À Liévin, le maire RN annule la cérémonie du 1er-Mai, trop « politique »

jeudi 7 mai 2026.
 

Dany Paiva, maire d’extrême droite nouvellement élu, a annulé la cérémonie du 1er-Mai lors de laquelle les syndicats sont traditionnellement reçus en mairie. Une décision « déplorable et lamentable » pour la CGT locale, qui accuse le RN de renier l’histoire ouvrière du bassin minier.

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ÀLiévin, comme dans les autres communes du Pas-de-Calais, le 1er-Mai est traditionnellement l’occasion pour les syndicats d’être reçus en mairie, pour la remise des cahiers de doléances. La cérémonie, qui permet également aux unions syndicales locales de se rassembler pour célébrer la mémoire des travailleurs et des travailleuses du bassin minier, n’aura pas lieu cette année : le maire Rassemblement national (RN), Dany Paiva, élu au mois de mars, a décidé de la supprimer, comme l’a révélé France Inter.

La décision n’a rien d’original : Dany Paiva, ancien chargé de communication de la mairie voisine d’Hénin-Beaumont, ne fait qu’appliquer les recettes du maire Steeve Briois, qui avait pris la même décision au cours de son premier mandat, à partir de 2016.

Contacté par Mediapart, le maire de Liévin assume. « Nous avons supprimé la cérémonie à hôtel de ville, où avait lieu jusqu’à présent une espèce de meeting des syndicats d’extrême gauche, explique-t-il. L’objectif, c’est de ne pas laisser une tribune politique aux syndicats, il n’est pas question de leur permettre ça. »

Selon France Inter, la mairie comptait également annuler le dépôt de gerbe sur la stèle rendant hommage aux quarante-deux mineurs morts en 1974 dans un accident, qui a lieu à l’occasion de la cérémonie. Un moment symbolique dans cette ville, une des plus importantes du bassin minier, qui cultive sa mémoire ouvrière depuis la fermeture des puits dans les années 1970.

Une information que conteste Dany Paiva, qui dénonce « un parti pris de la part du service public » : « Le dépôt de gerbe aux mineurs est évidemment maintenu, il aura lieu en petit comité », assure-t-il à Mediapart. Mais sans réception des syndicats, ni possibilité pour les représentant·es de ces organisations de prendre la parole comme c’est le cas habituellement.

Une décision unanimement dénoncée

La page Facebook de la ville a rapidement publié un démenti, assurant que le dépôt de gerbe aurait bien lieu. Plusieurs commentaires accusant la mairie de « mépriser les revendications des travailleurs » en refusant de recevoir les syndicats ont été rapidement supprimés par les administrateurs de la page. Sous la publication, un adjoint du maire a même tenté de justifier cette décision en expliquant que les syndicats « ont soutenu les trois derniers présidents de la République ».

« C’est déplorable et lamentable, s’indigne Nadège Poly, secrétaire générale de l’Union locale CGT de Liévin. On a de grandes luttes dans la région, le textile, la métallurgie, l’automobile, la mine… Non seulement ils ne respectent pas les syndicats qui représentent les travailleurs, mais en plus ils ne font pas ce devoir de mémoire, ils renient l’histoire de la région et de ses luttes. »

Dans un communiqué, l’union départementale CGT du Pas-de-Calais a également répondu à l’édile : « Le 1er-Mai nous appartient. À nous travailleuses et travailleurs. La CGT a plus d’adhérents que votre parti et nous sommes là depuis cent trente et un ans, sans avoir changé de nom ou de logo […]. Nous sommes apartisans, mais jamais apolitiques. »

« On est tous d’extrême gauche pour eux, c’est exactement ce que dit Steeve Briois à Hénin-Beaumont aussi », grince Djelloul Khéris, agent municipal de la ville voisine et syndiqué chez SUD. Menacé de révocation par le maire qui lui reproche des « conflits d’intérêts » et d’avoir témoigné dans un « documentaire politisé », il revendique de ne pas abandonner le terrain à l’extrême droite.

C’est une attaque contre le monde du travail, et contre l’histoire de cette ville.

Cathy Apourceau-Poly, sénatrice communiste du Pas-de-Calais « C’est symbolique, même si le maire ne nous ouvre pas les portes, on est toujours devant l’hôtel de ville pour la fête des travailleurs, raconte-t-il à Mediapart. Tant qu’on aura la force et le courage, car ce n’est pas facile, il faut continuer à lutter. Si on accepte de partir parce qu’ils ne veulent pas de nous, c’est perdu. Tous les camarades sont les bienvenus à Hénin-Beaumont. »

Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) du département, Thierry Coulombel a vu le RN conquérir la ville de Liévin, bastion du PS depuis un siècle. Contacté par Mediapart, il s’insurge de cette remise en cause d’une tradition bien ancrée. « Le fait de revoir le protocole du 1er-Mai en supprimant la partie revendicative, de dialogue avec le monde du travail, est un scandale absolu, explique-t-il. Ça dit bien où se positionne le RN. Il n’est pas du côté de ceux pour qui le travail peut être une souffrance. »

Effarée mais « malheureusement pas surprise », la sénatrice communiste du département, Cathy Apourceau-Poly, partage le constat : « C’est une attaque contre le monde du travail, et contre l’histoire de cette ville. Dire que le 1er-Mai est un rassemblement de syndicalistes d’extrême gauche, c’est n’importe quoi. C’est la fête de tous les travailleurs de ce pays. »

Son collègue sénateur socialiste Jérôme Darras, candidat malheureux battu par Dany Paiva, a réagi par communiqué, dénonçant « une disqualification délibérée de l’ensemble du mouvement syndical et donc des travailleurs qu’il représente », et une « ignorance profonde de l’histoire de Liévin ». Faute de cérémonie locale, les syndicalistes de Liévin pourront donc fêter le 1er-Mai dans la ville voisine d’Avion, dirigée par les communistes depuis les années 1930, ou rejoindre le rassemblement d’Hénin-Beaumont devant la mairie.

Youmni Kezzouf


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