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Quelques semaines après la mort du militant néofasciste Quentin Deranque, trois organisations chrétiennes s’interrogent sur le fait que des chrétiens puissent adhérer et militer auprès de groupuscules violents d’extrême droite. Quel rôle les évêques devraient-ils jouer face à ce dévoiement du christianisme au profit des politiques de haine et d’exclusion ?
Collectif militant regroupant des catholiques engagés dans l’Église catholique notamment en faveur des minorités et contre la banalisation de l’extrême droite
La mort de Quentin Deranque, lynché au sol, est un acte inqualifiable. Personne ne devrait mourir dans ces conditions.
Cependant, quelles leçons L’Église a-t-elle tirées de cet évènement tragique ? S’est-on posé la question de ce qui a conduit ce jeune homme, converti il y a quelques années au catholicisme, à participer, d’une façon qui reste à éclaircir[1], à cette rixe mortelle ? Nous savons que Quentin Deranque côtoyait les milieux les plus radicaux identitaires de Lyon, dont des groupuscules néofascistes, c’est désormais documenté par les enquêtes de nombreux médias[2]. D’après Mediapart, son adhésion au racisme, à l’antisémitisme et sa fascination pour le fascisme et le nazisme étaient manifestes ; elles s’exprimaient clairement dans ses publications sur les réseaux sociaux[3]. Comment a-t-il pu penser qu’une adhésion aux pires idéologies étaient compatibles avec l’Évangile ?
M. Deranque n’avait-il pas des pasteurs pour le diriger, pour lui montrer qu’il agissait contre l’enseignement du Christ ? Nous, catholiques et chrétiens inquiets, aimerions les entendre. D’une part, nous ne voulons pas d’autres victimes de ces idéologies identitaires qui séduisent tant les jeunes traditionalistes et, d’autre part, nous estimons important que le prêtre qui connaissait M. Deranque affirme que le racisme n’a pas le droit de cité dans sa paroisse et dans l’Église. Cela rassurerait beaucoup de catholiques et de chrétiens. Car on ne peut reprocher à de nombreux laïcs de s’interroger sur l’importance de l’extrême droite au sein de certaines chapelles traditionalistes. En effet, Marguerite de Lasa, dans un article de La Croix, affirme que « la mouvance identitaire n’hésite plus à mobiliser le catholicisme comme une ressource pour appuyer son idéologie[4] ». Les prêtres sont-ils toujours étrangers à ce phénomène ?
Quand l’abbé Raffray, ami sans faille du groupe identitaire Academia Christiana, que M. Deranque appréciait, écrit sur X : « Que son sacrifice serve à donner à d’autres le sens du bien et la détermination à œuvrer pour la France catholique[5] », que veut-il dire ? Condamne-t-il ces actions violentes qu’un petit nombre de traditionalistes lyonnais commettent au nom de leur défense de la chrétienté ? Condamne-t-il sans ambiguïté le racisme de ces groupes qui se disent catholiques ? Nous attendons des prêtres traditionalistes qui connaissaient Quentin Deranque qu’ils condamnent fermement et publiquement toute participation à des groupes violents d’extrême droite, dont les nombreux groupuscules lyonnais. La haine n’a pas sa place dans l’Église catholique.
Rappelons-le avec force ! La Bonne Nouvelle exclut « la bagarre »[6], la haine, les agressions, les racismes, l’homophobie, les discriminations, le rejet du prochain. Le Christ n’est pas venu nous encourager au combat de rue ! Si jamais des prêtres ont encouragé Quentin à s’engager dans ces combats haineux, ils portent une part importante de responsabilité dans ce drame. Nous espérons que ce ne soit pas le cas. C’est leur devoir de chrétiens de dénoncer publiquement ces groupuscules dangereux dont M. Deranque était devenu proche. La participation à ces mouvements d’une incommensurable violence est condamnée par l’enseignement de Dieu qui exige la paix, la miséricorde et le secours porté au prochain d’où qu’il vienne, quel qu’il soit. Non, la mort de Quentin n’est pas un « sacrifice » qui doit servir d’exemple. Une telle parole, celle de l’abbé Raffray, doit être impérativement sanctionnée ! Plus aucun prêtre ne doit avoir le droit de se rendre à Academia Christiana, un groupe où l’on se forme aux sports de combat et où l’un des fondateurs, Julien Langella, souhaite la remigration forcée et affirme, à propos des musulmans, que « le premier acte d’une politique de remigration, c’est rendre la vie impossible à ceux qui nous pourrissent la vie ! »[7] Voilà le discours que M. Deranque pouvait entendre à Academia Christiana, un groupe « identitaire » qui voit passer des abbés et chanoines de presque toutes les communautés de prêtres traditionalistes, lors de leurs camps d’été, sans que cela n’émeuve les évêques de France ! Un enseignement antiraciste d’une grande force doit être tenu au sein même des églises car un tel drame ne doit plus jamais se reproduire.
Nous attendons donc des évêques qu’ils condamnent, sans nuances, ce dévoiement du christianisme, cette instrumentalisation du catholicisme au profit des politiques de haine et d’exclusion. Nous attendons qu’ils condamnent clairement toutes les idéologies d’extrême droite comme contraires à l’Évangile. Nous avons vu les images de la rixe. Tout cela n’a rien de catholique, et tout cela doit être vigoureusement condamné au nom de notre foi chrétienne ! Ce que les chrétiens doivent faire, catholiques, protestants et évangéliques – et les évêques peuvent montrer l’exemple –, c’est de condamner les engagements violents de façon à ce qu’aucun chrétien ne se fourvoie dans ces groupes aux idéologies inhumaines, afin que plus aucun jeune chrétien ne soit victime ou coupable, lors de tels affrontements.
Collectif Catholique P.A.I.X, association regroupant des catholiques engagés notamment contre les discriminations et la banalisation de l’extrême droite dans la communauté catholique.
Mauvaises Fois, média protestant évangélique de gauche qui propose une lecture critique du monde et du christianisme pour penser la foi de manière cohérente à la lumière de l’Evangile.
Le Dimanche éternel, journal militant de gauche œcuménique et interreligieux.
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