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Bassi Konaté, ancien responsable d’un centre social de la ville, a été élu avec plus de 55 % des voix à la mairie de Sarcelles. À 38 ans, il a créé la surprise dans cet ancien bastion socialiste en fédérant autour de lui et en mettant en avant la diversité de cette commune de banlieue.
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La salle du conseil municipal de la mairie de Sarcelles, sous-préfecture du Val-d’Oise, n’avait jamais connu une telle ambiance, aussi électrique et survoltée. Dimanche 22 mars au soir, la foule des partisan·es de Bassi Konaté s’y est massée, vibrante d’impatience. L’entrée du candidat victorieux sous les acclamations n’a rien eu à envier à celle d’une rockstar.
Une demi-heure auparavant, un responsable du service d’ordre du candidat avait lancé un appel au calme, en appelant à écouter religieusement la personne qui allait proclamer le résultat. « Personne ne doit nous voler la victoire aujourd’hui, avait-il dit au micro, pas de propos insultants, c’est une demande de Bassi. »
Vêtu d’un costume bleu et d’une cravate, le héros du soir, 38 ans, un « enfant de Sarcelles », ancien responsable d’un centre social, a été ovationné pendant de longues minutes, puis porté en triomphe au cri de « Bassi ! Bassi ! ». Il a pu finalement s’adresser à celles et ceux qui ont permis sa victoire, même s’il a eu du mal par moments à se faire entendre. « C’est un mariage ou c’est une victoire ? », a-t-il plaisanté.
C’est bien une victoire pour celui qui avait fini en tête au premier tour, dépassant à la surprise générale tous les candidats, dont le maire sortant socialiste, Patrick Haddad. Ce dernier avait choisi de se retirer sans consigne de vote. Puis, au second tour, Bassi Konaté a eu raison de François-Xavier Valentin, ex-collaborateur parlementaire d’un autre ancien maire de la sous-préfecture de Val-d’Oise, François Pupponi, condamné en 2025 à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics, et proche de Dominique Strauss-Kahn, élu maire en 1995.
Avec 55,34 % des voix contre 44,66 % pour son adversaire, Bassi Konaté rejoint la cohorte de figures du monde associatif issues de l’immigration et non encartées pour la plupart, qui ont percé à l’occasion de ces municipales dans les villes populaires de la banlieue parisienne. À l’instar de Yahaya Soukouna, ancien éducateur sportif et animateur jeunesse à Fleury-Mérogis (Essonne), et Bally Bagayoko, ancien entraîneur de l’équipe locale de basketball, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), tous deux élus dès le premier tour.
Vous venez d’envoyer un message très fort. Sarcelles est la plus belle ville du monde par sa diversité.
Né dans une famille malienne, Bassi Konaté s’est présenté sans étiquette à la tête d’une liste citoyenne baptisée « Sarcelles unie pour réussir », soutenue par LFI. Dans son discours, il a tenu à célébrer la diversité de Sarcelles, où cohabitent de nombreuses communautés. « Vous venez d’envoyer un message très fort, a-t-il dit. Sarcelles est la plus belle ville du monde par sa diversité. » « En 2020, a-t-il poursuivi, Sarcelles a élu un maire de confession juive. En 2026, Sarcelles élit le premier maire de couleur. »
Il a regretté que d’anciens responsables politiques, sans les nommer, aient tenté d’« effrayer la population, de [le] faire passer pour un antisémite », alors que la ville compte une importante communauté juive. Au lendemain du premier tour, Moïse Kahloun, le président de la communauté juive de Sarcelles, avait appelé « parents, enfants, amis, voisins » à se déplacer pour voter François-Xavier Valentin, afin de « protéger [leur] ville et préserver [leur] communauté ».
Dimanche soir, Bassi Konaté a affirmé que sa porte serait ouverte à toutes et tous, quelle que soit leur origine. Et a tenu à faire applaudir ses adversaires, désireux de présenter une image consensuelle.
Dans l’après-midi, devant un bureau de vote du quartier des Flanades, Imene Mejai, une femme au foyer de 31 ans mère de deux enfants de 5 et 3 ans, expliquait avoir choisi Bassi Konaté en raison de son programme orienté vers la jeunesse. « Il pense beaucoup à eux, expliquait-elle. J’ai l’impression qu’il tire la jeunesse. Il lui dit de s’éveiller. On est en France. On est français. Il faut voter. Et il faut aussi penser à notre avenir et à l’avenir des enfants aussi. »
Dans la salle du conseil municipal en fête, Boutrif Miyada, une quadragénaire ambassadrice de santé, ne disait pas autre chose. « Il a un très bon programme pour les jeunes », a-t-elle dit. Durant sa campagne, il a indiqué vouloir s’attaquer au problème des rixes entre jeunes. Elle souligne aussi qu’il s’agit de « quelqu’un du quartier, qui connaît les problèmes de Sarcelles », tout en filmant avec son téléphone portable l’arrivée du nouvel élu.
Après avoir fait entonner une Marseillaise à la salle, l’heureux élu est parti dans un bain de foule, deux enfants célébrant la victoire en tapant sur des tambours. Dehors, Éric Pouani, un animateur de 50 ans, savoure. « Le monde de demain appartient aux enfants, laissons la place à la jeunesse », lance-t-il. Ajoutant : « C’est un énorme tournant. » Plus loin, des voitures passent en klaxonnant. Une groupe de jeunes femmes arrive, leur joie est manifeste : « On l’a fait, on l’a fait ! »
La fête ne fait que commencer. Mais « sans casser, sans débordements », a prévenu le prochain maire. « Il faut montrer une bonne image de notre ville, c’est très important. » Ensuite viendra le temps de la gestion, et les attentes sont nombreuses dans cette commune de près de 60 000 habitant·es. « À lui de montrer aux Sarcellois que c’est possible », conclut l’animateur.
François Bougon
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