La chute de l’Empire romain provoquée par les invasions barbares... pourquoi on avait tout faux

dimanche 24 mai 2026.
 

Contrairement aux idées reçues, la chute de l’Empire romain à la fin du Ve siècle après J.-C. n’est pas due à des invasions de « tribus barbares » venues du Nord qui auraient déferlé sur la « civilisation » romaine du Sud. Cette vision d’un choc de cultures, devenue un poncif grâce à quelques films hollywoodiens et aujourd’hui délaissée par les historiens, vient d’être clairement réfutée par une récente étude scientifique européenne publiée dans la revue Nature.

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Dirigée par le professeur Joachim Burger, anthropologue et généticien de l’université Johannes-Gutenberg de Mayence (Allemagne), cette recherche génomique révèle la recomposition des peuples après l’effondrement de l’Empire romain.

Les scientifiques mettent en évidence un lent processus de métissage étalé sur des siècles et des générations, tout à l’opposé du mythe d’une grande migration et de violentes invasions. « Les données génétiques ne corroborent pas l’idée selon laquelle des invasions germaniques à grande échelle auraient remplacé la population romaine en Europe centrale, nous explique Joachim Burger. Elles révèlent au contraire que les personnes inhumées dans les cimetières du haut Moyen Âge étaient pour la plupart des autochtones – soit des ouvriers installés de longue date, soit d’anciens soldats des troupes frontalières romaines – qui ont commencé à se mélanger après l’effondrement des structures impériales vers 470 de notre ère. »

Les groupes qui se sont mélangés étaient déjà présents localement Les chercheurs ont analysé les génomes de 258 individus décédés entre 450 et 660 après J.-C. provenant de nécropoles situées à l’ancienne frontière romaine du sud de l’Allemagne. Ces cimetières dits « en rangées de tombes », car celles-ci sont parallèles les unes aux autres, sont apparus dans des communautés de cultivateurs et d’éleveurs.

Les scientifiques ont extrait l’ADN « d’os denses dans des conditions strictes de salle blanche, préparé des banques d’ADN et utilisé le séquençage de nouvelle génération pour l’analyse du génome entier », nous précise le professeur Burger. Et surtout ajoute-t-il, « nous avons intégré ces résultats génétiques aux connaissances historiques grâce à une étroite collaboration avec d’éminents médiévistes de l’université de Tübingen, ce qui a permis d’assurer une contextualisation adéquate ».

Ainsi ces analyses anthropologiques et génomiques des squelettes ont permis de retracer les métissages de la population et l’organisation familiale après la chute de l’Empire romain. Les groupes qui se sont alors mélangés, à partir de 470, étaient déjà présents localement, depuis l’époque romaine. Les données génomiques recueillies révèlent aussi que les populations européennes actuelles ressemblent beaucoup à celles qui sont issues de ce long métissage antique.

« Notre étude, résume Joachim Burger, montre que la société du début du Moyen Âge en Europe centrale s’est constituée par le mélange de deux groupes déjà présents sous la domination romaine : des communautés rurales d’origine nordique et une population urbaine militaire hétérogène. Elle démontre en outre que des structures familiales fondamentales, telles que la monogamie et la filiation bilatérale, ont survécu à la chute de Rome, offrant ainsi une base génétique qui témoigne d’une continuité culturelle depuis l’Antiquité tardive plutôt que d’une rupture. »

À cette époque, la plupart des enfants grandissaient avec leurs grands-parents La génétique a aussi permis de décrypter les conditions de vie des communautés rurales de l’époque, proches de celles de l’Europe moderne. Ainsi les auteurs de l’étude ont-ils pu estimer que la durée d’une génération s’établissait à vingt-huit ans, l’espérance de vie à 40 ans pour les femmes et à 43 ans pour les hommes, et que la mortalité infantile était élevée.

En effet, dans cette société près d’un quart des enfants perdaient au moins un parent avant l’âge de 10 ans, et la plupart grandissaient avec leurs grands-parents. « Les arbres généalogiques, précisent les auteurs de l’article, révèlent une société centrée sur des familles nucléaires qui pratiquaient la monogamie à vie, une stricte interdiction de l’inceste, ce qui témoigne d’une continuité avec les pratiques sociales de la fin de l’Empire romain qui ont par la suite façonné la famille européenne. »

Désormais, un autre projet de recherche déjà en cours examine la situation à la frontière occidentale, en Gaule. Les scientifiques prévoient aussi, nous confie Joachim Burger, « d’étendre leur échantillonnage à des cimetières datant d’une période plus tardive à travers l’Europe centrale, et de combiner les données génétiques avec des analyses isotopiques et de la culture matérielle afin de comprendre comment la tradition des tombes en rangées s’est répandue si rapidement dans de nombreuses régions d’Europe ». Comme quoi les cimetières parlent plus que ne le laisse penser le silence de leurs tombes.


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