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À un an de la présidentielle, et face à la menace politique du retour du fascisme un peu partout, un sursaut antifasciste s’impose. Il est urgent d’oeuvrer à une mobilisation collective contre toutes les formes de haine, de racisme, et de domination autoritaire. Combattre l’extrême droite va de pair avec la lutte politique pour les droits humains, l’égalité, la paix et la fraternité.
Depuis une dizaine d’années, le monde connaît une progression spectaculaire des mouvements et des idées d’extrême-droite nationalistes, autoritaires et xénophobes. Des États-Unis de Donald Trump à l’Italie de Giorgia Meloni, en passant par la progression du Rassemblement national en France, une même logique politique se déploie : désignation des migrants comme ennemis, durcissement sécuritaire, attaques contre les contre-pouvoirs, banalisation des discours racistes et réhabilitation d’imaginaires hérités du fascisme européen.
Cette tendance n’est pas un simple « virage conservateur ». Elle s’inscrit dans une crise profonde du capitalisme mondialisé, aggravée par les inégalités sociales, l’inflation, les guerres et l’effondrement écologique. Dans ce contexte, les droites extrêmes prospèrent en proposant des réponses identitaires et autoritaires à des populations fragilisées. Leur force de persuasion sur les esprits est très forte, offrant des analyses et des solutions simplistes à des populations frustrées.
Aux États-Unis, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 marque une accélération brutale de cette évolution. Son mouvement MAGA (« Make America Great Again ») repose sur une rhétorique ultranationaliste, anti-immigration et anti-institutions. Depuis 2016, Trump a constamment attaqué la presse, la justice, les syndicats et les minorités. Son discours sur les migrants, associés à des criminels, reprend des formulations historiquement associées aux régimes fascistes européens des années 1930. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé les déchirantes séparations familiales à la frontière mexicaine, les centres de détention pour migrants (y compris des enfants), où les conditions de détention rappellent de funestes souvenirs, et les expulsions massives. En 2025, certains proches de Trump ont même proposé la création d’un « Office of Remigration », concept directement issu de l’extrême droite identitaire européenne.
Cette radicalisation américaine agit comme un modèle international. En Europe, de nombreux dirigeants d’extrême droite revendiquent désormais ouvertement leur proximité idéologique avec Trump. Jordan Bardella a ainsi présenté Giorgia Meloni comme un modèle pour la droite française.
L’Italie constitue aujourd’hui un laboratoire central de cette mutation autoritaire. Arrivée au pouvoir en octobre 2022, Giorgia Meloni dirige le parti Fratelli d’Italia, héritier direct du Mouvement social italien fondé par d’anciens fascistes après 1945. Son gouvernement a multiplié les mesures sécuritaires contre les ONG de secours aux migrants en Méditerranée et renforcé la criminalisation des mobilisations sociales. En avril 2025, Meloni a imposé par décret une loi sécuritaire renforçant les protections juridiques des forces de l’ordre et limitant davantage les contestations.
Parallèlement, les politiques migratoires italiennes ont conduit à des violations répétées des droits humains. Les accords conclus avec la Libye et la Tunisie visent à empêcher les départs de migrants vers l’Europe, malgré les nombreuses preuves de torture, d’esclavage et de violences dans les centres de détention nord-africains. Le gouvernement Meloni a également restreint l’action des navires humanitaires en Méditerranée. Ces politiques sont désormais saluées par plusieurs partis d’extrême droite européens.
En France, la progression de l’extrême droite s’accompagne d’une banalisation inquiétante du racisme institutionnel et des violences policières, de même qu’à une libération décomplexée de la parole raciste. Depuis les mobilisations des Gilets jaunes jusqu’aux révoltes urbaines de 2023 après la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre, les associations de droits humains comme les organisations internationales ont dénoncé l’usage disproportionné de la force par les autorités françaises. Amnesty International, Human Rights Watch et l’ONU ont critiqué les pratiques de maintien de l’ordre françaises, notamment contre les populations racisées et les migrants.
Le Rassemblement national, fondé par Jean-Marie Le Pen, ancien défenseur de l’Algérie française et auteur de multiples propos antisémites, est aujourd’hui aux portes du pouvoir. Derrière la stratégie dite de « dédiabolisation », les fondamentaux demeurent : préférence nationale, stigmatisation des musulmans, obsession migratoire et autoritarisme pénal. En une décennie, le RN est passé d’une implantation municipale marginale à un ancrage territorial inédit : après avoir conquis 14 villes en 2014, puis 16 en 2020, dont Perpignan, première ville de plus de 100 000 habitants remportée par le parti, il a encore accéléré lors des municipales de 2026, atteignant environ 70 communes dirigées et près de 3 000 conseillers municipaux, signe d’une progression continue de son influence locale. En outre, ans plusieurs villes françaises, des groupuscules néonazis ont également multiplié les violences contre des militants de gauche, des personnes LGBTQ+ ou des migrants.
Cette poussée ne se limite pas aux grands États occidentaux. En Argentine, Javier Milei mène une politique ultralibérale accompagnée d’attaques contre les syndicats et les services publics. En Inde, Narendra Modi poursuit une politique nationaliste hindoue marginalisant les musulmans. Partout, la même mécanique apparaît : concentration du pouvoir exécutif, désignation de boucs émissaires, militarisation de la police et affaiblissement des droits sociaux.
Les migrants constituent la cible privilégiée de cette offensive mondiale. En Méditerranée, plus de 28 000 personnes sont mortes ou ont disparu depuis 2014 selon l’Organisation internationale pour les migrations. Pourtant, les gouvernements européens poursuivent les politiques de fermeture des frontières et de refoulement. Le vocabulaire, avec des expressions trompeuses comme « submersion migratoire », « grand remplacement » ou « remigration », vocabulaire autrefois réservé aux marges néofascistes, entre désormais dans le débat public.
Cette normalisation produit des conséquences concrètes : hausse des crimes racistes, attaques contre les journalistes, violences contre les exilés et multiplication des mobilisations xénophobes. Le danger majeur réside aujourd’hui dans la banalisation. Les partis d’extrême droite ne se présentent plus comme des forces marginales, mais comme des gestionnaires crédibles de l’ordre capitaliste. Leur stratégie consiste moins à abolir brutalement la démocratie qu’à la vider progressivement de sa substance : concentration médiatique, criminalisation des oppositions, restriction du droit de manifester et désignation permanente d’ennemis intérieurs.
Face à cette offensive internationale, les résistances existent pourtant : mobilisations antiracistes, syndicats, associations de défense des migrants, mouvements féministes et écologistes. L’enjeu dépasse désormais la seule compétition électorale. Il concerne la défense même des libertés publiques, de l’égalité des droits et de la possibilité d’une société démocratique contre le retour assumé des logiques autoritaires héritées du fascisme historique.
Face à cette progression internationale des forces d’extrême-droite nationalistes et autoritaires, comment enrayer cette spirale délétère avant qu’elle ne transforme durablement les démocraties en régimes fascistes ? L’histoire du XXe siècle montre que le fascisme ne disparaît jamais spontanément. Il recule lorsque des résistances politiques, sociales et culturelles capables de construire un rapport de force collectif émergent dans la société.
La première nécessité réside dans la reconstruction d’une culture démocratique active. L’extrême-droite prospère sur la peur, le déclassement social et la fragmentation des sociétés. Lorsque les individus se sentent abandonnés par les institutions, précarisés économiquement et isolés politiquement, les discours autoritaires apparaissent comme des réponses simples à des crises complexes. Combattre cette funeste évolution suppose donc de reconstruire des solidarités concrètes : syndicats, associations locales, collectifs de quartier, mouvements étudiants, organisations féministes et réseaux humanistes de soutien aux migrants. Il faut également développer les services publics d’éducation, de santé, de logement, de solidarité.
Dans plusieurs pays, ces résistances existent déjà. En Pologne, les mobilisations féministes massives contre les restrictions du droit à l’avortement ont contribué à affaiblir le gouvernement ultraconservateur du PiS. Aux États-Unis, des organisations antiracistes comme Black Lives Matter ont mis en lumière les violences policières systémiques après les meurtres de George Floyd, Breonna Taylor ou Tyre Nichols. A Minneapolis récemment, la mobilisation née après le meurtre de l’éducatrice et poétesse Renée Nicole Good, le 7 janvier 2026, puis celui d’Alex Pretti, infirmier en soins intensifs engagé auprès des anciens combattants et soutien actif des communautés migrantes, cette mobilisation populaire a ravivé une tradition de résistance citoyenne contre les violences policières : pendant des semaines, des milliers d’habitants ont occupé les rues, organisé vigiles, marches et rassemblements malgré les gaz lacrymogènes, affirmant que Minneapolis refusait une nouvelle fois de se taire face à l’injustice. En France, les mobilisations contre la réforme des retraites de 2023 ont montré la capacité persistante des mouvements sociaux à fédérer des millions de personnes contre les politiques autoritaires et antisociales.
Les médias jouent un rôle déterminant. Dans plusieurs pays, la concentration des groupes de presse entre les mains de grandes fortunes conservatrices favorise la diffusion permanente de thèmes sécuritaires et identitaires. En France, des chaînes d’information continue consacrent quotidiennement une place disproportionnée aux questions migratoires ou à l’insécurité, créant un climat de peur permanente déconnecté des réalités statistiques. Cette surexposition nourrit les formations autoritaires qui prétendent ensuite apporter des réponses « fermes ». L’extrême-droitisation accélérée du paysage médiatique français, portée par l’empire de Vincent Bolloré et relayée quotidiennement par CNews ou les réseaux d’influence de Pierre-Édouard Stérin, banalise désormais dans le débat public des discours autrefois confinés à l’extrême droite, au prix d’un appauvrissement du pluralisme et d’une montée continue des logiques de peur et de stigmatisation.
Les syndicats sont aussi des acteurs essentiels, de la CGT à la FSU. Historiquement, ils ont constitué l’un des principaux remparts contre les mouvements fascistes en organisant les travailleurs autour d’intérêts communs plutôt qu’autour des divisions ethniques ou religieuses.
Les associations également jouent un rôle moteur, du Mouvement de la Paix à la Ligue des droits de l’homme, en passant par Attac ou le Mrap ainsi que SOS Racisme.
Enfin, la mémoire historique est fondamentale. Le fascisme contemporain cherche souvent à relativiser les crimes du passé (pensons à Jean-Marie Le Pen affirmant en 1987 que les chambres à gaz seraient « un détail de l’Histoire »), ou à réhabiliter certaines figures autoritaires, comme Pétain, ou encore à réécrire l’histoire de France d’un point de vue traditionaliste voire royaliste, comme le fait le parc d’attraction Le Puy du Fou. Défendre l’histoire des résistances antifascistes, transmettre la mémoire des génocides, des dictatures et des luttes démocratiques constitue donc un enjeu politique majeur.
Ainsi, il est urgent d’oeuvrer à une mobilisation collective contre toutes les formes de haine, de racisme et de domination autoritaire. Combattre l’extrême-droite va de pair avec la conscientisation et la lutte politique pour les droits humains, l’égalité, la paix et la fraternité.
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