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L’égocentrisme culturel de Corm à Descola.
En cette fin de période de l’hégémonie culturelle occidentale sur le monde, le narcissisme culturel avec toute son arrogance s’exprime avec force. Il nous a donc paru intéressant d’étudier ce phénomène dans sa manifestation.
1 – qu’est-ce que La société narcissique occidentale selon Georges Corm
Georges Corm (1940 – 2024) , un historien et économiste libanais, a développé une critique de ce qu’il appelle le narcissisme occidental ou narcissisme européen dans plusieurs de ses œuvres, notamment dans son livre La Nouvelle Question d’Orient (2017). Il y critique l’eurocentrisme, c’est-à-dire la tendance des sociétés occidentales à considérer leur histoire, leurs valeurs et leurs modèles politiques comme universels, supérieurs et normatifs.
Principaux aspects de la conception du narcissisme occidental selon Georges Corm :
Supériorité auto-proclamée de l’Occident : Le narcissisme occidental est une croyance selon laquelle l’Occident est au sommet de l’évolution humaine en matière de civilisation, de rationalité, de progrès et de droits de l’homme. Selon Corm, les pays européens et occidentaux se présentent comme les porteurs uniques de ces valeurs universelles et perçoivent souvent les autres civilisations comme retardataires ou arriérées. Ce sentiment de supériorité est une forme de narcissisme culturel.
Réécriture de l’histoire : Corm souligne que ce narcissisme occidental a tendance à réécrire l’histoire en minimisant les aspects négatifs du passé occidental, comme la colonisation, l’impérialisme, et la participation à des guerres mondiales. Par exemple, l’Occident se voit souvent comme l’initiateur de la modernité, ignorant ou minimisant les contributions des autres civilisations (par exemple, islamique, chinoise, ou indienne) à des domaines comme les sciences, la philosophie ou la médecine.
Universalisme occidental : Le narcissisme occidental est aussi marqué par l’idée que les valeurs occidentales (démocratie, droits de l’homme, laïcité, etc.) doivent être universellement appliquées, sans prendre en compte les spécificités culturelles, sociales ou religieuses des autres peuples. Cette attitude est souvent associée à une vision paternaliste , missionnaire ou postcoloniale , où l’Occident se voit comme ayant la mission de "civiliser" les autres.
Monopole de la rationalité et de la modernité : Selon Corm, l’Occident revendique le monopole de la rationalité scientifique et de la modernité. Cela renforce l’idée que les sociétés non occidentales sont irrationnelles ou archaïques, ce qui alimente des discours qui justifient des interventions extérieures pour "corriger" ces sociétés, qu’il s’agisse de réformes économiques, politiques ou sociales.
Vision dichotomique du monde : Le narcissisme occidental se manifeste aussi par une division du monde en deux catégories : l’Occident "éclairé" et le "reste du monde" considéré comme arriéré ou problématique. Cela se traduit par une tendance à réduire des questions complexes à des oppositions simplistes : modernité contre tradition, rationalité contre superstition, ou démocratie contre dictature ou autocratie .
Orientalisme et néo-orientalisme : Corm reprend également certaines critiques d’Edward Said dans son œuvre sur l’orientalisme, où l’Occident crée des stéréotypes de l’Orient comme un lieu mystérieux, exotique, et irrationnel. Pour Corm, ce phénomène continue aujourd’hui sous de nouvelles formes (qu’il appelle néo-orientalisme), notamment dans les analyses simplificatrices sur le monde arabe ou musulman après le 11 septembre 2001, où ces sociétés sont souvent perçues uniquement à travers le prisme de l’extrémisme ou de l’irrationalité religieuse.
Conclusion : La conception du narcissisme occidental selon Georges Corm est une critique sévère du comportement et de l’attitude des sociétés occidentales qui, selon lui, ont une vision déformée de leur propre place dans le monde. Ce narcissisme les amène à minimiser ou à ignorer les contributions des autres civilisations, à imposer leurs propres valeurs comme universelles et à juger les autres sociétés en fonction de critères strictement occidentaux. Corm appelle à une prise de conscience de ce biais et à un dialogue plus égalitaire entre civilisations. * Ce suprématisme culturel et idéologique se retrouve, par exemple, par le mépris de l’organisation desBRICS par ignorance du fonctionnement réel et précis des institutions des pays de « l’axe du Mal » : fédération de Russie, Chine, Iran. Même ignorance, à l’exception de la Chine, du fonctionnement économique et social de ces pays. Attention à ne pas se méprendre sur la démarche de l’auteur précédent : dans ses ouvrages,Corm nous invite à étudier les conflits entre nations en utilisant des outils économiques et de ne pas sombrer dans le piège de la guerre entre civilisations
2 – les quatre matrices ontologiques de PhilippeDescola
le célèbre anthropologue Philippe Descola complète en profondeur l’analyse de Corm.
L’anthropologue Philippe Descola propose, notamment dans son ouvrage Par-delà nature et culture, une manière de comprendre les différentes façons dont les sociétés humaines organisent leurs rapports entre humains et non-humains. Il identifie quatre grandes « matrices ontologiques », c’est-à-dire quatre systèmes cohérents de perception du monde fondés sur la manière dont on attribue des continuités ou des discontinuités entre intériorité (esprit, âme, conscience) et physicalité (corps, matière).
L’animisme repose sur l’idée que de nombreux êtres non humains, comme les animaux, les plantes ou même certains éléments naturels, possèdent une intériorité similaire à celle des humains, tout en ayant des corps différents. Dans ce cadre, le monde est peuplé de sujets avec lesquels on peut entrer en relation. Cette vision est fréquente dans de nombreuses sociétés amazoniennes ou sibériennes, où les animaux sont considérés comme des personnes non humaines.
Le naturalisme , qui caractérise la modernité occidentale, fonctionne à l’inverse. Il suppose une continuité des physicalités — tous les êtres vivants obéissent aux mêmes lois biologiques — mais une discontinuité des intériorités, les humains étant les seuls à disposer d’une conscience ou d’une subjectivité pleinement développée. Cette ontologie est au fondement des sciences modernes et de la séparation entre nature et culture.
Le totémisme établit une continuité à la fois des intériorités et des physicalités entre certains groupes d’humains et certaines espèces naturelles ou éléments du monde. Ces correspondances structurent l’organisation sociale et symbolique. On le retrouve notamment chez les Aborigènes d’Australie, où chaque groupe est lié à un totem qui définit à la fois son identité et ses relations avec le monde.
Enfin, l’analogisme se caractérise par une discontinuité généralisée : le monde est perçu comme composé d’une multitude d’entités distinctes, tant du point de vue de leur intériorité que de leur physicalité. Pour rendre ce monde intelligible, les sociétés analogistes établissent des correspondances, des analogies et des réseaux de signes entre ces éléments disparates. Ce type de pensée a été dominant dans de nombreuses civilisations anciennes, comme la Chine impériale ou l’Europe de la Renaissance.
Ces quatre ontologies ne sont pas des stades d’évolution, mais des manières différentes, et également valides, de structurer l’expérience du monde et les relations entre les êtres. Deux ontologies distinctes peuvent coexister chez la même personne. Un jeune enfant qui attribue une vie à sa peluche ou un adulte qui parle à son chien commeà une personne ont des comportements animistes. Le narcissique occidentale qualifiera volontiers une personne animiste d’obscurantiste sans chercher à comprendre quelle est le mécanisme de pensée d’une personne animiste comme le fait un ethnologue ou un anthropologue. Remarquons par ailleurs que vouloir opposer le réalisme à l’animisme comme on le ferait en opposant le matérialisme à l’idéalisme constitue une confusion méthodologique. Par exemple un marxiste (matérialiste) et un chrétien (idéaliste ou spiritualiste) appartiennent tous deux à la même matrice ontologique du réalisme. Par exempl, l’un comme l’autre, n’attribue pas une pensée à un rocher ou à un arbre.
.Annexe
de la réalité factuelle à la construction et la perception d’un réel fictif. https://www.gauchemip.org/spip.php?...
** Hervé DeBonrivage
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