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1 – Le Clean break stratégic
En quoi consiste la clean break stratégie dans la géopolitique nord-américaine néo conservatrice
La « Clean Break » (ou « rupture nette » en français) désigne un rapport de politique stratégique publié en juin 1996 sous le titre complet A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm. Il s’agit d’un document rédigé par un groupe d’étude de l’Institute for Advanced Strategic and Political Studies (un think tank israélien avec antenne à Washington) à l’intention de Benjamin Netanyahu, alors nouveau Premier ministre israélien du Likoud.
La stratégie du "Clean Break" (ou "Rupture nette") représente un tournant idéologique majeur au sein de la pensée néoconservatrice américaine des années 1990. Elle marque le passage d’une diplomatie de gestion de crise à une volonté proactive de remodeler le Moyen-Orient. Voici les piliers et le contexte de cette doctrine :
1. Origine : Le rapport "A Clean Break" (1996) Le concept provient d’un document intitulé A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm, rédigé par un groupe d’étude dirigé par Richard Perle pour le compte de Benjamin Netanyahu, alors fraîchement élu Premier ministre d’Israël. Bien que rédigé pour Israël, ses auteurs (dont Douglas Feith et David Wurmser) sont des figures centrales du mouvement néoconservateur aux États-Unis. Ils occuperont plus tard des postes clés sous l’administration de George W. Bush.
2. Les principes fondamentaux L’idée centrale est de rompre avec les accords de paix de l’époque (comme les accords d’Oslo) et la stratégie de "confinement". Elle repose sur trois axes : L’abandon de la "terre contre la paix" : La stratégie préconise de ne plus chercher de compromis territoriaux avec les Palestiniens ou la Syrie, mais de fonder la sécurité sur l’équilibre des puissances et la force militaire. Le renversement des régimes hostiles : Au lieu de négocier avec des "États considérés comme voyous", l’objectif est de les déstabiliser. La priorité absolue était alors le renversement de Saddam Hussein en Irak. L’endiguement de la Syrie : En frappant l’Irak et en renforçant les liens avec la Jordanie et la Turquie, l’idée était d’isoler Damas et de couper les lignes de soutien au Hezbollah au Liban.
3. La vision globale : "Le Grand Moyen-Orient" Pour les néoconservateurs, la Clean Break n’était pas seulement une stratégie de défense pour Israël, mais le laboratoire d’une nouvelle politique étrangère américaine. Promouvoir la démocratie par la force : L’idée (souvent critiquée comme idéaliste) était qu’en renversant les dictatures arabes, une réaction en chaîne démocratique stabiliserait la région au profit des intérêts occidentaux. Unilatéralisme : Elle affirme que les États-Unis (et Israël) ne doivent pas se sentir liés par les institutions internationales ou les consensus diplomatiques s’ils entravent leur sécurité proactive.
4. Impact et postérité Si cette stratégie est restée théorique dans les années 1990 sous l’administration Clinton, elle est devenue le logiciel intellectuel de la réponse américaine aux attentats du 11 septembre 2001. L’invasion de l’Irak en 2003 est souvent perçue comme la mise en œuvre directe de la Clean Break : une tentative de changer brutalement l’ordre régional pour créer un environnement plus favorable aux démocraties libérales et à la sécurité d’Israël. En résumé : La Clean Break est le passage d’une posture défensive à une posture offensive. C’est le passage de la "Realpolitik" (négocier avec des dictateurs pour la stabilité) à la "Démocratie musclée" (renverser des dictateurs pour transformer la région).
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2 – ct for the New American Century
ct for the New American Century (PNAC) est l’un des cercles de réflexion (think tanks) les plus influents de l’histoire politique moderne des ct for the New American Century (PNAC) est l’un des cercles de réflexion (think tanks) les plus influents de l’histoire politique moderne des États-Unis. Actif entre 1997 et 2006, il a façonné la politique étrangère de l’administration George W. Bush, notamment après les attentats du 11 septembre 2001. Voici une analyse de son idéologie, de ses membres et de sa connexion avec la stratégie israélienne du "Clean Break".
1. Qu’est-ce que le PNAC ? Fondé par William Kristol et Robert Kagan, le PNAC prônait une hégémonie mondiale bienveillante des États-Unis. Sa philosophie repose sur l’idée que la puissance américaine est bénéfique pour le monde et qu’elle doit être maintenue par une force militaire incontestable. Les piliers idéologiques Le "Moment Unipolaire" : Après la Guerre froide, les États-Unis devaient empêcher l’émergence de tout rival (Chine, Russie ou puissances régionales). Le Changement de Régime (Regime Change) : L’utilisation de la force pour renverser les dictatures hostiles (notamment l’Irak de Saddam Hussein) et promouvoir la démocratie. La Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) : Moderniser l’armée pour qu’elle puisse mener plusieurs guerres simultanées. Membres clés (Les "Néo-conservateurs") Le PNAC était un véritable vivier pour l’administration Bush : Dick Cheney (Vice-président) Donald Rumsfeld (Secrétaire à la Défense) Paul Wolfowitz (Secrétaire adjoint à la Défense) Jeb Bush Le document clé : En septembre 2000, le rapport Rebuilding America’s Defenses affirmait que le processus de transformation de l’armée serait long, à moins qu’un "événement catastrophique et catalyseur — comme un nouveau Pearl Harbor" ne survienne. Pour beaucoup, le 11 septembre a joué ce rôle de catalyseur.
2. La relation avec le "Clean Break"
Le lien entre le PNAC et le rapport "A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm" (1996) Ce lien est structurel et idéologique. Qu’est-ce que le "Clean Break" ? C’est un document stratégique rédigé pour Benjamin Netanyahu (alors Premier ministre d’Israël) par un groupe dirigé par Richard Perle (membre du PNAC). Il préconisait une rupture nette avec les accords de paix d’Oslo au profit d’une approche plus agressive. Les points de convergence La relation entre les deux concepts repose sur une vision commune du Moyen-Orient : 1. L’Irak comme pivot : Le rapport Clean Break suggérait que le renversement de Saddam Hussein permettrait de déstabiliser les adversaires d’Israël (Syrie, Hezbollah) et de redessiner la carte de la région. Le PNAC a repris cette idée pour en faire une priorité de la sécurité nationale américaine. 2. Identité des acteurs : Les auteurs du Clean Break (Richard Perle, Douglas Feith, David Wurmser) étaient également des figures centrales du PNAC. Ils occupaient des postes stratégiques au Pentagone lors de l’invasion de l’Irak en 2003. 3. Destins liés : L’idée était que la sécurité d’Israël et les intérêts des États-Unis étaient indissociables. En "démocratisant" le Moyen-Orient par la force, on éliminait d’une pierre deux coups les menaces pesant sur les deux alliés.
En résumé Le PNAC a fourni le cadre idéologique (l’hégémonie mondiale américaine), tandis que le Clean Break a fourni la feuille de route régionale (le remodelage du Moyen-Orient). L’invasion de l’Irak en 2003 est souvent perçue comme la mise en œuvre concrète de la fusion de ces deux visions. Le groupe s’est officiellement dissous en 2006, affaibli par les difficultés de la guerre en Irak, mais ses idées continuent d’influencer certains courants de la droite américaine.
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3 – les révélations du général Wisley Clark sur le projet américain au Moyen-Orient Wesley Clark : Projet Sept Pays Moyen-Orient On fait référence aux déclarations du Général Wesley Clark, ancien commandant suprême des forces alliées de l’OTAN. C’est lors d’une interview mémorable accordée au média Democracy Now ! en mars 2007 qu’il a révélé l’existence de ce projet. Voici les détails clés de cette révélation : Le contexte de la rencontre Selon Clark, les faits se sont déroulés au Pentagone peu après les attentats du 11 septembre 2001. Environ dix jours après l’attaque, un officier de l’état-major lui aurait confié que la décision de partir en guerre contre l’Irak avait déjà été prise, sans lien prouvé avec Al-Qaïda. Quelques semaines plus tard, alors que les bombardements commençaient en Afghanistan, Clark est revenu au Pentagone. Le même officier lui aurait alors montré une note de service provenant du bureau du Secrétaire à la Défense (à l’époque Donald Rumsfeld). Les 7 pays ciblés Le document décrit par Clark prévoyait de "détruire" ou de renverser les gouvernements de sept pays sur une période de cinq ans. La liste citée est la suivante : 1. Irak 2. Syrie 3. Liban 4. Libye 5. Somalie 6. Soudan 7. Iran (désigné comme la cible finale) La critique du Général Clark Le général a utilisé cette révélation pour critiquer la politique étrangère de l’administration Bush, qu’il qualifiait de "coup d’État politique" mené par des néoconservateurs (comme Paul Wolfowitz ou Dick Cheney). Selon lui, l’objectif était d’utiliser la puissance militaire américaine pour remodeler le Moyen-Orient, même si ces pays n’avaient aucun lien direct avec les attentats du 11 septembre.
Note historique : Si le calendrier de "cinq ans" n’a pas été respecté, de nombreux observateurs soulignent que la quasi-totalité de ces pays ont effectivement connu des interventions militaires américaines, des guerres civiles ou des sanctions massives dans les deux décennies qui ont suivi (Irak 2003, Libye 2011, guerre en Syrie, déstabilisation au Soudan et en Somalie, tensions persistantes avec l’Iran). Wesley Clark sur les sept pays Cette vidéo contient l’extrait original de l’interview de 2007 où le général Clark explique en détail sa conversation au Pentagone et énumère la liste des pays.
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4 – Le Yinon plan
C’est un document stratégique qui a suscité de nombreux débats et théories depuis sa publication. Voici les détails essentiels pour comprendre ce dont il s’agissait : Qu’est-ce que le Plan Yinon ? Publié en février 1982, le plan s’intitule initialement "Une stratégie pour Israël dans les années 1980". Il a été publié dans la revue hébraïque Kivunim (« Directions »), l’organe de l’Organisation Sioniste Mondiale. L’idée centrale du plan est assez radicale : pour assurer sa survie et sa domination régionale, Israël devrait favoriser la fragmentation des États arabes voisins en petites entités étatiques basées sur des divisions ethniques ou religieuses. Les grands axes du plan : La division de l’Irak : Le plan considérait l’Irak comme la plus grande menace. Il suggérait sa dissolution en trois États distincts (un État chiite, un État sunnite et un État kurde), sur le modèle de ce qui existait à l’époque impériale ottomane. L’éclatement du monde arabe : L’auteur soutenait que le monde arabe n’était pas une entité monolithique mais un "château de cartes" composé de minorités hostiles les unes aux autres (Liban, Syrie, Égypte, etc.). La Jordanie comme "Palestine" : Le plan suggérait que la solution au problème palestinien consistait à transformer la Jordanie en un État palestinien, favorisant ainsi le départ des populations de Cisjordanie.
Qui l’avait conçu ? L’auteur du plan est Oded Yinon. C’était un haut fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères et un journaliste. Bien qu’il n’ait jamais été officiellement adopté comme politique d’État par le gouvernement israélien, le texte est devenu célèbre car il semblait préfigurer certains conflits qui ont secoué la région des décennies plus tard. À noter : Il est important de distinguer le plan original (un article d’opinion stratégique) des théories du complot qui ont suivi. Si le plan de Yinon est réel, les historiens débattent encore de son influence réelle sur les décisions militaires d’Israël à l’époque.
Pourquoi est-il encore cité aujourd’hui ? Le Plan Yinon est souvent mentionné par les analystes politiques car la carte actuelle du Moyen-Orient, marquée par l’instabilité en Irak, en Syrie et en Libye, ressemble de manière frappante (parfois accidentelle) aux divisions suggérées par Yinon en 1982. C’est devenu un document de référence pour ceux qui étudient la stratégie de la "balkanisation" du Proche-Orient.
Hervé Debonrivage
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