L’EXIL DES VASCONS EN ARAGON

jeudi 21 mai 2026.
 

Le 15 mai 1477, Jean II d’Aragon ordonne l’expulsion des Gascons et des Navarrais de la ville de Huesca après des années de répression. Il existe une citation historique polémique qui démontre l’utilisation de l’Euskara dans les Pyrénées de Huesca jusqu’au Moyen Âge avancé. Un décret des rois d’Aragon de l’année 1349 interdit l’usage de l’arabe (algaravia), de l’hébreu (abraych) et de l’euskara (basquenç) sur le marché de Huesca : " ... que personne ne fasse de commerce, ni n’achète ni ne vende entre les gens, parlant en algaravia ni en abraych ni en basquenç : et que celui qui le fera paie pour amende XXX sols..." (monnaie en or aragonaise). Certains y voient une persécution ou une marginalisation administrative contre ceux qui n’étaient pas chrétiens : juifs, musulmans et païens vascons.

De nombreux auteurs défendent l’existence d’un substrat primitif de type vasco-aquitain pour les Pyrénées, disant que les Aquitains, les Vascons, les Iacétans seraient des ethnies apparentées et descendantes de ce substrat ethnique. Certains auteurs soutiennent que les ethnies qualifiées d’ibères par les auteurs classiques, comme les Cerretanos du Sobrarbe-Ribagorza et les Ilergetes de Huesca et Lérida, étaient basco-aquitaines, (dans les terres ilergetes, nous avons encore la Sierra de Alcubierre). Ils vont même jusqu’à dire que ce substrat atteignait la Méditerranée sur la base de toponymes comme Tossa de Mar, (Iturissa), et Elne, (Iliberris). Ces auteurs affirment que ce substrat est resté dans les Pyrénées tandis que la vallée de l’Èbre s’indo-européanisait, (cultures des champs d’urnes et influences hallstattiennes ultérieures).

En dehors de cette hypothétique unité culturelle primitive entre la Navarre, (berceau des Vascons), et le Haut-Aragon, l’histoire documente que les Vascons s’étendent depuis la première moitié du IIe siècle avant J.-C. au détriment des Suessetans, (vaincus par Caton lors d’une guerre impliquant de nombreuses ethnies ibères de tout le nord-est), des Iacetanos et des Cerretanos. En basque roncalais, dialecte presque disparu, ils appellent Sos del Rey Católico Suessa, ce qui donne une idée de l’enracinement du peuple suessétan dans les terres des Cinco Villas.

Les Suessétans, tout comme les GAULOIS de Gallur et des rives du río gallego, étaient d’origine celtique. Certains auteurs nient la parenté ethno-linguistique entre Yacétans et Cerretans avec les Vascons, mais dans le livre de Caro Baroja « Les peuples d’Espagne », il y a un tableau où l’on voit des mots communs de leurs zones respectives, ce qui laisse la question ouverte. Quoi qu’il en soit, l’expansion vers le nord de l’Aragon, commencée vers la première moitié du IIe siècle av. J.-C., a eu pour résultat des établissements vascons dans la région. Dans les Hautes Cinco Villas (Nord de la province de Zgz), et à la Puebla de Castro (NE de la province de Huesca), des anthroponymes basques sont déjà documentés, mais ils ne sont pas les seuls à apparaître dans ces zones, car il y en a aussi de typiquement ibériques et celtiques.

L’expansion vasque en Aragon durant la domination romaine, nous pensons qu’elle s’est faite sous forme d’infiltrations occupant des vides de peuplement, (affectés par des guerres comme les guerres ibériques ou par des incursions de pillards ou par des épidémies), dans des zones qui intéressaient peu les Romains, (les Romains envoyaient leurs esclaves dans les sombres forêts de la Ribagorza pour chercher des champignons d’une espèce très recherchée, ce qui donne une idée de l’abandon de cet endroit). Pendant l’époque romaine, les habitants du nord de l’Aragon sont désignés selon la zone géographique qu’ils occupent : boletanos, barbotanos, etc..., bien que certains auteurs notent déjà que IACCA, (JAca), appartient aux Vascons. Les yacetanos et les cerretanos pouvaient être vasco-aquitains, mais à de nombreuses occasions, ils ont pu être assimilés et remplacés par les Vascons. Nous avons deux cas historiques exemplaires : - Sur le plan linguistique : nous avons dans les Andes, où le quechua s’est étendu au détriment d’autres langues amérindiennes à l’époque coloniale, en devenant le véhicule de communication entre Indiens de divers origines vivant en opposition aux créoles de basse altitude. - Sur le plan démographique : au début deAu XXe siècle, les Turcs exterminent les Arméniens dans les zones contrôlées par le gouvernement et les Kurdes occupent leurs terres, de sorte qu’une minorité ethnique en remplace une autre.

Pendant la domination wisigothique, le mot vascon tend à prendre un sens générique en faisant allusion à des populations sauvages, des zones isolées, peu ou pas romanisées et christianisées. Du temps de Léovigild, vascon prend la nuance de féroce et barbare. Les noms d’autres peuples, voisins des Vascons et peu romanisés, tombent dans l’oubli, en raison de leur position marginale, et celui des Vascons est davantage utilisé, en raison de sa proximité avec l’EBRO et les passages de RONCESVALLES et SIRESA, de sorte que le nom vascon prévalut à partir du Ve siècle pour désigner les populations peu ou pas romanisées et christianisées entre le golfe de Gascogne et Lérida. Des Bagaudae vascons pillèrent le nord-ouest de l’Aragon et arrivèrent à assiéger Saragosse. En l’année 449, ils tuèrent l’évêque de Tarazona. Les Vascons furent repoussés de la vallée de l’Èbre par le roi wisigoth Suintilla au début du VIIe siècle.

Les CERRETANOS sont mentionnés comme peuple pour la dernière fois pendant la première période de domination musulmane, car ils avaient formé un petit État indépendant dans la haute vallée du Gállego, la Sarritaniya, de Samianigo vers le haut, qui posa peu de problèmes aux musulmans de Saragosse. Cependant, les nombreux toponymes basques de Huesca, (Chabierre, Benavarre, Laskuarre, Sierra de Guara), et de Lérida, (Esterri d’Aneu), et les emprunts linguistiques en aragonais, (ibón, aguerro, abiento, etc.), et catalan, (esquerra, muga, mardà, socarrar, sargantana, etc.), montrent combien les Vascons émigrés étaient implantés dans ces terres pyrénéennes.

Au XXe siècle, l’anthropologue Caro Baroja, dans son livre Los Pueblos de España, rend compte de nombreuses coïncidences culturelles entre l’intérieur de la Navarre et le Haut Aragon, qui ne se limitent pas à de petits symboles gravés dans la pierre :

- Culture matérielle : un type de charrue commun

- Droit coutumier : coïncidences dans leou d’héritages et d’autres choses comme la Loi de primogéniture ou le libre choix des héritiers.

De toute façon, nous pensons qu’une partie des coïncidences ethnographiques actuelles peut s’expliquer par la contiguïté géographique, par le fait d’être des zones de nature et de vie similaires, ou aussi parce qu’Aragon, Sobrarbe et Ribagorza furent des comtés parfois dépendants du Roi de Navarre, jusqu’à ce qu’ils se séparent à la mort de Sancho le Grand (1035), séparation définitive à la mort d’Alphonse Ier le Batailleur (1134


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