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Le courant de Boris Vallaud a annoncé quitter la direction du Parti socialiste. Un coup dur pour le premier secrétaire Olivier Faure, qui perd la majorité, mais aussi pour la primaire de la gauche, qui semble désormais impossible.
https://www.mediapart.fr/journal/po...[HEBDO]-hebdo-20260510-101705&M_BT=1489664863989
« La crise, c’est quand on va droit dans le mur et qu’on reste sur le siège passager en attendant l’impact », expliquait en milieu de semaine l’entourage de Boris Vallaud, patron des député·es socialistes. Deux jours plus tard, le député des Landes décidait de sauter du véhicule socialiste. Vendredi soir, celui qui avait permis à Olivier Faure de former une majorité pour obtenir la direction du parti l’a lâché en rase campagne.
Et il a fait d’une pierre deux coups : il a sonné le glas d’une primaire de la gauche dite « unitaire » –, sans La France insoumise (LFI) ni le Parti communiste (PCF) – qui semblait déjà compromise depuis bien longtemps. Mardi 5 mai, Boris Vallaud n’était d’ailleurs pas sur la scène de La Bellevilloise, à Paris, aux côtés d’Olivier Faure, de Marine Tondelier, de François Ruffin, de Clémentine Autain et d’autres, pour défendre une primaire de la gauche.
Depuis des mois, par médias, bureaux nationaux et événements publics interposés, les deux hommes défendaient des lignes opposées. Notoirement hostile à la primaire, Boris Vallaud avait annoncé le 19 avril une initiative concurrente, « Construire 2027 » – dont le manifeste affiche aujourd’hui moins de 19 000 signatures –, avec notamment un candidat putatif de la gauche hors primaire, Raphaël Glucksmann. Ces deux-là se sont ensuite affichés ensemble, aux côtés notamment de Yannick Jadot, un ex-candidat écologiste à la présidentielle, lors de déplacements.
Vendredi soir, Boris Vallaud a franchi un nouveau palier dans les hostilités en frappant le parti là où cela lui fait le plus mal : au cœur même de ses instances, toujours brandies comme gage de démocratie interne. Le mandataire de son courant, le sénateur de l’Oise Alexandre Ouizille, a annoncé dans une lettre adressée à Olivier Faure que ses membres avaient décidé de « tirer les conséquences en [se] retirant à regret de la direction » du PS. De quoi alimenter l’agacement des partis de gauche qui ont accepté d’aller à la primaire mais dénoncent un « PS en congrès permanent », qui ne fait qu’entraver le processus.
« Le plus souvent désormais tu décides seul. Le plus souvent en dehors des instances, de plus en plus rarement réunies », accuse le texte, qui ne dénombre « que deux conseils nationaux en dix mois », contre quatre par an prévus par les statuts, tandis que les membres du courant assurent qu’aucun bureau national n’a été réuni depuis deux semaines et que des militant·es ont même évoqué la possibilité de saisir la justice administrative, sans toutefois sauter le pas.
« Lorsqu’on a fait le choix d’Olivier Faure, on s’est promis collectivement qu’on mettait le parti en ordre de bataille pour l’élection présidentielle. On voulait que les militants votent avant l’été sur un calendrier et une méthodologie : soit la primaire, ce que propose Olivier Faure, soit ce que nous proposons avec Construire 2027, et un candidat. Mais les votes sont refusés ou ajournés, et les bureaux ne sont plus réunis. Le fait majoritaire est un peu l’âme des socialistes mais la direction le nie. Donc c’était intenable pour nous », explique à Mediapart Alexandre Ouizille.
Laurent Baumel, député d’Indre-et-Loire, et l’un des socialistes chargés de discuter avec les partenaires du PS au sein de la primaire, récuse ces accusations en bloc. « Boris Vallaud peut démissionner, il peut agiter plein de choses, mais pour le moment, son talon d’Achille, c’est qu’il ne propose pas une alternative opérationnelle qui serait acceptée par nos partenaires, lâche-t-il. La primaire a des défauts mais elle a le mérite d’être sur la table et d’être acceptée par des gens qui peuvent effectivement être candidats. C’est avec eux qu’il faut résoudre le problème, parce qu’il n’y a aucun monde dans lequel Marine Tondelier, François Ruffin ou Clémentine Autain se retirent devant l’évidence naturelle d’un candidat socialiste ou social-démocrate en échange d’un programme, de circonscriptions ou de ministères. »
Car c’est là tout l’impensé socialiste face à la primaire : le parti, qui fut un temps le plus grand de la gauche, est-il prêt à s’effacer face à un·e candidat·e d’autres forces qui ne serait pas issu·e de ses rangs, comme Olivier Faure en a fait le pari ? Pour le politiste Rémi Lefebvre, ce retrait « scelle la fin de la primaire » et la fin, surtout, du déni socialiste puisqu’il prouve qu’Olivier Faure n’a pas réussi à convaincre. Alors même que les candidats putatifs – François Hollande caresse l’idée de se représenter – ou déclarés – comme Jérome Guedj – au sein de son parti sont déjà légion.
« Son problème, depuis le début, c’est qu’il est premier secrétaire d’un parti mais qu’il prône la non-centralité de sa propre organisation face à des adhérents qui ont la nostalgie de l’hégémonie passée. Il est authentiquement unitaire mais beaucoup des socialistes considèrent que Marine Tondelier n’a pas vocation à être la candidate unique de la gauche ou que François Ruffin et Clémentine Autain sont trop à gauche pour le PS, car le centre de gravité de la gauche devrait être plus au centre », analyse Rémi Lefebvre.
Pour Luc Carvounas, maire socialiste d’Alfortville (Val-de-Marne) et lui-même candidat concurrent d’Olivier Faure lors du dernier congrès, le PS pâtit de cette « image d’un parti qui se fracture alors que les gens de gauche attendent non seulement un Parti socialiste soudé mais aussi une gauche soudée ». « Plus on se divise entre nous, plus cela se retrouve dans l’opinion publique, dans les manifestations où nous sommes vilipendés, insultés, comme il y a maintenant neuf ans, au début de l’après-François Hollande, alors qu’on avait remonté la pente », déplore-t-il, plaidant lui aussi pour que les militant·es votent fin juin pour ou contre une primaire.
Pour Laurent Baumel, il faut plutôt recentrer le débat. « Le problème fondamental, c’est l’élection présidentielle de 2027. Pour le moment, la gauche n’est pas au deuxième tour et la gauche non-mélenchoniste n’est pas devant Mélenchon. Ceux qui vont se tromper dans la stratégie portent une lourde responsabilité puisqu’ils engagent la gauche dans un chemin où, à la fin, c’est le Rassemblement national au pouvoir ou de nouveau les macronistes. »
Sarah Benhaïda
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