Garde à vue de Rima Hassan : comment des policiers ont pisté l’eurodéputée

jeudi 30 avril 2026.
 

Visée par une enquête pour apologie de terrorisme ouverte le 27 mars 2026, la députée européenne LFI a fait face à une débauche de moyens policiers. Sa ligne téléphonique a été tracée pour consigner tous ses déplacements depuis le 1er janvier. « Il n’existe aucune justification à ces mesures », s’indigne son avocat.

https://www.mediapart.fr/journal/fr...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260419-163505&M_BT=1489664863989

Après les fuites policières et le fiasco médiatique, le traitement judiciaire. Selon nos informations, l’eurodéputée La France insoumise (LFI) a fait l’objet d’une surveillance extrêmement poussée dans le cadre de l’enquête la visant pour apologie de terrorisme. Son téléphone a été géolocalisé, ses déplacements effectués bien avant l’ouverture de l’enquête ont tous été retracés et plusieurs fichiers ont été consultés, en dépit de son statut d’élue.

Le 26 mars 2026, Rima Hassan poste un message sur X, supprimé depuis, dans lequel l’élue cite le terroriste Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attaque perpétrée le 30 mai 1972 au nom du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) à l’aéroport de Tel-Aviv, qui a tué vingt-six personnes dont huit Israéliens.

Après plusieurs signalements, le parquet de Paris ouvre une enquête en flagrance le 27 mars, pour apologie de terrorisme, et missionne le 2e district de la police judiciaire de Paris pour enquêter en vue de l’interpeller. Au lieu de la contacter par téléphone pour la convoquer, les policiers décident de tout passer au crible, quitte à porter atteinte à son intimité et à ses activités parlementaires.

Dès l’ouverture de cette procédure, le parquet de Paris demande aux enquêteurs de réaliser toutes les recherches utiles pour contextualiser le message en cause, l’histoire de Kozo Okamoto, et localiser Rima Hassan pour l’interpeller dans les quinze jours à venir. Les enquêteurs effectuent des recherches en sources ouvertes pour définir son emploi du temps et sollicitent Air France pour savoir quand et où elle a prévu de voyager dans les jours à venir. Ils passent au crible ce qu’elle poste sur les réseaux sociaux, analysent ses vidéos pour déterminer où elle se situe et sollicitent même l’agence de coopération Europol.

Mais ils vont aussi bien au-delà.

Tout en rendant régulièrement compte de leur travail au parquet et avec son autorisation, les fonctionnaires de police ont déployé des moyens immenses pour pister la députée. Ils ont effectué des recherches en passant par l’Agence nationale des données de voyage (ANDV) pour savoir où elle avait circulé par le passé. Ils ont surtout sollicité son opérateur téléphonique pour obtenir sa géolocalisation. Pas pour savoir où elle se situait au moment de leur enquête, mais pour savoir où elle était durant les trois derniers mois. Leur réquisition portait sur une période comprise entre le 1er janvier et le 28 mars 2026, soit bien avant le post incriminé, daté du 26 mars.

Les villes et parfois même les rues

Les enquêteurs listent alors l’intégralité des déplacements de la députée européenne, qu’ils consignent de manière extrêmement détaillée. On sait ainsi qu’elle était à l’étranger début janvier (où elle passait des vacances) et qu’elle est rentrée à Paris le 11 janvier pour se rendre dans le XVIIe arrondissement de Paris. Le 12 janvier, elle a circulé à Saint-Denis, dans l’Oise, puis est partie en Belgique, où se situe son logement de fonction parlementaire. Elle est revenue de Bruxelles le 16 janvier pour se rendre à Strasbourg entre le 19 et le 22 janvier, où se trouve le Parlement européen.

Sans jamais indiquer le lien avec la procédure pour apologie de terrorisme, les policiers persistent à minutieusement retracer son périple en nommant les villes et parfois même les rues qu’elle traverse. Le 24 janvier en Gironde, le 26 à Paris, le 30 janvier près de la frontière suisse. Le 14 février, le jour de la mort de Quentin Deranque, tué en marge d’une conférence de la députée, les enquêteurs notent qu’elle était effectivement à Lyon, avant de retourner à Bruxelles le 16 février.

La police judiciaire parvient à retracer les déplacements de la députée jusqu’au 17 mars, avant de lancer d’autres recherches tout aussi intrusives. Ils réquisitionnent les sociétés ferroviaires SNCF et Thalys pour obtenir l’intégralité de ses voyages effectués entre le 1er janvier 2026 et le 28 mars 2026, puis terminent en consultant le calendrier officiel du Parlement européen.

Pour finir, les fonctionnaires contactent le numéro de téléphone qu’ils pistent depuis plusieurs jours. Le 30 mars, ils informent Rima Hassan qu’ils souhaitent l’auditionner. Le lendemain, ils se rendent physiquement au cabinet de son avocat Vincent Brengarth pour lui remettre une convocation pour le 2 avril.

Cela porte une atteinte d’une exceptionnelle gravité non seulement à la vie privée de Rima Hassan, mais aussi à son activité en tant que parlementaire.

L’avocat de Rima Hassan, Vincent Brengarth

Pourquoi ne pas avoir commencé par cela et pourquoi avoir choisi une méthode aussi intrusive ? Sollicité par Mediapart, le parquet de Paris n’a pas souhaité expliquer ces investigations. « Nous ne souhaitons pas nous exprimer sur ce point qui pourra être débattu à l’audience », se contente de répondre l’institution.

Le 2 avril, la députée s’est en tout cas rendue spontanément avec son avocat au rendez-vous, sans savoir d’ailleurs que ses déplacements étaient encore surveillés. « Lorsque mes affaires ont été inventoriées, un policier s’est étonné de constater que j’avais seulement un iPad, et pas mon téléphone. Il m’a indiqué savoir que je l’avais quelques minutes avant à gare du Nord, explique Rima Hassan à Mediapart. J’ai précisé l’avoir laissé à un collaborateur mais cette question m’a interpellée. »

Et pour cause. Toujours selon nos informations, les policiers ont encore tracé sa ligne téléphonique au moment même où la députée se rendait en garde à vue. À 9 h 20, ils ont consigné sur procès-verbal tous ses déplacements du jour de la Belgique jusqu’à Paris, alors qu’elle était au même moment… dans leurs locaux. Pour quel motif ? À ces questions, le parquet de Paris n’a pas non plus souhaité répondre.

La question de l’immunité parlementaire

Si Rima Hassan bénéficie, comme tout·e député·e européen·ne, de l’immunité parlementaire, les policiers ont pu passer outre en ouvrant une enquête en flagrant délit. Cette procédure est permise dans la foulée de la commission des faits incriminés, en l’espèce, dans les quinze jours après la publication du message de l’élue sur ses réseaux sociaux. Cela permet en principe aux policiers d’éviter la fuite du suspect ou la dissimulation de preuves.


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