Visite de Trump en Chine : un moment historique

dimanche 24 mai 2026.
 

C’est un moment historique. La visite de Trump en Chine clôt une longue époque. Cela parce qu’elle intervient au moment même où les USA sont embourbés sans issue en Iran. Cela au plein chœur d’une séquence qui devait consacrer le plan Maga (Make America Great Again) à coups de droits de douane et de menaces d’annexions territoriales (Groenland, Venezuela).

La situation est l’inverse de celle ouverte par la visite de Nixon à Mao et Zhou Enlai en 1972. La Chine était alors économiquement dans l’impasse. Les USA la dépassaient de la tête et des épaules. C’était à l’époque, pour les USA, un retournement de situation et une tentative de réorganisation de son mode de domination du monde. Ils avaient un plan et ils le mettaient en œuvre de façon conquérante. Les décisions s’enchaînaient et s’appliquaient sans hésitations ni résistances. 15 août 1971, le dollar n’est plus convertible en or ; 21 février 1972, Nixon négocie l’accord où la Chine accepte de produire à bas prix pour le marché mondial et de transformer ses avoirs en dollars en bons du Trésor américain ; 1974, accord avec les pays du golfe pour régler leurs transactions pétrolières en dollar. 1974, encore accords du Plaza qui évaluent le dollar par rapport à un panier de monnaies : « Le dollar est votre problème mais c’est notre monnaie. ».

Les USA ont largement usé et abusé de cette réorganisation du monde à leur profit. Mais l’avantage acquis a fonctionné dans la durée comme une saignée. Depuis lors, les USA se sont encore davantage désindustrialisés au profit de la Chine, ils ont perdu le contrôle absolu qu’ils exerçaient sur l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est, partout à l’avantage de l’implantation chinoise. Ils n’ont gagné aucune des guerres essentielles qu’ils ont engagées (Vietnam, Irak, Afghanistan). Donc ils les ont perdues.

La dédollarisation de l’économie mondiale s’est installée au rythme d’une baisse annuelle de 1 % des réserves en dollars des banques centrales. La semaine passée, pour la première fois, le Pakistan a émis des titres de dette libellés en yuan. Le système de transaction internationale chinois est désormais installé dans 57 États africains et dans toute l’Asie du Sud-Est. Cette visite de Trump est le moment où la fin du cycle s’écrit en public entre deux nations se montrant à égalité de puissance. Mais c’est une apparence. La Chine est la première nation manufacturière du monde. Dans le moment où l’armada des USA s’est bloquée dans le détroit d’Ormuz, la visite à Pékin se présente comme une demande d’intercession.

Trump vient donc manger son chapeau pour obtenir de l’aide, quelle qu’en soit la forme. Et le plus important est de bien constater que c’est là le point mis en avant par les Chinois eux-mêmes. Ils savent que les USA, mal en point en ce moment, sont une puissance agressive qui voudra se sortir par de nouvelles violences de l’impasse historique où elle est encalminée. La Chine a donc raison de ne pas tourner autour du pot et de signifier clairement sa priorité : maintenir la paix du monde en refusant que Taïwan soit le prétexte à la guerre totale entre superpuissances. L’année qui vient sera celle des rebonds de l’onde de choc produite par l’évènement de ces deux jours. Si elle permet de progresser, la France peut y aider, sinon il faudra savoir manœuvrer pour éviter le désastre.


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