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Elle a été le visage de la lutte des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, une figure de proue de la mobilisation sociale, avant de devenir députée de la République. Aujourd’hui, Rachel Keke est de retour au cœur de l’actualité, mais pas sur les bancs de l’Assemblée. Après la fin de son mandat, elle a retrouvé son employeur, le groupe STN, et c’est désormais devant le Conseil de prud’hommes qu’elle se bat. Mutation à 40 kilomètres de chez elle, sanction ou simple réorganisation ? Rachel Keke nous explique pourquoi, après avoir porté la voix des travailleurs à l’Assemblée, elle doit, aujourd’hui, mener sa propre bataille pour le respect et la dignité.
L’ex-députée Rachel Keke « maltraitée » par son employeur alors qu’elle veut redevenir gouvernante
Désireuse de reprendre son travail après une parenthèse en politique, Rachel Keke estime que son employeur STN ne respecte pas un accord signé en 2021 à la suite de la grève historique des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, dont elle a été la cheffe de file.
Rachel Keke fut un symbole. Après avoir incarné une des plus longues luttes syndicales des dernières années, celle des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles (dans le XVIIe arrondissement de Paris), elle était devenue députée (LFI) en 2022. Une rareté dans une Assemblée nationale qui compte essentiellement des élu·es issu·es des classes sociales favorisées.
Mais Rachel Keke n’est plus parlementaire, elle n’a pas été réélue lors des législatives anticipées de 2024, et elle se retrouve de nouveau confrontée à la dure réalité de son métier. Selon nos informations, son employeur ne respecte pas des avancées obtenues de haute lutte en mai 2021, après vingt-deux mois à tenir le piquet de grève.
Les femmes de chambre du deuxième plus grand hôtel de France avaient obtenu des revalorisations salariales et de meilleures conditions de travail, de la part du groupe Accor et de la société de nettoyage STN, l’une de ses sous-traitantes de l’époque.
Par l’intermédiaire de son avocat, Rachel Keke a saisi le 15 avril 2026 la formation de référé du conseil de prud’hommes de Paris, au motif que son employeur STN l’a affectée sur un lieu de travail situé à plus de 15 kilomètres de son domicile, en contradiction avec l’accord de fin de conflit que la société a elle-même signé le 25 mai 2021. En dépit de plusieurs relances, STN n’a pas répondu à nos sollicitations.
Élue députée insoumise de la 7e circonscription du Val-de-Marne de juin 2022 à juillet 2024, Rachel Keke a passé la majorité de sa carrière professionnelle au sein de cet hôtel Ibis des Batignolles, qui compte 700 chambres, et où elle est employée par STN depuis le 1er avril 2003. En décembre 2016, elle y a été nommée cheffe d’équipe et gouvernante. Alors que son contrat a été suspendu durant sa députation, Rachel Keke a souhaité reprendre son travail fin 2025.
En parallèle de la campagne qu’elle mène à Chevilly-Larue comme tête de liste LFI pour les élections municipales, elle contacte donc alors la direction du groupe de nettoyage. Comme ses compagnonnes de lutte, Rachel Keke doit être affectée sur un nouveau lieu de travail, STN ayant perdu auprès du groupe Accor le marché de nettoyage de l’hôtel Ibis Batignolles.
En mai 2021, dans un accord de fin de conflit signé par la direction de STN, la société de nettoyage s’est engagée « à limiter les mutations du personnel affecté au site de Batignolles dans le seul périmètre de 15 kilomètres entre le lieu d’habitation de ces derniers et le nouveau lieu d’activité ».
Lorsqu’elle reçoit son lieu de mutation par lettre recommandée le 6 février, Rachel Keke tombe des nues. Il s’agit du domaine de Frémigny. Spécialisé dans l’accueil des séminaires d’entreprise, ce bâtiment se trouve dans la commune de Bouray-sur-Juine, dans l’Essonne, à plus de 40 kilomètres de son domicile. Soit vingt-cinq de plus que ce que prévoit le document du 25 mai 2021.
Son premier jour de travail est fixé au 13 février. « Il est situé à environ 1 h 15 de ton domicile (RER C) », lui précise par mail la directrice des ressources humaines de STN le même jour. L’ex-députée, qui réside à Chevilly-Larue, signale immédiatement les nombreuses difficultés qu’elle va rencontrer pour se rendre sur ce nouveau lieu de travail. Car si la ville de Bouray-sur-Juine est bien desservie par le RER C, le domaine de Frémigny se situe, lui, à plus de trente minutes à pied de la gare.
« Or, il n’existe pas de transport en commun pour effectuer ce trajet et je ne dispose pas de véhicule personnel. Cette situation rend les déplacements quotidiens particulièrement compliqués », explique par mail Rachel Keke aux ressources humaines dans la foulée. Alors qu’elle demande lors de cet échange à être affectée plus près de Paris, l’ex-députée indique à Mediapart n’avoir reçu aucune réponse de son employeur depuis lors. Elle ne se rend donc pas sur son nouveau lieu de travail à Bouray-sur-Juine.
J’ai la sensation que c’est une forme de punition pour avoir mené la grève. Certes, ils ont perdu le marché avec le groupe Accor, mais nous on avait perdu notre dignité et on s’est battues pour la récupérer.
En réponse, deux mises en demeure ont été envoyées à son domicile. Dans l’un de ces courriers, dont Mediapart a pris connaissance, Yoan Atlan, le président de STN, lui demande de fournir « sous 48 heures » des certificats pour justifier des absences que sa hiérarchie qualifie de répétées et injustifiées. « À défaut, nous serions dans l’obligation d’engager à votre encontre une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu’à la rupture de nos relations contractuelles », menace la lettre.
« J’appelle ça de l’acharnement et de la maltraitance », regrette Rachel Keke, qui ne touche actuellement qu’une partie de son salaire et confie avoir dû demander de l’aide financière auprès d’anciens collègues députés pour payer son loyer. « J’ai la sensation que c’est une forme de punition pour avoir mené la grève. Certes, ils ont perdu le marché avec le groupe Accor, mais nous on avait perdu notre dignité et on s’est battues pour la récupérer. »
Soutien de Rachel Keke dans ses démarches auprès de sa hiérarchie, Tiziri Kandi, juriste pour le syndicat CNT Solidarité ouvrières, souligne le caractère ubuesque de cette situation, dans laquelle une personne qui souhaite plus que tout reprendre son travail s’en voit empêchée. « Rachel veut travailler dans de bonnes conditions, à commencer par un lieu conforme aux dispositions de l’accord pour lequel elle s’est battue, avec ses collègues et son syndicat, pendant plus de vingt-deux mois », affirme-t-elle.
Une position qu’elle a exposée par mail à la direction de STN le 27 mars. Un courriel resté lui aussi lettre morte.
« Même lorsque l’on a été députée, on n’est pas à l’abri des méthodes indélicates des employeurs », constate quant à elle Saran Diakité Poix, militante La France insoumise à Nogent-sur-Oise, proche de Rachel Keke. Devant cette situation, l’ancienne députée a saisi le 15 avril 2026 la formation de référé du conseil de prud’hommes de Paris. « Il y a une urgence particulière à mettre fin à la situation compte tenu de l’absence de versement du salaire de Mme Keke », estime son avocat, Me Kader Sissoko, qui indique qu’une requête sera également déposée au fond.
« L’employeur a procédé immédiatement à la mutation de Mme Keke en violation des clauses de l’accord intervenue, aussi bien quant au délai de prévenance, qu’au regard de la distance qu’elle impose à la salariée bien au-delà de la limite spatiale de l’accord », poursuit l’avocat.
Ce litige doit désormais être tranché par le conseil de prud’hommes dans un délai qui peut varier de deux à six mois.
Clément Le Foll
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