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Le policier Laurent A. a été mis en examen le 23 avril pour avoir fracassé le crâne d’une jeune femme de 19 ans en décembre 2018 à Marseille, selon une information de « Mediapart ». Alors que le parquet demandait sa détention provisoire, il est finalement sorti libre sous contrôle judiciaire.
Cela fait sept ans que la justice tente d’identifier le policier « X13 », ainsi présenté dans l’enquête judiciaire : « Porteur d’un casque de maintien de l’ordre. D’un tissu noir masquant le bas de son visage. D’un pantalon type jeans. De bottes noires ou de protège-tibias. D’une veste noire à manches longues. D’un brassard orange et d’un objet longiligne à la main gauche. »
« X13 » apparaît dans l’unique vidéo tournée par un témoin le 8 décembre 2018. Ce jour-là, vers 18 heures, dans une petite rue calme du centre-ville de Marseille (Bouches-du-Rhône), au son d’une détonation, on voit une jeune femme tomber au sol. Plus d’une dizaine de policiers passent alors devant elle, tous en habits civils, la plupart vêtus de noir et le visage masqué, certains portant un brassard et un casque réglementaires, d’autres sans insigne, affublés de matériels non autorisés, comme des casques de skateboard. Deux d’entre eux lui assènent des coups de pied et de matraque à la tête et sur le corps. « X13 » est l’un de ceux-là.
La jeune femme, Angelina (initialement connue sous le pseudonyme de Maria), sortait de son travail pour rejoindre son domicile, en marge d’une manifestation de Gilets jaunes à laquelle elle n’avait pas participé. Elle avait 19 ans et sa vie a basculé. Sous les coups des policiers, son crâne a été fracturé et son cerveau atteint, victime d’une violence inouïe et gratuite dont elle garde des séquelles invalidantes.
Sept ans après, la justice est parvenue à briser l’omerta et pense avoir identifié les deux policiers auteurs des violences. Après la mise sous contrôle judiciaire en décembre 2025 de son collègue de la brigade anticriminalité (BAC) Vincent R., soupçonné d’avoir fait usage d’un LBD et porté des coups de pied au visage d’Angelina, un nom est à présent accolé à « X13 », celui du brigadier-chef Laurent A., qui a été mis en examen le 23 avril pour « violences aggravées (par personne dépositaire de l’autorité publique, avec armes et en réunion), avec une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à huit jours », et « pour non-assistance à personne en danger », selon une information de Mediapart, confirmée par le parquet de Marseille.
Alors que le parquet avait requis sa détention provisoire, le juge des libertés et de la détention a décidé son placement sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’exercer sur la voie publique et d’entrer en contact avec les autres mis en cause ainsi qu’avec la victime. Le parquet a dix jours pour faire appel de cette décision.
Muté dans le Var, Vincent R. a reconnu, lors de son audition par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), avoir donné deux coups de pied à Angelina au niveau de la tête. Lors de la perquisition de son domicile, le t-shirt qu’il portait le jour des faits a été retrouvé, ainsi que plus de 9 700 euros en petites coupures. Laurent A., qui a, depuis 2020, quitté la BAC pour rejoindre le Renseignement territorial (RT), est quant à lui soupçonné d’être l’auteur des coups de matraque.
« Après huit années d’un combat acharné, on ne peut que se satisfaire que les individus ayant participé à ce passage à tabac soient enfin identifiés et mis en examen », rappelle l’avocat d’Angelina, Brice Grazzini, auprès de Mediapart. Il constate que « le travail spectaculaire de la juge d’instruction et du procureur de la République ont permis de briser cette omerta, qui est quand même hallucinante lorsqu’elle vise à couvrir des agissements gravissimes de policiers ».
À ce jour, treize policiers – présumés innocents – ont été mis en examen dans cette affaire. Sept appartenaient à l’unité chargée de la sécurisation des transports (SISTC) et six à la BAC Nord, dont les deux auteurs des violences commises sur Angelina. Tous sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger, et trois d’entre eux pour des violences commises sur Angelina et sur le jeune homme qui l’accompagnait ce jour-là.
Comme Mediapart l’avait documenté, l’enquête ouverte en avril 2019 par le parquet et confiée à l’antenne marseillaise de l’IGPN (dont la commissaire en charge a depuis été remplacée) avait, dans un premier temps, été menée de façon partiale : tout semblait mis en œuvre pour enterrer l’affaire. Malgré deux non-lieux prononcés faute de pouvoir identifier les auteurs, Angelina et son avocat n’ont jamais abandonné. Et ont fini par obtenir, en juin 2021, l’ouverture d’une nouvelle instruction.
Karine Lebrun, la nouvelle juge, et l’IGPN (dont la commissaire en charge de l’enquête a changé) ont depuis repris en profondeur le dossier. De nouveaux éléments ont été récupérés, dont des photos permettant l’identification des policiers, et de nouvelles expertises des enregistrements ont été ordonnées. Certains policiers, de nouveau auditionnés, ont alors été confrontés à leurs propres contradictions.
En octobre, une première étape décisive avait été franchie : six policiers avaient été identifiés puis mis en examen pour non-assistance à personne en danger. Tous appartenaient, au moment des faits, au service interdépartemental de sécurisation des transports en commun (SISTC). Tous, selon l’enquête, ont assisté aux violences sans intervenir, ni pour les faire cesser, ni pour secourir la victime.
[Les chefs de la BAC] savaient que nous étions passés par là au moment des faits.
Marko P., policier de la BAC, lors de son audition par l’IGPN
L’affaire Angelina n’est cependant pas qu’une affaire de violences. Elle a étalé au grand jour l’omerta qui règne dans la police dès lors qu’il s’agit de protéger les auteurs de violences gratuites.
Mediapart a révélé que lors de sa garde à vue, un de ces six policiers, Christophe M., avait reconnu « avoir menti » à la justice lors de sa première audition en 2019. Invoquant des « pressions de sa hiérarchie et de son syndicat », Alliance, il avait en effet d’abord nié sa présence et celle de ses collègues, se conformant à la version mensongère de son supérieur.
Parallèlement, ce policier avait quand même transmis à sa hiérarchie l’identité de policiers de la BAC Nord, qu’il désignait comme impliqués au cours des violences commises. Son commandant s’était toutefois abstenu d’en informer la justice et avait préféré nier la présence de ses hommes lors de son audition.
Depuis, six policiers de la BAC Nord, dont les deux principaux auteurs des violences, ont été auditionnés par l’IGPN et mis en examen. Lors de leur garde à vue, confrontés aux images vidéo des faits, ces agents se sont non seulement reconnus, mais certains ont même identifié plusieurs de leurs collègues.
Depuis les révélations de Christophe M. sur ses chefs et le syndicat Alliance, le parquet a ordonné un réquisitoire supplétif pour que l’instruction fasse toute la lumière sur de potentielles « entraves aux investigations » et « faux témoignages sous serment ».
L’IGPN s’interroge sur les raisons qui ont poussé le chef de la BAC Nord et son adjoint, lors de leur audition en mai 2019, à nier catégoriquement la présence de leurs hommes sur place sur les images vidéo. « Je ne reconnais personne qui était placé sous mon autorité ce soir-là », avait déclaré le chef de la BAC Nord, responsable du dispositif et de l’ensemble des effectifs de la BAC le jour des faits.
C’est aussi un mystère pour Marko P., un des policiers sur place le soir du drame, qui a tenu à préciser à l’IGPN, au cours de son audition en janvier, qu’« il n’y avait pas de doute » : « [Les chefs de la BAC] savaient que nous étions passés par là, je parle de la BAC, au moment des faits. Je ne sais plus qui avait dit qu’il m’avait reconnu sur les images avec ma “trique molle”, une matraque longue en gomme qu’on surnomme en interne “la trique molle”. Nous en avions parlé ouvertement ensemble, de manière informelle, au sein du service. Nous avions dû regarder la vidéo ensemble en mangeant au sein du service. » Depuis, Marko P. a été mis en examen pour non-assistance à personne en danger.
Stéphane Champin et son adjoint Mathieu Fayemendy, les chefs de la BAC Nord de l’époque – et responsables des effectifs le jour des faits –, travaillent aujourd’hui au Renseignement territorial. À ce jour, ils n’ont pas été interrogés. Contactés par Mediapart, ils n’ont pas souhaité répondre à nos questions.
Pascale Pascariello
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