Climat : ni vision, ni solutions, merci Macron !

vendredi 5 juin 2026.
 

Est-ce juste un oubli ? Ou la marque d’un aveuglement, voire du déni ? Le 26 mai, le chef de l’État a célébré « l’équipe de France de l’électrification » sans un mot sur le changement climatique. La France est pourtant l’un des pays au monde les plus touchés par le réchauffement.

Au troisième jour de pic de chaleur, déjà sept morts. Mardi 26 mai, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a eu le triste privilège d’annoncer le tout premier bilan provisoire de la canicule qui fait bouillir la France : deux personnes noyées en Gironde, une dans la Marne, une en Seine-et-Marne et une dans le Maine-et-Loire, selon les précisions apportées par son cabinet à l’AFP. Les deux autres décès ont eu lieu lors de compétitions sportives à Lyon et Paris.

Mais le commentaire de la ministre devrait autant retenir l’attention que son décompte macabre : au-delà des mesures prises par l’État, les préfectures et les communes, « il y a la vigilance individuelle de chacun, qui est extrêmement importante dans ce genre de moment ».

Face à un épisode de chaleur qui est « un événement sans précédent », selon le climatologue Christophe Cassou, avec une chance sur 1 000 de se produire au mois de mai, avant même le début de l’été, il ne faudra donc compter que sur soi-même pour tenir le choc.

Derrière son maternalisme glaçant, la phrase de Maud Bregeon est un aveu d’échec : la politique de lutte contre les dérèglements climatiques et d’adaptation aux effets irréversibles d’un monde à + 2 °C restera l’un des grands ratages d’Emmanuel Macron.

Élu en 2017, deux ans après l’accord de Paris sur le climat, l’ancien jeune président a complètement loupé le coche de la bascule climatique. Une fois claironnés les bons mots (« Make our planet great again » en 2017 pour se moquer, déjà, de Donald Trump), rien de sérieux ni d’ambitieux n’a été enclenché par l’Élysée pour décarboner le pays et le mettre sur la voie d’une forme de justice climatique. Emmanuel Macron n’a eu ni vision ni stratégie ni réussite durable.

Déni des bouleversements

Mardi matin, alors que le pays s’apprêtait à traverser un nouvel épisode caniculaire précoce, au lendemain de la journée la plus chaude jamais enregistrée pour un mois de mai depuis le début des mesures de Météo-France, que faisait le chef de l’État ? Une intervention pour annoncer la fermeture des écoles en raison des températures trop élevées ? Une vidéo depuis un parc pour inviter chacun·e à rester au frais ? Une allocution solennelle pour déclarer que « nous sommes en guerre contre le changement du climat » ?

Non.

Il a reçu à l’Élysée « l’équipe de France de l’électrification », pour répéter les mesures du plan d’électrification des usages – déjà présenté en avril par Sébastien Lecornu. Et prononcer un discours dans lequel il a énuméré les noms d’entreprises du secteur de l’électricité, sans prononcer les mots « climat », « changement climatique » ou « réchauffement ».

En dix ans, la France métropolitaine s’est déjà réchauffée de 2,2 °C.

À peine le chef de l’État a-t-il évoqué le « phénomène météorologique » en cours. Comme s’il s’agissait d’un accident ponctuel, d’un problème de mauvais temps, et pas de l’effet prévisible et annoncé du bouleversement du système climatique à cause de l’excès de CO2 balancé dans l’atmosphère par les pays riches et la mondialisation.

Juste un oubli ? Ou la marque d’un aveuglement, voire du déni des bouleversements systémiques en cours ?

Car tout était prévisible et annoncé. Les modélisations des scientifiques simulent les intensités des événements climatiques dits extrêmes provoqués par les bouleversements du système. Chaque rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est accompagné d’un résumé « pour les décideurs », destiné aux responsables politiques.

En juillet 2025, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte expliquait, lors de la présentation du rapport du Haut Conseil pour le climat, que le réchauffement climatique en France – comme dans le reste de l’Europe – est plus prononcé que dans le reste du monde. En dix ans, la France métropolitaine s’est déjà réchauffée de 2,2 °C. L’année 2024 a été l’une des cinq plus chaudes de l’histoire du pays. C’est aussi celle où près de 3 700 personnes sont mortes en lien avec les vagues de chaleur.

Cette hausse très importante des températures en France « dope » les événements extrêmes, et donc notamment les vagues de chaleur terrestres et maritimes, explique encore la chercheuse.

Depuis dix ans, et si l’on compare avec la période entre 1961 et 1990, la situation s’est déjà terriblement dégradée en France : le nombre de vagues de chaleur a été multiplié par six, les conditions propices aux feux de végétation concernent une superficie multipliée par 2,5. La sécheresse des sols affecte une superficie qui a augmenté de 50 %. Les inondations de l’hiver 2023-2024 dans le Nord et le Pas-de-Calais ont coûté entre 520 et 615 millions d’euros. Le cyclone Belal a frappé La Réunion et Chido a dévasté Mayotte.

L’État continue de promouvoir les autoroutes, de vouloir étendre les activités de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

Tout le monde peut consulter en ligne à tout moment les rapports du Haut Conseil pour le climat, y compris le président de la République. Ils sont d’ailleurs agrémentés de résumés pour les personnes qui n’ont pas beaucoup de temps.

Aucun·e chef·fe d’État ne peut, à la seule force de ses poignets, arrêter le dérèglement climatique en cours. Même pas Jupiter. Mais leurs responsabilités et leur devoir sont de prendre les mesures nécessaires à la protection des personnes qui habitent le territoire qu’elles et ils gouvernent.

Un panel de décisions antiécologiques

Or le bilan climatique d’Emmanuel Macron est mauvais. La France ne réduit pas assez ses émissions de gaz à effet de serre. En 2025, les rejets de CO2 – mais aussi de méthane, de protoxyde d’azote, d’ozone et de gaz industriels – n’ont baissé que de 1,5 % en France par rapport à 2024. C’est trois fois moins que l’objectif officiel fixé par la stratégie nationale bas-carbone (SNBC), qui demande une réduction d’au moins 4 % chaque année jusqu’en 2030.

Le secteur du bâtiment se voit attribuer des objectifs d’économies d’énergie depuis quinze ans « sans qu’aucun n’ait jamais été atteint quantitativement », remarque le Haut Conseil pour le climat. Et que fait l’exécutif ? Il prépare une modification du mode de calcul de la performance énergétique des logements qui permettrait de faire disparaître 380 000 passoires thermiques.

L’agriculture est un des principaux secteurs d’émission de gaz à effet de serre, et « en première ligne » des impacts du changement climatique, selon Valérie Masson-Delmotte ? Le gouvernement aligne les lois et les décrets qui contribuent à « verrouiller sur le long terme la production agricole dans des modèles intensifs en émissions », écrit encore le Haut Conseil pour le climat.

Dans le secteur des transports, premier poste de rejets de CO2 en France, la seule politique de décarbonation mise en avant par le gouvernement est celle de l’électrification, malgré toutes les limites pointées par usagers et spécialistes. Pendant ce temps, l’État continue de promouvoir les autoroutes, à l’image de l’A69 dans le Sud-Ouest, de vouloir étendre les activités de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, et de ne pas réouvrir les petites lignes locales de train.

Après quasiment dix ans au pouvoir, Macron aura peut-être électrifié la France. Mais il n’aura pas fait grand-chose pour la rafraîchir.

Jade Lindgaard


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