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Au mois d’août dernier, l’association de consommateurs UFC Que choisir ? alertait sur la présence en quantités inquiétantes de cadmium dans le chocolat et les produits chocolatés. Cet avertissement faisait suite à un courrier de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) s’inquiétant de l’exposition de la population française au cadmium.
C’est aujourd’hui au tour de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de tirer la sonnette d’alarme. Dans une nouvelle expertise publiée le 25 mars et évaluant les sources et les voies d’exposition à ce métal lourd, elle confirme « une surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation ».
Selon Géraldine Carne, qui a coordonné l’expertise, « si les niveaux actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part non négligeable de la population ».
Le cadmium, présent dans de nombreux aliments courants – parfois à des taux extrêmement élevés –, est en effet considéré comme un contaminant préoccupant pour la santé publique.
Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) le classe comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Consommé en excès, il augmente le risque de cancers, notamment du pancréas, de troubles rénaux, de fragilités osseuses et de maladies cardiovasculaires.
Selon le rapport de l’Anses, l’alimentation représente jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium dans la population française non fumeuse (le tabac est un grand pourvoyeur de cadmium).
Quelque 47,6 % des Français adultes affichent des niveaux de cadmium supérieurs aux repères sanitaires (0,5 μg de cadmium urinaire par gramme de créatinine) et tous les enfants âgés de 2 à 3 ans dépassent les limites. L’imprégnation des Français serait jusqu’à trois ou quatre fois supérieure à celles observées dans d’autres pays d’Amérique du Nord et d’Europe… et continuerait d’augmenter de manière inquiétante.
La troisième étude de l’alimentation totale (EAT3) montre que les dépassements de la dose journalière tolérable (0,35 μg de cadmium par kilo de poids corporel et par jour) continuent d’être observés pour une proportion non négligeable de la population française, tant chez les enfants (23 à 27 % seraient concernés pas ces dépassements) que chez les adultes (1,4 à 1,7 %).
Si de très nombreux aliments contiennent des taux inquiétants de cadmium, c’est en raison de la contamination des sols agricoles. En France, il provient en grande partie de l’utilisation de fertilisants, en particulier des engrais minéraux phosphatés en provenance du Maroc. Dans les pays producteurs de cacao, surtout en Amérique du Sud, il est présent naturellement dans la roche.
Les experts de l’Anses appellent à promouvoir de nouvelles pratiques agricoles permettant de diminuer les teneurs en cadmium des produits (baisse de la teneur en cadmium des engrais phosphatés, décadmiation, ajustement des quantités de fertilisants, réduction des transferts du sol vers les plantes, utilisation d’espèces végétales moins accumulatrices…).
Mais parce que ces changements prendront assurément du temps, rien ne vous empêche d’ajuster votre alimentation pour atténuer votre exposition.
L’analyse de l’Anses a permis de constater que « les aliments les plus contributeurs sont à la fois des produits fréquemment consommés et contaminés par le cadmium ». Et les féculents sont en première ligne ! Le pain et les pommes de terre font en effet partie des aliments de notre quotidien qui contribuent le plus fortement à notre exposition au cadmium :
chez les enfants âgés de 12 mois à 5 ans, c’est la pomme de terre qui est le plus gros contributeur ;
à partir de 5 ans et chez les adultes, c’est la pomme de terre et le pain.
Et les groupes alimentaires pain, pommes de terre, pâtes, riz, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et autres biscuits sucrés contribuent à plus de la moitié (55 %) de la part de la source alimentaire à l’imprégnation humaine.
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Il va donc falloir lever le pied sur les aliments les plus riches en cadmium, mais aussi sur ceux qui n’ont pas forcément les teneurs les plus élevées, mais que l’on consomme souvent. Il faudra ensuite remplacer certains de ces produits par d’autres qui contiennent peu ou pas de cadmium.
Deux catégories d’aliments méritent votre attention : ceux qui présentent des doses particulièrement élevées de cadmium, et ceux qui ont des teneurs plus modérées, mais que l’on consomme souvent.
À consommer avec parcimonie :
le chocolat noir (290 μg/kg) ;
les rognons (270 μg/kg) ;
les moules (250 μg/kg).
Ces trois aliments sont de véritables « bombes de cadmium ».
À diminuer fortement :
les crustacés et les mollusques (80 μg/kg) ;
les confiseries et le chocolat, même au lait (58 μg/kg) ;
À manger moins fréquemment :
les pommes de terre (29 μg/kg) ;
les céréales pour petit déjeuner, surtout celles qui sont chocolatées (28 μg/kg) ;
le pain, les biscottes, les petits pains suédois… complets ou semi-complets (22 μg/kg) ;
le pain, les biscottes, les petits pains suédois… raffinés (20 μg/kg) ;
les viennoiseries, les pâtisseries, les gâteaux et les biscuits sucrés (14 μg/kg) ;
les abats (12 μg/kg en moyenne) ;
les pâtes, le riz et le blé complets et semi-complets (12 μg/kg) ;
les pâtes, le riz et le blé raffinés (9,4 μg/kg).
Les experts de l’Anses recommandent de se tourner vers les recommandations du Plan national nutrition santé (PNNS, le fameux « manger bouger ») qui incitent à réduire la part des céréales et de la pomme de terre et à se tourner davantage vers les légumineuses.
C’est l’un des piliers de l’alimentation mondiale… et il pourrait bientôt nous empoisonner, s’inquiétent les scientifiques !
Les pois chiches, les haricots secs et les lentilles présentent en effet une teneur en cadmium de seulement 2,2 μg/kg. Ils offrent également des teneurs bien plus intéressantes que les céréales raffinées et la pomme de terre en fibres, protéines, potassium, magnésium, fer, zinc et vitamines du groupe B (notamment B9 et B1).
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