avec Odoul, tu tombes sur les déclarations d’Alice, une néonazie qui s’évertue elle aussi à répéter sur les réseaux et dans les médias que les violeurs sont des migrants, des arabes ou des musulmans. Mais Alice, elle fait mine d’être surprise lorsqu’elle découvre qu’un pédocriminel a échappé à la justice depuis des années malgré plusieurs plaintes. Puis, il a fini par enlever et tuer une enfant et Alice s’est indignée sur les réseaux. Pourtant, ça ne l’intéressait pas avant "les violeurs blancs", cette chère Alice. Elle et ses copines néonazies de "Nemesis" et plus largement la droite et l’extrême-droite détournent l’attention des violences sexuelles en focalisant sur les agresseurs "étrangers" ou "immigrés"(je cite), ce qui leur permet d’effacer le fait que ces violences sont systémiques et de faire passer un message erroné tendant à faire croire aux masses que tous les violeurs sont des personnes "non-blanches".
Alice qui n’est pas dérangée par le pédocriminel Jean-Marc Morandini condamné pour corruption de mineurs. Alice n’est pas non plus dérangée Pierre-René Lavier, le secrétaire général du média d’extrême-droite Livre noir qui a été condamné à trois mois d’emprisonnement avec sursis et mille euros de dommages-intérêts pour des violences sur son ex-conjointe en 2022. Alice elle aime bien Éric Zemmour, accusé par huit femmes d’agressions sexuelles entre 1999 et 2019. Je pourrais lui dresser une liste de plusieurs pages de violences faites aux femmes et aux enfants qui ne l’ont jamais émue ni intéressée cette chère Alice. Elle et ses semblables qui utilisent la "présomption d’innocence" comme une arme pour décrédibiliser la parole des victimes et protéger les agresseurs (blancs et bourgeois).
Sur Cnews, lors de l’émission 100% Politique du 4 juin, suite aux "manquements" du système judiciaire et de la justice à tous les niveaux concernant l’affaire Barella, le directeur de l’Institut pour la Justice Pierre-Marie Sève n’a pas manqué cette occasion pour taper sur le Syndicat de la magistrature. Les accusant d’être un "groupe 100% idéologique" pronant le "laxisme", il a aussi déclaré : « Le syndicat de la magistrature est déconnecté à tous les niveaux de ce que pensent 99% des gens », affirmant que la majorité de la population réclamait une justice plus punitive. Mais monsieur Sève n’a sûrement pas lu le communiqué sur Syndicat de la Magistrature datant de janvier 2026 où l’on pouvait lire que ces derniers réclamaient plus de moyens et d’effectifs : " le projet de loi de finances pour l’année 2026 prévoit le recrutement de 286 magistrat·es, soit 29 de moins que prévu dans l’étude d’impact de la loi organique du 20 novembre 2023. Compte tenu des recrutements effectués en 2023 et 2024, il faudra 312 magistrat·es effectivement recruté·es en 2027 pour que l’objectif de 1500 magistrat·es soit atteint. Nous n’y sommes pas. »
Quand tu as fini avec Julien, Alice, Charles et consorts, tu tombes sur un article dans la presse sur l’enlèvement et le probable meurtre de Lyhanna 11 ans. Chapeau de l’article : "l’ombre d’un possible dysfonctionnement de la justice" .. non ce n’est pas un dysfonctionnement : c’est un système. Un système patriarcal qui protège les pédocriminels et violeurs comme Jérôme Barella. Un système qui ne prend ni en compte la parole des femmes ni celle des enfants victimes de violences sexistes et sexuelles. Un système qui a instrumentalisé la présomption d’innocence pour décrédibiliser la parole des victimes, voire les criminaliser. Donc à nos politiques, à la justice et aux médias de masse : ne faites pas mine de tomber des nues, épargnez-nous vos éléments de langage car cette culture du viol, ce mépris pour les victimes de violences sexuelles, c’est vous qui le faites perdurer.
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