La souveraineté nationale, l’identité nationale et la souveraineté individuelle en philosophie politique.

lundi 6 juillet 2026.
 

Dans un contexte politique ou ces problèmes de souveraineté et une identité tant au niveau individuel que collectif se posent et se poseront avec acuité pendant la campagne des élections présidentielles de 2027, il nous a paru nécessaire de faire un bilan de ce que nous apprend la philosophie politique sur cette question.

Préambule

Cet article fait suite à deux autres cités en annexe. La notion de souveraineté constitue l’un des piliers du droit républicain et du droit international. Tous juristes en droit constitutionnel doigtent en avoir une parfaite compréhension. La notion de souveraineté ou de souverainisme et la propriété d’aucun parti politique même si les uns et les autres peuvent en avoir une conception particulière. Il existe aussi bien un souverainisme de gauche que de droite. Voir par exemple notre article : Jean Jaurès et la souveraineté nationale. https://www.gauchemip.org/spip.php?...

Par ailleurs, le souverainisme ne se confond pas avec le nationalisme. Je n’avais pas distingué ici tous les traits distinctifs car ce n’est pas l’objet de cet article. Je m’attarde seulement un instant sur leur fondement idéologique qui les distingue. Pour le nationalisme, la nation précède l’État dans les deux sens du mot « précède » c’est-à-dire que l’État se constitue à partir d’une communauté culturelle, ethnique, linguistique ; à l’inverse pour le souverainisme, l’État précède la nation, encore une fois « précède » dans les deux sens du terme : c’est à partir d’un cadre institutionnel, administratif, judiciaire et politique commun que se construit la nation. En arrière-plan, on retrouve ici la distinction de deux conceptions de la nation : une conception ethnoculturelle d’une part et une conception civique d’autre part. Dans la pratique, dans l’esprit de nombreux citoyens, ces deux conceptions coexistent avec des niveaux d’importance variable.

La notion d’identité nationale peut être aussi l’objet d’instrumentalisation politique pour diviser le peuple. La connaissance globale des différentes conceptions de l’identité nationale permet de déjouer aisément ces manipulations. Il faut bien comprendre que la notion de souveraineté économique n’est pas une simple abstraction sans rapport avec la vie quotidienne des gens. Le fait de ne plus produire nos médicaments nous expose à des pénuries pouvant provoquer des dégâts sanitaires importants ; notre dépendance énergétique expose les ménages et les entreprises à des factures d’électricité, de gaz et des produits pétroliers élevées, etc.

Mais discuter de ces sujets ne doit pas pour autant occulter des problèmes économiques et politiques fondamentaux : le partage de la valeur ajoutée c’est-à-dire la répartition des richesses produites par les travailleurs ; qui possède et contrôle les moyens de production, d’échange, de distribution, de communication et d’information. Qui possède des contrôles le système bancaire. Quel est le niveau de contrôle des travailleurs sur ces différents appareils économiques. Quels pouvoirs ont les citoyens sur le fonctionnement de l’État et de ses différents appareils administratifs et judiciaires. Quel est le niveau de pouvoir des citoyens de la commune au Parlement européen. Il peut être intéressant lors d’une discussion sur la souveraineté d’articuler cette notion avec les enjeux fondamentaux précédents. Cet article peut être utilisé aussi bien par des étudiants ou enseignants en philosophie politique que par des militants politiques soucieux d’améliorer leur niveau de formation pour faire face à des débats parfois complexes et aussi par de simples citoyens désireux de s’informer d’une manière large sur les thèmes abordés.

1 – Quelles sont les différentes conceptions de la souveraineté nationale ?

La souveraineté nationale est un concept fondamental de la théorie politique et juridique, qui a donné lieu à plusieurs conceptions distinctes au fil de l’histoire.

1. La conception absolutiste (Bodin, XVIe siècle)

Jean Bodin est le premier théoricien moderne de la souveraineté. Pour lui, la souveraineté est perpétuelle, absolue et indivisible. Elle appartient au prince, qui détient un pouvoir suprême de commandement sans être soumis aux lois qu’il édicte. C’est le fondement théorique des monarchies absolues.

2. La conception classique libérale (Rousseau, XVIIIe siècle)

Rousseau opère un déplacement décisif : la souveraineté n’appartient plus au monarque, mais au peuple tout entier, expression de la volonté générale. Elle reste indivisible et inaliénable, mais elle est désormais démocratique. C’est le socle des révolutions américaine et française.

3. La souveraineté nationale au sens strict (Sieyès, constituants de 1789)

Les révolutionnaires français distinguent souveraineté nationale (la nation comme entité abstraite et collective) et souveraineté populaire (chaque citoyen détient une fraction de la souveraineté). La souveraineté nationale justifie le régime représentatif : les élus ne sont pas des mandataires, mais des représentants libres de la nation entière.

4. La souveraineté populaire (démocratie directe)

Par opposition, la souveraineté populaire repose sur l’idée que le peuple exerce lui-même le pouvoir, sans intermédiaire. Elle favorise les mécanismes de démocratie directe : référendum, initiative populaire, mandat impératif. Rousseau en est le principal théoricien.

5. La conception juridique (Carré de Malberg, Kelsen, XXe siècle)

Les juristes positivistes ramènent la souveraineté à une compétence de la compétence : l’État est souverain parce qu’aucune règle extérieure ne s’impose à lui sans son consentement. Kelsen, lui, relativise la souveraineté étatique en la subordonnant à l’ordre juridique international.

6. La souveraineté partagée ou limitée (droit international, UE) La construction européenne et le droit international contemporain ont conduit à une conception de la souveraineté relative et partagée. Les États transfèrent certaines compétences à des organisations supranationales, sans pour autant disparaître. On parle de pooling of sovereignty (mise en commun de souveraineté).

7. La souveraineté comme identité (conceptions contemporaines)

Certains courants (souverainisme, populisme de droite ou de gauche) font de la souveraineté un enjeu identitaire et démocratique : reprendre le contrôle face à la mondialisation, aux marchés financiers ou aux institutions supranationales.

Ces conceptions ne sont pas toujours exclusives : les régimes constitutionnels modernes combinent souvent souveraineté nationale, représentation et éléments de démocratie directe.

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Les différentes conceptions de l’identité nationale

L’identité nationale est un concept complexe, objet de vifs débats en philosophie politique, en sociologie et en histoire.

1. Une identité civique. Portée notamment par la tradition française et américaine, elle définit la nation comme une communauté de citoyens unis par l’adhésion à des valeurs, des lois et des institutions communes, indépendamment de l’origine ethnique ou culturelle. Ernest Renan (1882) : la nation est un « plébiscite de tous les jours », un vouloir-vivre ensemble fondé sur un héritage partagé et un projet commun. Elle est inclusive par principe, mais peut être accusée d’imposer une culture dominante sous couvert d’universalisme.

2. La conception ethnique (ou culturelle)

Défendue notamment par les penseurs du romantisme allemand (Herder, Fichte), elle fonde la nation sur des caractéristiques objectives : la langue, la religion, les traditions, le sang, l’histoire commune. La nation précède ici l’État : elle est une réalité organique, non un choix. Cette conception a nourri des dérives nationalistes, voire racistes (nazisme), mais elle perdure dans des formes modérées (valorisation des racines culturelles, régionalismes).

3. La conception culturelle-libérale

Défendue par des philosophes comme Will Kymlicka, elle cherche un équilibre : reconnaître l’importance des cultures particulières pour la formation des individus, tout en restant dans un cadre libéral et pluraliste. L’identité nationale n’est pas figée mais négociée, et les minorités ont des droits collectifs légitimes au sein de la nation.


4. La conception constructiviste

Pour des penseurs comme Benedict Anderson (Communautés imaginées, 1983), la nation est une construction sociale et historique — une « communauté imaginée » — forgée par des élites à travers des récits, des symboles, des institutions (école, presse, armée…). L’identité nationale n’est pas naturelle : elle est produite, donc transformable.


5. La conception multiculturaliste

Issue des sociétés post-migratoires, elle défend l’idée que l’identité nationale peut et doit coexister avec des identités plurielles (ethniques, religieuses, régionales). Portée par des penseurs comme Charles Taylor et son concept de « politique de la reconnaissance ».

Elle s’oppose à l’assimilationnisme et prône une nation plurielle, capable d’intégrer la diversité sans l’effacer.


6. La conception postnationale et cosmopolite

Des philosophes comme Jürgen Habermas (patriotisme constitutionnel) ou Martha Nussbaum remettent en cause le primat de l’identité nationale. L’appartenance à l’humanité ou à des institutions supranationales devrait primer sur le sentiment national.

Ces conceptions ne sont pas mutuellement exclusives : la plupart des États modernes combinent des éléments civiques et culturels, et les débats contemporains (immigration, laïcité, mémoire coloniale) réactivent constamment ces tensions.

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3 – la notion de souveraineté dans les textes fondamentaux

La souveraineté nationale dans les textes fondateurs.

Dans quels articles apparaît la notion de souveraineté nationale dans les textes suivants : la déclaration des droits de l’homme du citoyen de 1789 ou 1793 ; la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ; la charte des Nations unies

1. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789

La souveraineté y est affirmée de manière directe et concentrée dans un seul article :

Article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »

C’est l’article fondateur du principe de souveraineté nationale dans le droit français. Il signifie que l’autorité suprême — absolue et inconditionnée — réside dans la Nation, et qu’elle ne peut être exercée par un despote, ni par une partie du peuple, ni par la somme de tous les individus.

On peut y ajouter l’article 14, qui en est le prolongement pratique : la souveraineté nationale se traduit fondamentalement par le droit des représentants du peuple à voter les impôts.

🇷 2. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793

D’orientation jacobine, elle consacre à de multiples reprises la souveraineté nationale et populaire, qui doit fonder le nouveau régime. Les articles concernés sont :

Article 23 : « La garantie sociale consiste dans l’action de tous, pour assurer à chacun la jouissance et la conservation de ses droits ; cette garantie repose sur la souveraineté nationale. »

Article 25 : « La souveraineté réside dans le peuple ; elle est une et indivisible, imprescriptible et inaliénable. »

Article 26 : « Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais chaque section du souverain assemblée doit jouir du droit d’exprimer sa volonté avec une entière liberté. »

Article 27 : « Que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à l’instant mis à mort par les hommes libres. »

Par rapport à 1789, la Déclaration de 1793 marque donc une évolution notable : la souveraineté n’est plus seulement nationale (abstraite), elle devient aussi populaire (ancrée dans le peuple concret), et elle est protégée de manière beaucoup plus radicale.

3. Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948

La DUDH n’emploie pas l’expression « souveraineté nationale » comme principe politique organisateur — c’est un texte centré sur les droits individuels universels. La notion de souveraineté n’y apparaît qu’en creux, à l’article 2, alinéa 2, dans un sens limitatif et non constitutif :

Il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

La souveraineté y est donc mentionnée pour dire qu’elle ne peut pas servir de prétexte à la discrimination, et non pour la consacrer comme principe d’organisation politique.

4. Charte des Nations Unies de 1945

La Charte traite de la souveraineté non pas comme un attribut du peuple (au sens de 1789/1793), mais comme un attribut des États dans leurs relations internationales. Plusieurs articles sont centraux :

Article 2, §1 : « L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres. » C’est le principe fondateur : tous les États, quelle que soit leur taille ou leur puissance, sont souverainement égaux.

Article 2, §4 : Il interdit la menace ou l’emploi de la force contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État.

Article 2, §7 : « Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État. » C’est le principe de non-ingérence, corollaire de la souveraineté.

Article 1, §2 : L’un des buts essentiels de l’ONU est de développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. C’est la version internationale de la souveraineté populaire : le droit des peuples à l’autodétermination.

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4. Les différentes conceptions de la souveraineté individuelle.

La souveraineté individuelle : conceptions et enjeux philosophiques

1. Qu’est-ce que la souveraineté individuelle ?

La notion de souveraineté individuelle désigne le pouvoir qu’un individu exerce sur lui-même — sur ses choix, son corps, sa vie — sans être soumis à une autorité extérieure qui n’aurait pas reçu son consentement. Elle articule trois idées fondamentales : l’autonomie (se donner sa propre loi), la liberté (ne pas être contraint par autrui) et la dignité (être reconnu comme fin en soi, jamais comme simple moyen).

2. Les grandes conceptions

A. La conception libérale classique (Locke, Mill)

Pour John Locke, chaque individu est propriétaire de sa propre personne et de son travail. La souveraineté individuelle se traduit en droits naturels inaliénables (vie, liberté, propriété) que nulle autorité ne peut confisquer sans consentement. John Stuart Mill la radicalise avec le harm principle : l’individu est souverain sur lui-même, et la société ne peut l’entraver que pour éviter un tort à autrui. C’est une conception essentiellement négative — une liberté de toute ingérence.

B. La conception kantienne : l’autonomie morale

Kant déplace la souveraineté du plan politique au plan éthique. Être souverain de soi, c’est obéir à la loi que la raison se donne à elle-même, indépendamment des désirs et des pressions extérieures. L’individu souverain n’est pas celui qui fait ce qu’il veut, mais celui qui agit conformément à l’impératif catégorique qu’il a lui-même ratifié. La liberté n’est pas l’arbitraire, mais l’autodétermination rationnelle.

C. La conception existentialiste (Sartre) Sartre radicalise encore : l’existence précède l’essence, l’individu est condamné à être libre. Il n’y a pas de nature humaine préalable, pas de Dieu ni de déterminisme qui déchargerait l’homme de la responsabilité de se faire lui-même. La souveraineté individuelle devient ici totale — et vertigineuse. Elle est indissociable de l’angoisse et de la responsabilité absolue de ses choix.

D. La conception républicaine : souveraineté et non-domination

Pour les républicains (Rousseau, Pettit), la vraie liberté n’est pas l’absence de contrainte, mais l’absence de domination. L’individu ne peut être souverain que dans un cadre politique qui garantit que personne ne peut être arbitrairement soumis à la volonté d’un autre. La souveraineté individuelle suppose donc une souveraineté collective bien construite — elle n’est pas contre la loi, elle la requiert.

E. La conception libertarienne (Nozick, Thoreau)

Dans sa version la plus radicale, la souveraineté individuelle est absolue : l’individu est le seul propriétaire légitime de sa vie et de son corps, et toute taxation, toute obligation non consentie est une forme de servitude. L’État minimal devient la seule institution légitime. C’est une conception qui pousse la logique libérale jusqu’à ses ultimes conséquences.


3. La souveraineté individuelle comme trait de l’humanisme

Il est juste de voir dans cette notion un marqueur central de l’humanisme, pour plusieurs raisons :

La Renaissance arrache l’homme à sa définition purement théologique : il devient le centre et la mesure de toutes choses (Pic de la Mirandole, De la dignité de l’homme). La dignité n’est plus reçue, elle est construite par l’individu lui-même. Les Lumières fondent sur elle les droits de l’homme : la Déclaration de 1789 en est l’expression politique directe. L’humanisme moderne fait de l’individu un sujet capable de raison, de critique et d’autodétermination — par opposition à toute hétéronomie (religieuse, politique, traditionnelle).

4. Les limites et critiques Arguments émanant de différents champs.

Communautarisme (Taylor, Sandel) Le "moi" souverain est une fiction : nous sommes toujours déjà constitués par nos appartenances culturelles

Féminisme La souveraineté "individuelle" a historiquement exclu les femmes et les minorités — qui est ce sujet souverain ?

Écologie L’individu souverain sur lui-même l’est-il sur la nature ? Cette conception favorise une logique d’exploitation

Psychanalyse Le sujet est divisé, traversé par l’inconscient — la pleine maîtrise de soi est une illusion

La notion de souveraineté individuelle est donc loin d’être univoque : elle est un carrefour philosophique où se croisent des conceptions de la liberté, du sujet, du politique et de la morale. Sa richesse tient précisément à ces tensions.

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5 – Analyse de l’opposition globalisation/nation dans le souverainisme de droite

Le souverainisme de droite en France avec ses différentes variantes couvre environ entre 30 % et 40 % du champ électoral depuis plusieurs années et est présent dans un grand nombre de sites alternatifs sur Internet. Une thématique souvent avancée et l’opposition entre globalisation et nation. Il est donc intéressant de connaître les ressorts idéologiques d’une telle qui n’est évidemment pas celle de l’opposition entre capital et travail.

Le souverainisme de droite La cause profonde : une ontologie politique de l’appartenance Pour la droite souverainiste et nationaliste, la tension fondamentale n’est pas économique au sens marxiste — elle n’est pas entre capital et travail. Elle est onto-politique : c’est une opposition entre deux conceptions de ce qui constitue la réalité politique légitime. D’un côté, la nation comme communauté organique, historique, culturelle, dotée d’un destin propre. De l’autre, le marché mondial comme espace abstrait, déterritorialisé, indifférent aux appartenances.


1. Le globalisme comme dissolution du politique lui-même Pour ces mouvements, le vrai grief contre la mondialisation n’est pas d’abord qu’elle appauvrit les travailleurs (même si cet argument est utilisé tactiquement). C’est qu’elle vide le politique de sa substance : si les décisions réelles se prennent sur les marchés mondiaux, dans les organisations supranationales ou dans les conseils d’administration de multinationales, alors la démocratie nationale devient une fiction. Le peuple vote, mais ne décide de rien d’essentiel. C’est une critique de la dépossession démocratique, pas de l’exploitation économique. 2. Une critique du capital apatride, pas du capital en tant que tel La nuance est cruciale : ces mouvements ne s’opposent pas au capital en général, mais au capital sans attaches territoriales. Ils sont souvent favorables aux entrepreneurs nationaux, aux PME enracinées, à une bourgeoisie nationale. Ce qu’ils rejettent, c’est le capital cosmopolite — multinationale qui délocalise, finance internationale, actionnaires anonymes sans loyauté envers aucun peuple. Carl Schmitt, théoricien de référence pour beaucoup de ces courants, dirait que le problème est la neutralisation du politique par l’économique. 3. La nation comme bien public non marchand Au fond, leur argument est que la nation est une valeur non commensurable à un prix. La mondialisation, elle, soumet tout à l’équivalent général marchand : la main-d’œuvre nationale devient interchangeable avec celle d’ailleurs, les territoires deviennent des zones de production parmi d’autres, la culture devient un produit exportable. Pour ces mouvements, cela représente une profanation — la marchandisation d’une réalité qui, par nature, échappe au marché. C’est une logique proche du Polanyi de La Grande Transformation, mais orientée vers la communauté ethnoculturelle plutôt que vers la classe ouvrière. 4. La notion d’ennemi et de frontière Schmitt encore : le politique se définit par la distinction ami/ennemi, et la frontière est son expression spatiale. La mondialisation libérale efface les frontières — ce qui, pour un libéral, est un progrès, mais qui, pour un nationaliste, est une castration du politique. Sans frontière, il n’y a pas de dedans ni de dehors, pas de peuple identifiable, pas de souveraineté réelle. L’opposition à la globalisation est donc d’abord une défense de la frontière comme condition d’existence du politique.


En résumé La cause profonde n’est pas la lutte des classes déguisée, mais une guerre de légitimité entre deux universels antagonistes : • L’universel libéral du marché : tous les individus sont égaux et interchangeables en droit, partout dans le monde. • L’universel particulariste de la nation : c’est précisément parce que les hommes s’inscrivent dans des communautés singulières, historiques et différenciées, qu’ils peuvent avoir une vie politique authentique. Pour ces mouvements, accepter la globalisation, c’est accepter que la politique cède définitivement le pas à l’économie — et c’est cela, leur hantise profonde, bien plus que l’exploitation capitaliste en tant que telle.

Annexe

De souveraineté en souverainisme https://www.gauchemip.org/spip.php?...

Les conceptions de Nation et de citoyenneté dans la philosophie politique de LFI. https://www.gauchemip.org/spip.php?...

Hervé Debonrivage


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