L’économie française, déjà poussive, cale au premier trimestre

vendredi 8 mai 2026.
 

Le PIB a stagné au premier trimestre. Tous les voyants semblent au rouge. Les stocks sauvent une nouvelle fois le chiffre global. Plus que la guerre, c’est l’effet structurel des politiques macronistes qui est en cause.

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Mauvais départ pour la croissance française en 2026. L’Insee a publié jeudi 30 avril les comptes nationaux pour les trois premiers mois de l’année et le bilan est pour le moins médiocre. Le PIB stagne sur le trimestre et affiche une hausse de 1,1 % par rapport au premier trimestre 2025. Au trimestre précédent, le dernier de 2025, la croissance était déjà maigre, à 0,2 % sur le trimestre.

Selon les données publiées jeudi par Eurostat, la performance française de ce trimestre est terne par rapport à celle de la zone euro (où le PIB progresse de 0,1 %) et de ses principaux partenaires comme l’Allemagne (+ 0,3 %) ou l’Italie (+ 0,2 %). Sur un an, la France a encore cependant un peu d’avance sur l’Allemagne (+ 0,3 %) et l’Italie (+ 0,7 %). Tous ces taux de croissance sont cependant très faibles.

Bien sûr, le déclenchement de la guerre en Iran en février a pesé sur la conjoncture hexagonale, mais dans une mesure qu’il ne faut pas exagérer et qu’il est encore difficile d’estimer. La consommation des ménages n’est pas vaillante. Elle recule de 0,1 % sur le trimestre. Les données, publiées en parallèle, de la consommation en biens signalent un recul de celle des produits énergétiques de 2,3 % sur le trimestre.

Mais cette baisse s’explique surtout par le recul enregistré en janvier (− 7,3 % sur un mois), c’est-à-dire avant le début de l’offensive israélo-états-unienne, dont la première raison est celle d’un hiver doux. En mars, la consommation de produits pétroliers recule modérément de 0,4 % sur un mois après la période de février marquée par une hausse qui s’explique sans doute par un effet de stockage lié au conflit (+ 2,8 % sur un mois).

L’accélération de la hausse des prix, passée en rythme annuel de 0,3 % en janvier à 2,2 % en avril, a cependant sans doute plombé les dépenses des ménages. Certes, pour l’instant, la hausse des prix est concentrée sur les seuls produits énergétiques, et les prix des biens manufacturés continuent de baisser (− 0,6 % en avril après − 0,5 % en mars et − 0,2 % en février), mais les ressources des Français et des Françaises sont réduites et beaucoup préfèrent donc modérer leurs dépenses.

Faiblesse de la consommation, de la construction et des exportations

La consommation de produits manufacturés baisse donc de 0,4 % sur le trimestre. Cette panne de la consommation des ménages, qui représente près de 50 % du PIB français, est donc moins liée à la guerre qu’à la mauvaise tenue des revenus réels. L’Insee publie aussi jeudi 30 avril l’état de ces revenus pour l’année 2025. Par unité de consommation, c’est-à-dire en prenant en compte la taille des ménages, le revenu disponible brut réel ne progresse sur l’année 2025 que de 0,1 %. Et il a baissé au cours des deux derniers trimestres de l’année de 0,4 % et 0,3 % respectivement.

Le rebond de la consommation du dernier trimestre 2025 (+ 0,4 % sur le trimestre) s’est donc effectué au prix d’une baisse notable de l’épargne. Le taux d’épargne est ainsi passé de 19,1 % à 17,2 % entre le deuxième et le dernier trimestre de l’an passé. En début d’année, il a fallu corriger ce mouvement de baisse de l’épargne, d’autant que la guerre en Iran a relancé l’inquiétude sur l’avenir.

C’est donc une économie française déjà fébrile que les événements iraniens sont venus encore perturber. Sur le début de l’année, les éléments de croissance sont très réduits. Certes, les investissements en produits informatiques, peut-être liés à l’adoption de l’intelligence artificielle, sont en hausse et accélèrent (+ 2 % après 0,5 % sur le trimestre précédent). On assiste aussi à un léger rebond des dépenses en biens d’équipement. Mais l’investissement global recule de 0,4 %, principalement en raison de la baisse des achats de matériel de transport (il faut peut-être ici y voir également un effet de la guerre en Iran), mais surtout du recul de la construction.

Les exportations ploient sous l’absence de grosses commandes industrielles, notamment dans le transport aérien et maritime.

Après une timide reprise durant la fin d’année 2025, les activités de construction sont en berne en début d’année avec un recul global de 1,5 %. Selon l’Insee, la légère croissance du logement neuf ne permet pas d’assurer un rebond global. Les investissements des ménages, c’est-à-dire les achats de logement, chutent de 0,7 % sur le trimestre et l’activité du bâtiment de 1 %.

Mais ce sont les constructions de génie civil, donc principalement des infrastructures, qui s’effondrent avec une baisse de 4,1 % sur le trimestre. Cela s’explique par le coup de frein donné aux investissements par l’État (− 0,7 % sur le trimestre). De fait, sans l’apport de la construction, la croissance française ne peut réellement tenir. Grâce aux dépenses courantes de l’État, la demande intérieure globale hors stocks stagne. À l’image de l’ensemble de la production des branches (+ 0,1 %).

En parallèle, le commerce extérieur va mal. Les exportations ploient sous l’absence de grosses commandes dans les secteurs clés de ce qu’il reste d’industrie en France, notamment le transport aérien et maritime, et reculent de 3,8 % sur le trimestre. Si les évolutions des ventes à l’étranger sont souvent volatiles d’un trimestre sur l’autre, cette chute est notable, elle est même inédite depuis la crise sanitaire. Ce recul dénote la fragilité du modèle industriel hexagonal, trop concentré et soumis à une concurrence croissante.

Avec une telle dégringolade des exportations, la baisse des importations causée par la faiblesse de la demande intérieure (− 1,7 %) ne permet pas d’améliorer le solde extérieur qui ôte pas moins de 0,8 point de PIB à la croissance trimestrielle. Ce même 0,8 point est regagné par la reconstitution des stocks, c’est-à-dire par de la production non vendue, ce qui n’est guère glorieux ni rassurant puisque ces stocks pèseront sur la croissance future.

L’échec du macronisme

Si on veut résumer l’économie française depuis un an, on a un tableau bien dégradé. La croissance de 1,1 % d’un premier trimestre à l’autre s’explique principalement par deux facteurs : 43,4 % de cette croissance viennent de la consommation de l’État et 17,8 % de la constitution nette des stocks. Aux trois quarts, la croissance française dépend donc soit d’agents publics, soit d’une production non vendue. Consommation des ménages et investissement ne représentent qu’environ un quart de la croissance à eux deux.

L’image que laisse l’économie française en ce début d’année est donc inquiétante. Le sous-jacent est terne et sans dynamisme, les revenus des ménages restent sous pression et la guerre en Iran vient encore fragiliser le tout.

Si le conflit perdure et que l’inflation continue d’accélérer et se transmet à d’autres secteurs, si les revenus réels s’effondrent à nouveau comme en 2022-2023 et, enfin, si les perspectives de croissance européenne ne s’éclaircissent pas, la situation pourrait devenir difficile.

L’objectif gouvernemental d’une croissance de 0,9 % sur l’année (le même faible niveau qu’en 2025) est donc menacé. Certes, l’effet de base joue en sa faveur puisque l’acquis de croissance (c’est-à-dire le niveau qui serait atteint en cas de stagnation au cours des trois prochains trimestres) est de 0,5 %. Mais même cette faible marche nécessaire pour atteindre ce niveau semble aujourd’hui bien incertaine.

Une chose semble d’ores et déjà certaine : la politique économique d’Emmanuel Macron, dont il semble si fier, n’a pas sorti le pays de la stagnation. Il semble, bien au contraire, que cette dernière soit désormais structurelle. Sa promesse de 2017 de relancer la croissance par une politique de soutien au capital s’est fracassée sur la réalité du capitalisme contemporain.

Le coût de cette politique pour les ménages n’a pas été compensé par la dynamique de l’investissement. Et ce dernier, largement subventionné par l’État, est non seulement trop faible, mais aussi incapable, en retour, de soutenir les revenus des ménages. L’argent donné au capital reste dans les mains du capital.

La pression sur les salaires n’a par ailleurs pas permis la diversification de l’industrie, ni soutenu sa compétitivité prix. Le tsunami du nouveau choc chinois rend les projets de réindustrialisation chimériques dans un contexte de surproduction industrielle globale.

La France perd donc progressivement de la substance économique. Son économie patine en dépit des dizaines de milliards d’euros de baisses d’impôts consenties aux entreprises. Le pari du ruissellement était perdu d’avance, il est maintenant un désastre.

Romaric Godin


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