Colonisation en Palestine : Carrefour rattrapé par les faits dans les territoires occupés par Israël

samedi 16 mai 2026.
 

Carrefour/Palestine. C’est une affaire qui illustre, une fois de plus, le fossé entre les discours des grandes multinationales et la réalité de leurs activités. Selon une note d’actualité publiée par plusieurs organisations françaises, dont la CGT, Solidaires, l’Association France Palestine Solidarité et la Ligue des droits de l’Homme, le groupe Carrefour continue de développer ses activités commerciales dans les colonies israéliennes situées en territoire palestinien occupé. Une situation qui pose frontalement la question de la responsabilité des entreprises françaises dans un contexte de violations du droit international.

Ces multinationales, tout comme l’accord UE-Israël, participent du génocide qui se poursuit à Gaza, de la colonisation en Cisjordanie, mais aussi des crimes de guerre commis au Liban. Pour les contrer, le mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) continue de se déployer. En plus des mobilisations populaires et des collectifs, la solution politique pour stopper les criminels de guerre passera par l’élection présidentielle. Dimanche 3 mai, Jean-Luc Mélenchon a rappelé comment un pouvoir insoumis y parviendra, en faisant du droit international la boussole du pays. Notre article.

Une implantation documentée dans les colonies Les faits sont précis, localisés, et difficilement contestables. Trois cas d’implantation sous enseigne Carrefour sont aujourd’hui identifiés.

Le premier concerne un magasin situé à Neve Ya’akov, dans Jérusalem-Est. Ce territoire, annexé unilatéralement par Israël, est considéré comme occupé au regard du droit international. Le magasin, anciennement exploité sous une autre enseigne partenaire, a été transformé en Carrefour Market en 2024. Cette évolution marque un basculement clair : l’enseigne française n’est plus seulement indirectement liée à ces activités, elle y appose désormais son nom.

Deuxième cas  : un Carrefour City ouvert en janvier 2025 dans le quartier de Maccabim, rattaché administrativement à Modi’in par les autorités israéliennes, mais situé en réalité en territoire palestinien occupé. L’Union européenne considère explicitement cette zone comme une colonie israélienne, donc illégale.

Troisième cas, peut-être le plus révélateur  : une plateforme logistique implantée à Atarot, également à Jérusalem-Est. Cette infrastructure approvisionne les colonies israéliennes environnantes, tout en excluant de nombreux quartiers palestiniens. Les auteurs de la note évoquent une politique de distribution discriminatoire, allant jusqu’à parler d’un système « assimilable à de l’apartheid ».

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Le droit international sans ambiguïté Ces implantations ne relèvent pas d’une simple controverse politique. Elles entrent en contradiction directe avec le droit international.

Depuis la guerre des Six Jours, les territoires palestiniens de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, sont considérés comme occupés. Les colonies israéliennes qui y sont installées sont jugées illégales par la quasi-totalité de la communauté internationale. Cette position est notamment rappelée par de nombreuses résolutions de l’Organisation des Nations unies.

Le droit est clair  : une puissance occupante ne peut transférer sa population civile dans les territoires qu’elle occupe. Or les colonies constituent précisément ce type de transfert. En s’implantant économiquement dans ces zones, les entreprises contribuent de facto à leur viabilité et à leur pérennisation.

C’est d’ailleurs ce que soulignent régulièrement les organisations de défense des droits humains : les activités économiques dans les colonies ne sont pas neutres. Elles participent à un système d’occupation et de fragmentation territoriale.

Des engagements contredits

Ce qui rend l’affaire particulièrement sensible, c’est l’écart entre les faits et les déclarations publiques de l’entreprise.

En mai 2025, la direction de Carrefour affirmait sans ambiguïté qu’aucun magasin ne serait implanté dans un territoire occupé, invoquant des clauses contractuelles interdisant ce type de situation. Une position qui se voulait ferme, et destinée à répondre aux critiques croissantes.

Mais les éléments documentés aujourd’hui montrent que ces engagements ne sont pas respectés dans les faits. La question qui se pose est donc celle de la responsabilité : Carrefour peut-il se retrancher derrière ses franchisés, ou doit-il assumer les activités menées sous son enseigne ?

Ce débat dépasse largement le cas d’une seule entreprise. Il renvoie à un enjeu plus global : celui de la régulation des multinationales et de leur devoir de vigilance.

Une campagne de boycott qui s’intensifie

Depuis plusieurs années, Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) cible les entreprises impliquées dans les colonies israéliennes. Carrefour figure parmi les groupes régulièrement visés par ces campagnes, en raison de ses partenariats en Israël.

Les nouvelles révélations pourraient relancer et amplifier ces mobilisations. D’autant que la question palestinienne connaît une nouvelle intensification des tensions, notamment dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Le boycott, qu’il soit soutenu ou non, s’inscrit dans une stratégie de pression non violente visant à contraindre les entreprises à se retirer des territoires occupés. Dans le cas de Carrefour, les organisations appellent clairement à renforcer cette pression.

Une responsabilité française

L’affaire pose également une question politique en France. Carrefour est une entreprise française et à ce titre, ses activités à l’international engagent, au moins indirectement, l’image du pays.

Or la France reconnaît le caractère illégal des colonies israéliennes. Il existe donc une contradiction entre cette position diplomatique et les activités d’un fleuron de la distribution française.

Ce décalage interroge le rôle de l’État. Peut-il se contenter de déclarations de principe, ou doit-il agir pour encadrer les pratiques des entreprises françaises à l’étranger ?

La loi sur le devoir de vigilance, adoptée en 2017, impose aux grandes entreprises de prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement dans leurs chaînes de valeur. Il reste à savoir si elle sera mobilisée dans ce type de situation.

Colonisation et économie : une imbrication profonde

Au-delà du cas Carrefour, cette affaire met en lumière une réalité souvent invisibilisée  : la colonisation est aussi un système économique.

Les colonies israéliennes ne sont pas seulement des implantations résidentielles. Elles sont intégrées à des réseaux économiques complets  : infrastructures, zones industrielles, commerces, services logistiques. Elles bénéficient d’investissements publics et privés qui contribuent à leur développement.

Dans ce contexte, la présence d’entreprises internationales joue un rôle clé. Elle normalise la situation, lui donne une apparence de banalité économique, et contribue à l’intégration des colonies dans les circuits du commerce mondial.

C’est précisément ce que dénoncent les organisations signataires de la note  : en opérant dans ces territoires, Carrefour ne se contente pas de vendre des produits. Il participe, directement ou indirectement, à un système de domination territoriale.

Une ligne de fracture politique

Cette affaire s’inscrit dans une ligne de fracture politique plus large. D’un côté, une vision qui considère que les entreprises doivent maximiser leurs profits, indépendamment du contexte politique. De l’autre, une approche qui affirme que l’activité ne peut être dissociée des enjeux de droits humains et de justice internationale.

Pour les organisations mobilisées, il ne s’agit pas d’un débat abstrait. Les conséquences sont concrètes : accès différencié aux services, développement inégal, marginalisation des populations palestiniennes.

La plateforme logistique d’Atarot en est un exemple frappant. En desservant les colonies tout en excluant certains quartiers palestiniens, elle matérialise une logique de séparation économique.

Une affaire révélatrice

L’affaire Carrefour agit comme un révélateur. Elle met en lumière les contradictions d’un modèle économique globalisé, où les grandes entreprises opèrent à l’échelle mondiale sans toujours être soumises à des règles contraignantes en matière de droits humains.

Elle montre aussi les limites des engagements volontaires. Sans mécanismes de contrôle et de sanction, les déclarations de principe restent souvent lettre morte.

Enfin, elle pose une question politique fondamentale  : jusqu’où accepter que des entreprises participent à des situations contraires au droit international ?

Et maintenant ?

Les organisations appellent à des actions concrètes  : interpellation des pouvoirs publics, mobilisation citoyenne, pression économique. Pour Carrefour, l’enjeu est désormais clair  : soit l’entreprise met en cohérence ses engagements et ses pratiques, soit elle s’expose à une contestation croissante.

Dans un contexte international déjà marqué par des tensions extrêmes, notamment à Gaza, la question de la responsabilité des acteurs économiques devient centrale. Car au-delà des discours, ce sont les actes qui comptent. Et dans cette affaire, ils parlent d’eux-mêmes.

Par Elias Peschier


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