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Incapables de s’organiser pour proposer une alternative à LFI à la présidentielle, les « unitaires » offrent un spectacle de division pathétique. Si une partie d’entre eux appelle à un énième « sursaut », certains envisagent désormais d’envoyer leurs électeurs directement dans les bras d’Édouard Philippe.
PourraPourra-t-elle éviter le précipice ? Chaque jour qui passe, ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « gauche non mélenchoniste » semble s’avancer toujours plus vers l’abîme. Moins d’un an après le lancement laborieux de la primaire des « unitaires », l’organisation d’un processus démocratique débouchant sur une candidature commune alternative à celle du candidat insoumis n’a jamais semblé aussi proche de finir aux oubliettes.
Entre patience résignée et silences pudiques, les défenseurs de la primaire ont tenté de donner le change face aux atermoiements de leur partenaire socialiste. Mais voilà leurs efforts en passe d’être réduits à néant par les soubresauts mortifères du PS, auquel ils ont sans doute eu le tort d’adosser leur stratégie. La primaire, « c’est fini », décrétait le week-end dernier son fossoyeur en chef, François Hollande, trop content de voir ses thèses validées par les événements de ces derniers jours.
Vendredi 8 mai, Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a ainsi annoncé qu’il claquait la porte des instances nationales de son parti, pour acter son désaccord avec le chemin proposé par Olivier Faure. Accusé de tergiversation, de procrastination et de confiscation du pouvoir interne, le premier secrétaire aurait, selon le député des Landes, sacrifié les questions de fond sur l’autel de considérations tactiques aussi byzantines qu’inefficaces.
Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1 Johanna Rolland, Olivier Faure, Clémentine Autain, Lucie Castets, Marine Tondelier et Francois Ruffin à la fin du rassemblement de « la gauche de l’unité » à Paris, le 5 mai 2026. © Photo Firas Abdullah / Abaca Vous voulez suivre notre couverture de la politique française ?
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« J’appartenais à une direction qui ne donnait pas une direction et je ne savais plus où nous allions », a justifié Boris Vallaud sur France Inter lundi matin, alors qu’au même moment, Olivier Faure assurait l’exact l’inverse sur une autre chaîne du service public. « Je ne me départis pas de l’idée d’un candidat commun […], je veux aussi parler du fond », a-t-il affirmé au micro de France Info. Et de conclure en déniant le réel : « L’unité, c’est plus beau que la division. »
« Cirque » Le dernier épisode du vaudeville socialiste pourrait résonner comme un (énième) psychodrame anecdotique. Après tout, en ces temps de chaos international, d’explosion de la pauvreté et de possible retour d’une épidémie mondiale, qui se soucie du sort d’une poignée d’apparatchiks ? « Personne n’y comprend rien, et tout le monde s’en fout. Ça suscite du dégoût », a balayé mardi matin François Ruffin, avant de réaffirmer que, primaire ou pas, il serait candidat.
Quelques heures plus tard, Clémentine Autain se fâchait à son tour sur le plateau de Public Sénat. « Il faut que ça s’arrête. Il faut que le Parti socialiste tranche et [que les dirigeants socialistes] se débrouillent et arrêtent ce congrès permanent en nous prenant en otages ! », s’est-elle insurgée. Dénonçant le « cirque » en cours, elle a appelé une fois encore au « sursaut ». Une intervention saluée sur le réseau social X par le sénateur socialiste Alexandre Ouizille, un très proche de… Boris Vallaud.
Au-delà du spectacle affligeant, la séquence actuelle revêt une importance majeure à moins d’un an d’une élection décisive, voire historique. D’abord parce que, tout bruyant qu’il soit, le lâchage du premier secrétaire socialiste ne fait qu’ajouter au désordre, sans rien changer à la paralysie ambiante. En l’absence de procédure de destitution du premier secrétaire – le prochain congrès est prévu pour 2028 –, on voit mal comment le bras de fer entre Olivier Faure et ses adversaires internes pourrait trouver une quelconque issue dans les mois à venir. Si ce n’est au prix d’une énième réconciliation qui ne trompera personne.
Les turpitudes du Parti socialiste ouvrent par ailleurs un boulevard aux candidatures baroques. À commencer par celle de François Hollande, qui croit fort à son grand retour. Face à un Raphaël Glucksmann qui multiplie les couacs, l’ancien chef de l’État est au moins sûr d’une chose : plus la confusion règne, plus il aura de chances d’obtenir une investiture pour se représenter en 2027. De quoi faire redouter un mauvais remake de la présidentielle de 2012, campagne dont les électeurs et électrices de gauche ne se sont en réalité jamais vraiment relevés…
Plus fondamentalement, l’incompétence de la gauche « non mélenchoniste » à s’accorder sur une méthode de désignation d’un candidat commun – et a fortiori sur un programme – risque de très mal finir. Ceux qui répètent que la qualification de Jean-Luc Mélenchon vaut victoire assurée à l’extrême droite au second tour se retrouvent ainsi incapables d’empêcher le scénario redouté. Pire : ils se transforment en marchepied pour l’hypothèse qu’ils disent vouloir à tout prix éviter.
En 2022, le leader insoumis, assommé par son troisième échec de rang à la présidentielle, appelait à « faire mieux ». Quatre ans plus tard, et malgré l’appétence au renouvellement du personnel politique visible aux dernières municipales, force est de constater qu’il ne s’est rien passé ou presque. « Mélenchon ? Il parle de la France, de l’Europe, du monde ; il met ses propositions sur la table ; il désigne la droite et l’extrême droite comme adversaires, et il déroule. Le reste de la gauche ? […] Elle parle d’elle-même, beaucoup. Elle parle de Mélenchon aussi, beaucoup. Et c’est à peu près tout », constatait, dépité, Benoît Hamon dans une vidéo postée cette semaine sur les réseaux sociaux.
En réalité, cela fait des semaines que la petite musique du défaitisme résonne dans cette partie de la gauche. C’est Emmanuel Grégoire qui, à peine élu maire de Paris, estime que « les conditions ne sont pas réunies pour une victoire de la gauche l’an prochain. Il faut être malhonnête pour laisser entendre le contraire ». C’est l’ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas qui juge que « ce n’est pas dans l’intérêt du PS » d’avoir un candidat à la présidentielle, puisque « le destin d’un candidat de gauche est d’être à nouveau privé de l’accès au second tour ».
Preuve que la désespérance a gagné les esprits, ces derniers temps, l’hypothèse Édouard Philippe rythme les discussions de couloir. Faudrait-il finalement se résoudre à voter pour l’ancien premier ministre de Macron dès le premier tour, pour faire barrage au clan Le Pen ? Comme un signal faible, Thomas Legrand se fendait, dimanche dans Libération, d’un billet élogieux à sa « “droite propre”, certes barbante mais acceptable pour une gauche qui sera encore une fois, peut-être, chargée de “sauver la République” ». On n’osera pas lui remémorer que l’an dernier, les députés philippistes offraient une victoire historique au RN en votant sa proposition de loi du RN sur l’accord franco-algérien…
Le report, dès le premier tour, de cet électorat de gauche « non mélenchoniste » sur un homme prônant (notamment) la retraite à 67 ans paraît improbable : à quoi bon soutenir un camp politique qui ne sert même pas à s’opposer à l’arrivée de l’extrême droite ? En politique, la règle est implacable. Faire la preuve de son inutilité ne conduit qu’à une chose : la disparition.
Pauline Graulle
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