Aux municipales, des candidats LFI visés par des campagnes d’ingérence venues d’Israël

mardi 26 mai 2026.
 

Les services de renseignement français enquêtent sur les opérations de déstabilisation qui ont visé les candidatures de Sébastien Delogu, David Guiraud et François Piquemal. La France insoumise appelle l’État à frapper fort pour protéger les prochaines échéances électorales.

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La piste d’une campagne d’ingérence venue d’Israël et visant La France insoumise (LFI) avant les élections municipales se précise. De nouvelles enquêtes publiées par Libération et le quotidien israélien Haaretz ont dévoilé, jeudi 14 mai, les contours et l’origine de la campagne de désinformation qui a visé au moins trois candidats LFI : François Piquemal à Toulouse (Haute-Garonne), David Guiraud à Roubaix (Nord) et Sébastien Delogu à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Déjà révélée par Le Monde et Le Canard enchaîné fin mars, la tentative d’ingérence subie par ces trois têtes de liste en amont des scrutins des 15 et 22 mars est attribuée par les autorités françaises à l’entreprise israélienne BlackCore. Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, avait évoqué une occurrence de « faible visibilité », sans préciser les éléments dont il disposait.

L’enquête des deux quotidiens sur l’infrastructure numérique de BlackCore révèle une constellation de faux comptes sur les réseaux sociaux, de photos créées par intelligence artificielle et de publications construites de toutes pièces. Une page web, effacée récemment, résumait l’activité de BlackCore : « manipulation de tendances », « infiltration de groupes », « contre-narratifs »… Le tout en lien avec une autre société, cachée par une myriade d’adresses IP et de sous-domaines : Galacticos, basée à Tel-Aviv.

Rien ne permet à ce stade de lier l’opération d’ingérence au gouvernement israélien ou à ses agences, mais Libération révèle le compagnonnage entre Galacticos et Yigal Unna, ancien directeur général de l’agence nationale de cybersécurité israélienne. Il est présenté, sur un site de la même galaxie, comme « M. Yigal Unna de Galacticos AI ». Il assure auprès du quotidien n’avoir jamais eu « un quelconque rôle, officiel ou non officiel », dans la société israélienne, qu’il aurait seulement conseillée avant de « prendre [ses] distances ».

Les services de renseignement français n’auraient toujours pas identifié le ou les commanditaires de l’opération, perçue comme la plus significative de la campagne municipale. Jusque-là, la plupart des initiatives de ce type, décelées en amont des échéances électorales, remontaient à des comptes basés en Russie ou en Chine, comme le recensait Mediapart au mois de février.

Des accusations de pédocriminalité et de violences

Les campagnes menées contre LFI avant les municipales apparaissent donc comme singulières par leur origine et leur intensité, même s’il est difficile d’en évaluer l’impact. Elles visent en tout cas trois candidats qui se sont distingués par un soutien actif à la cause palestinienne au cours des dernières années.

À Marseille, un site internet appelé « le blog de Sophie », censé relayer les écrits d’une ancienne collaboratrice désireuse de relater « comment Sébastien Delogu a détruit [sa] vie », a publié plusieurs textes laissant penser que le député avait commis des violences contre elle. Le candidat a déposé plainte à l’époque pour des « faits de diffamation à l’égard d’un particulier par image ou communication par voie électronique », avait indiqué son avocat, Yonès Taguelmint.

À Roubaix, la campagne a pris la forme de deux pages Facebook visant David Guiraud, aujourd’hui maire de la commune nordiste. Ces pages sont toutefois demeurées « très peu visibles », selon les services de l’État, qui y ont décelé des « marqueurs techniques étrangers ».

Et à Toulouse, le député François Piquemal a été accusé, dans des publications aujourd’hui disparues, de pédocriminalité. « Des milliers de messages diffusés pour mentir et traîner dans la boue » les candidats LFI, avait dénoncé sur le réseau social X le chef de file du mouvement de gauche, Jean-Luc Mélenchon.

Je ne suis pas complotiste mais je vois que l’extrême droite israélienne a joué à plein son rôle de déstabilisation de la campagne.

François Piquemal, battu aux municipales

François Piquemal, qui s’était incliné au second tour de l’élection toulousaine en recueillant 46,1 % des suffrages exprimés (contre 53,9 % pour le maire sortant de droite, Jean-Luc Moudenc), soupire au téléphone lorsque Mediapart sollicite sa réaction. « J’étais parti pour faire une élection municipale et je me retrouve dans une sorte de polar géopolitique à la Millenium [une saga policière suédoise – ndlr], ironise-t-il. Ça me dépasse un petit peu. »

À Toulouse, une autre affaire a rythmé la campagne municipale : la prise à partie de François Piquemal lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des attentats perpétrés par Mohamed Merah en mars 2012. Hué par une partie de la foule, le candidat LFI avait dénoncé des « menaces » et des « insultes homophobes et abjectes ».

Le syndicat national des journalistes (SNJ) de France Télévisions avait dénoncé un incident préparé et communiqué à la rédaction en chef, sans que les journalistes qui ont couvert l’événement en soient informés. Un « membre important de la communauté juive de Toulouse » avait prévenu la chaîne qu’il « fallait être présent avec des caméras […] car il y allait avoir du grabuge », avait écrit le SNJ dans un communiqué, le 21 avril.

Annuler l’élection toulousaine ?

François Piquemal a déposé plainte pour ces deux événements. « L’élection toulousaine a peut-être été volée par l’extrême droite israélienne, lance-t-il aujourd’hui. Le miracle, en vrai, est d’avoir fait autant de voix [78 925 exactement – ndlr] dans un tel contexte. Je ne suis pas complotiste mais je vois que l’extrême droite israélienne a joué à plein son rôle de déstabilisation de la campagne. D’une manière ou d’une autre, l’opinion et le jugement des gens ont pu être altérés. »

En attendant que la justice pénale suive son cours, le député de Haute-Garonne attend une autre décision, d’ici à la fin de l’été : celle du Conseil constitutionnel, saisi d’un recours en annulation de l’élection. « La question qui se pose à la juridiction dépasse les frontières de Toulouse et touche à notre souveraineté démocratique, affirme François Piquemal. Est-ce que la justice va envoyer un message fort aux puissances étrangères, en disant “à chaque fois que des ingérences sont avérées, on annulera désormais l’élection” ? Là, ça serait un signal très dissuasif. »

À un an du scrutin présidentiel, LFI compte en tout cas s’appuyer sur ces exemples pour mettre en avant l’urgence du combat contre les ingérences. « Nous nous attendons à ce que l’élection à venir soit le théâtre d’attaques de ce type, fait savoir le mouvement. Les fake news étaient déjà utilisées lors des précédentes campagnes, mais les développements technologiques vont probablement démultiplier ce risque. »

Ilyes Ramdani


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